ATTENTION : A partir du 1er août, mon journal se lit du plus frais au plus ancien. Ca vous évitera de faire défiler ma prose à tendance logorrhéique....
jeudi 4 décembre. Message personnel.... Corinne : comme tu es toujours chez AOL, impossible de t'écrire, les messages ne passent pas... jusqu'à la prochaine. DOnc excuse mon silence....
De toute façon, je suis très silence en ce moment : pas envie de m'écrire. Peut-être le psy me suffit-il ? C'est toujours très dur pour moi d'y aller. Pourtant il se comporte bien, écoute, questions... Je n'aime pas parler de conduite, je préfère parler de bouffe, sujet dans lequel je me complets parfaitement. Et d'ailleurs, je suis extrêmement raisonnable en ce moment : deux we de suite sans craquages, ce qui fait 2 kilos de moins sur la balance et mon corps me semble léger. Pourtant ce matin, à 5 heures, une envie de céréales qui ne s'est assouvie qu'après deux bols. Non je ne vais pas culpabiliser pour ça. Sauf que j'avais l'impression d'etre revenue dans le "droit chemin" WW des kilos en moins. Il y avait, à la dernière réunion, une femme qui m'a beaucoup émue et avec laquelle nous nous sommes toutes senties en empathie : elle avait perdu 30 kilos en un an et, depuis 3 mois, elle n'y arrivait plus et commençait à les reprendre. Elle se sentait incapable de réagir, de "redresser la barre", ne trouvant pas le déclencheur... la motivation... C'est tellement vrai qu'il y a des périodes "sans", durant lesquelles il est impossible de décrocher de la bouffe et puis, un jour, sans que l'on sache vraiment ni pourquoi ni comment, ça va mieux, on se sent plus forte, à même d'être raisonnable. Jusqu'à la fêlure suivante.
Mercredi 26 novembre."Quand le ciel bas et lourd pèse comme un couvercle" (Baudelaire) Je ne suis pas venue depuis ce qui me semble très longtemps. En fait, cela ne fait que dix jours. Dix jours difficiles avec des tonnes de problèmes administratifs épuisants à résoudre. Dix jours de boulot. Dix jours d'échec amoureux... Bref tout baigne ! Ah si, quand même, je viens de passer un week-end sans AUCUNE compulsion alimentaire. Super raisonnable sans douleur. Bonne petite élève WW. Le psy m'épuise et c'est une vraie torture ces histoires de bagnole. La dernière fois, il m'a fait une séance d'hypnose où je devais m'imaginer en situation de conduite. j'en suis ressortie tremblante et le coeur battant... N'empêche que je ne regarde plus les gens au volant de la même manière ! Et c'est vrai que les mecs ont tellement peur qu'on leur raye LEUR bagnole que si je fonçais dans le tas, ils s'arrêteraient pour me laisser passer.... Mais pas envie de travailler là-dessus en ce moment. Je suis toute retournée sur ma douleur d'amours ratées. Non Hélène je n'irai pas chez Paul ;-))) Par contre, impossible de m'acheter ces merveilleux Bridélice meringués car je sais que je ne pourrais résister au fait de manger les 4 ! DOnc je m'abstiens. Je suis fatiguée de travailler. Je rêve de la retraite... dans 18 ans... Je me rends compte de plus en plus à quel point l'argent que je gagne repart en charges diverses et variées et à quel point mon niveau de vie a baissé depuis que je suis revenue à l'URSSAF (avant j'étais à la Maison des artistes qui est vraiment très favorable aux indépendants). Je devrais donc augmenter mes honoraires, mais je n'y arrive pas car les clients sont de plus en plus exigeants question fric. Pas envie de me battre et pourtant... Je pense déjà à NOel qui n'a plus rien de joyeux depuis la mort de ma mère. D'ailleurs je ne le fête plus. Ce soir-là généralement je m'isole et je fais une bonne crise de boulimie ! Il faut dire que chaque fois que j'ai voulu me forcer à sortir, je me suis tellement fait chier que j'ai toujours regretté... Un nouveau journal que je n'ai pas acheté titre son dossier central : "Qu'avez-vous fait de vos rêves d'enfant ?" Ben, n'est-ce pas, je les ai tous réalisés, voyons. Je rêvais que j'étais seule, indépendante, autonome, que je faisais des livres, que je vivais dans un univers artistique, et que je n'aurais jamais à me forcer pour faire à manger à quelqu'un, que je ne serais jamais l'esclave de personne... C'était ça mes rêves et je les ai réalisés. Mais il y en avait d'autres, plus cachés... Où sont-ils ceux-là ? Moi qui rêvais de vivre dans les arbres... Alors, j'ai entamé la relecture de Jules Verne. Et cette fois-ci, comme j'adore les séries, j'ai bien l'intention de lire et relire TOUT Jules Verne, ce qui doit bien représenter 80 ou 90 romans. Il y en a tellement qui sont méconnus !!! C'est un bon plan, ça. Mais je suis parfaitement lucide. Je sais à quel point je suis capable de passer de la boulimie de nourriture à la boulimie de lecture... Je dois donc me surveiller pour ne pas m'enfermer ! Heureusement, il y a le festival de films gays lesbiens de Paris. Ce qui fait que je suis dehors tous les soirs et que le prochain we sera très chargé (et donc probablement sans crises... ). Et si je me remettais au boulot ? Il faut dire que je dois écrire un article sur les fosses septiques !!!! Super hein ?! alors que je n'ai qu'une envie, me plonger dans "5 semaines en ballon"...
Dimanche 16 novembre 2003. "100 fois sur le métier remettez votre ouvrage". La Fontaine non ? Me voilà repartie dans l'anarchie la plus totale question bouffe. A me faire éclater la panse, à me donner la nausée au bord des lèvres, à avoir mal dans mon corps. Mais comment peut-on en arriver à se faire souffrir ainsi ? A se punir sans cesse ? POurquoi me faire du mal à mon petit être navré ? Jamais n'en guérirais ? Maintenant c'est seulement en fin de séance que le psy me demande quel a été mon comportement alimentaire de la semaine. Et il a l'air de se foutre royalement de ma réponse... Par contre tout ce que je peux dire des hommes semble le passionner ! Pourtant je n'ai pas du tout envie d'en faire le sujet principal de mes séances !!! D'autant que je suis persuadée que, comme 99 % des gens, il pense qu'on est lesbienne parce qu'on a peur/on n'aime pas les hommes. Sans jamais supposer que cela puisse être le contraire (bien trop dérangeant) : on n'aime pas les hommes parce qu'on est lesbienne. Cela signifie un présupposé identitaire etculturel impossible à avaler pour la plupart des gens : être lesbienne est une identité et non pas une réaction. Moi ça le fait chier d'avoir à le convaincre de tout ça. Je suis tellement habituée à ce mode de pensée hétéronormatif que même avec lui, j'ai pas envie de me battre là-dessus. Pourtant je pense que c'est essentiel pour mon histoire : c'est parce que les hommes - du père au violeur en passant par tous ceux qui m'ont traité de salope - m'ont refusé le droit de vivre ma vie de lesbienne que je souffre par eux. J'étais parvenue à m'abstraire de tout ça, à créer une bulle (terme du psy) où les hommes sont transparents, inexistants. Ce qui me donnait une sérénité de bon aloi par rapport à toute la souffrance psychologique (et physique) que j'ai enduré de leur fait. Patatra, cette histoire de bagnole fout tout en l'air. Alors maintenant j'ai un choix à faire : soit je retourne dans ma bulle et ignore le masculin, ce qui veut dire aussi, bien certainement, ne jamais reconduire ; soit je travaille là-dessus pour me débarrasser définitivement de cette détestation et peut-être pouvoir reconduire. J'avais mis tant de temps à ne plus souffrir par les hommes ! j'étais tellement persuadée que le problème ne se poserait plus que j'en suis totalement déboussolée. Anéantie. Tout ce boulot encore à faire sur moi, je ne sais pas si j'aurai le courage... Bien évidemment j'associe parfaitement mes compulsions alimentaires actuelles à cet état d'instabilité nouvellement créé (subi ?). "Il n'y a pas d'homme au paradis." Je ne sais plus quelle femme a dit ça, mais c'est sûr que jusqu'à présent c'était pour moi une vérité ontologique ! Peut-être devrais-je en remettre quelques-uns, histoire de leur donner un os à ronger ;-) J'y mettrais qui ? Léon Spilliaert, Roger Pieyre de Mandiargue, Andy Warhol, Michel Onfray,Aragon le poète, Baudelaire, Apollinaire, et bien d'autres... Que des hommes à la pensée intelligente et sensible, à l'univers flamboyant... certainement pas tous ces bofs de merde qui sont au volant. Le psy me demandait d'énumérer toutes les insultes que je pourrais balancer à un homme. Eh bien la pêche fut triste ! j'ai tant détesté les hommes, j'avais tant d'insultes à leur service, mais c'était il y a bien longtemps ! Et d'essayer de ressortir tout ça m'a été quasi impossible. Et cet andouille de psy de me dire : "c'est tout ? je suis déçu !" Moi j'étais déçu d'avoir à payer 74 euros pour avoir parlé des hommes pendant une heure... Il n'a même pas voulu que l'on fasse une séance d'hypnose (ce qui ne m'a guère gênée car, très franchement, je n'y vois guère d'intérêt pour l'instant...). N'empèche : j'ai mal au ventre et je suis totalement déstabilisée. Pour couronner le tout, il pleut, je suis amoureuse d'une insaisissable femme qui passe son temps à militer et n'octroie que très peu de temps "au reste". Alors je souffre tristement. ALors je mange.
Vendredi. Des histoires à pleurer. Comme certaines sont à l'écoute de mon histoire, je suis à l'écoute d'histoires de femmes, ici. Et ce sont souvent des histoires de couples-qui-ne-marchent-pas. Et vous dites, chacune à votre manière, la même chose : vous exprimez le manque de maturité des hommes, leur orgueil du mâle, leur lâcheté, leur vision primaire du sexe, leur manque de respect de votre identité... ce sont les mêmes mots qui reviennent pour toutes !!! Et ce sont les mots dont moi-même je les qualifie. Vos histoires sont tristes, douloureuses... Il est vrai que mes histoires d'amour à moi ne sont pas simples (quand elles existent !!!) mais, au moins, ce sont des rapports d'adulte à adulte. Alors, voilà, les filles, ben je suis contente d'être lesbienne quand je vous lis !!! excusez moi d'être aussi abrupte... c'est ma réflexion du matin... avant d'aller chez le psy. ;-)
Jeudi 13 novembre. Ouf. Je suis encore un peu assommée par l'anesthésie générale, mais tellement soulagée : je viens de passer une coloscopie et je n'ai que quelques diverticules à surveiller, mais pas le cancer sur lequel je focalisais depuis 10 jours. Bon sang que j'ai eu peur ! C'est là qu'on se dit qu'il n'y a pas de choses importantes, sauf la vie... Je me disais, hyper-super-délire judéo-chrétien, que j'allais payer par là où j'avais péché : le système digestif ;-)))Encore des histoires de bouffe même dans la maladie. Alors depuis 10 jours je mange à peu près n'importe quoi, car les crises d'angoisse, y'a pas pire ! Je voudrais bien rééquilibrer tout ça,histoire de ne pas me retrouver à ne pas rentrer dans mes pantalons, car il n'y a pas pire pour le moral. Et du moral j'en ai besoin en ce moment. Et de toute façon, vu l'état de mes finances, je n'aurais même pas de quoi m'acheter un jean !!! En plus, me voilà en état de pré-amour, toute séduite que je suis par une femme que j'ai rencontrée au Festival de films lesbiens. Malheureusement je ne connais même pas son nom, mais bon, c'est un petit milieu, je finirai bien par la retrouver. Son regard m'a donné envie d'être séduisante parce qu'il me disait que je l'étais... Ca fait du bien. Et je voudrais bien le retrouver ce regard là : quand une complicité se créé, immédiate, impérieuse, totale. Et puis la foule s'immisce, vous dérange, vous sépare (tiens j'ai déjà entendu ça quelque part...). Heureusement que je crois encore au coup de foudre, même à mon âge ! Ca conserve. Suite au prochain numéro, je vais me coucher.
Lundi 10 novembre. "Tu trembles carcasse, mais si tu savais où je te mène tu tremblerais bien davantage" (Général de Turenne). QU'est-ce qui me prend, à moi, de citer les propos d'un militaire débile ?!!! Mais cette phrase m'a toujours aidé à retrouver un peu d'humour dans des moments difficiles. Je reviens de chez l'anesthésiste pour préparer l'examen de jeudi, alors forcément je suis mal. J'ai peur. Je mange. Pourtant depuis 3 jours j'ai baigné dans un univers de bien-être, une bulle d'utopie, une cité des femmes... C'était le festival de films lesbiens : des centaines de femmes, pas un mec, le pur bonheur de l'entre-nous. Connivence, convivialité, séduction, réflexion commune sur la visibilité lesbienne dans un univers hétéro. Voilà j'étais bien. Il y avait même une très jolie butch, mais pas su l'aborder, pas eu le temps... Depuis jeudi dernier et ma séance psy, je suis toute retournée car j'ai eu une révélation fulgurante qui m'a clouée sur le trottoir devant chez lui : s'il n'y avait pas d'hommes au volant, je pourrais conduire. Voila ce qui m'est venu à la conscience. La phrase est apparu dans mon esprit, toute simple, je me suis entendu la dire dans ma tête d'une voix sobre. Un simple constat. Alors que cela fait 30 ans que je me demande pourquoi j'ai peur de conduire, pourquoi je n'arrive pas à me glisser dans la circulation !!! OUi, s'il n'y avait que des femmes en voiture, je n'aurais pas peur. Et moi qui croyais avoir réglé par l'indifférence mon rapport aux hommes, la haine revient, le dégoût, la peur. J'ai tout focalisé sur la conduite ! Que gâchis. Ces êtres si violents au volant, toujours l'injure à la bouche, forçant le passage, levant le poing, appuyant sur l'accélérateur, rôtant et pétant dans leur bagnole... Voilà l'image que j'ai. J'en ai des frissons de répulsion. Maintenant il va falloir que je compose avec cette découverte. Je ne sais pas ce que je vais en faire. Je verrai cela avec le psy la prochaine fois. Il était tout penaud car comme il avait une demi-heure de retard, je ne pouvais pas rester une heure pour une séance d'hypnose qui n'en est pas mais qui fait drôlement du bien quand même... Une amie me disait d'essayer d'imaginer les hommes en voiture comme des grenouilles qui se font plus grosses que le boeuf et qui explosent, se répandant partout dégoûtamment sur le pare-brise, petites choses ridicules. Bref de démythifier le pouvoir que les hommes prennent au volant... A voir.
J'ai souhaité son anniversaire à mon chien, mais j'ai oublié l'anniversaire de la mort de mon père... Je veux retourner là-bas, au milieu des femmes, dans la bulle qui flotte bien au-dessus du réel. Je veux m'enfuir de cette vie de contrainte où tout est fait pour vous empêcher de rêver. Je veux que ce soit une femme qui me tende mon ticket d'entrée, que ce soit une femme qui me demande ce que je veux boire, qu'elle sourit, que je lui souris en retour tout naturellement. Je veux un monde sans porcs. Avec rien que des gazelles ;-))) Je m'en fiche, j'y vais dans ma tête puisque je ne peux y aller en vrai. Bonne nuit à vous.
Mardi 4 novembre. Epuiser la colère... Je reviens de deux heures de gym car, en fait, il n'y a que ça qui parvient à faire "débouillir" ma cocotte minute personnelle ! Je me bats contre des moulins à vent, c'est-à-dire l'Administration avec un grand A, celle où on n'a jamais le même interlocuteur, celle où l'On ne se trompe jamais, celle dont la force d'inertie est d'une incroyable puissance. Celle où chacun des millions de fonctionnaires se couche le soir en se disant :"j'ai bien fait mon travail". Et moi je me retrouve avec un huissier sur le dos, parce que l'un de ces fonctionnaires n'a pas fait son travail. Mais comment le prouver ? Comment se battre face à cette machine ? Alors je vais payer 100 euros d'huissier, envoyer un courrier en disant que je trouve tout cela injuste. Et c'est tout ce que je pourrais faire... Mais je me félicite d'être allée faire du sport au lieu de me jeter sur la première pâtisserie venue ! Ce que j'ai fait hier suite à des angoisses liées à ma santé. J'ai si peur pour mon corps et donc pour ma vie que je voudrais me mettre la tête sous la couette... C'est là qu'on se rend compte que, malgré les administrations, les problèmes quotidiens, cette putain de vie on y tient comme à la prunelle de ses yeux ! Et qu'on n'est pas prêt à lâcher le morceau comme ça. DOnc il faut que je vive avec mon angoisse, le temps de faire tous les examens et d'attendre les résultats. Vivre normalement. Cela fait la troisième semaine WW sans perte de poids. Mais il est vrai que ma préoccupation est plus de ne pas en prendre que d'en perdre !!! Je n'arrive pas à régimer. J'arrive tout juste à manger à peu près normalement en stabilisée que je ne suis pas... La réunion WW d'aujourd'hui était morose. Comme si nous étions toutes lasses de nous bagarrer contre nos kilos... L'hiver peut-être aussi ? Heureusement que je trouve toujours du bonheur dans la lecture (viens de relire "Cent ans de solitude", un bijou !), dans les expos (l'expo Vuillard est un émerveillement...). Voilà, ma vie est faite de ces moments-là. C'est bien un peu limité comme bonheur, mais mieux que rien. Alors que je me sentais si bien au printemps !! Quelques perspectives agréables et, notamment, le we prochain, le festival de films lesbiens (à raison de 6 à 8 films par jour, ça ne me laissera guère le temps de compulser nutritionnellement parlant ;-))) Je voudrais à tout prix reprendre le pli de la gym parce que ça me fait tellement de bien, mais me demande aussi tellement d'effort pour y aller, et de temps... Cela faisait pas loin de 3 mois que je n'étais pas allée en salle de muscu. Donc un bon point pour moi.
Jeudi 30 octobre. Doucettement... Corinne, merci de ce que tu me dis à propos de ta boulimie. Effectivement, ça me rassure. De toute façon, je sens bien que les crises sont moins violentes, moins stressantes qu'avant. Avant que je décide de "travailler" sur moi à propos de ces crises. Mon psy m'a demandé ce qui avait déclenché mon envie de travaillé sur ma boulimie. Je lui ai répondu un peu à côté de la plaque, mais je pense, en fait, que c'est ma dernière gabgie amoureuse qui a fait que je me suis dit : "assez", "faut que trouve", "faut que je m'en sorte pour vivre une vie moins souffrante". C'est là que c'est fait le vrai déclic. Au bout de 13 ans ! Il y a une chose dont je suis sûre c'est que j'en finirai avec les crises quand j'aurai mis fin à ma colère. Je ne parle pas de ces saines colères qui font pester contre le lobbying, contre la maltraitance des animaux, contre les gouvernants ou les banquiers. Non, je parle de cette profonde colère de frustrations, de non-dits, de peurs, de douleurs. Cette colère que je retourne contre moi au lieu de l'expulser sur qui de droit. Certes, j'ai déjà pas mal accouché de cette colère-là, mais pas en entier. Doit y avoir du placenta qui traîne au fond de mon ventre ! Le psy me propose désormais de travailler davantage sur ma peur de conduire. Il est vrai que pour moi c'est du même ordre que la bouffe : perte de liberté. Je ne suis pas libre de conduire, comme je ne suis pas libre de manger. Il m'a demandé, lorsque j'ai envie de manger, d'entrer dans une patisserie et de choisir UN gâteau qui me fait envie, mais un seul. Surtout de ne pas différer cet acte, pour éviter la frustration. Pour moi, ne prendre qu'un gâteau est une frustration forcément suivie d'une crise de boulimie. J'ai donc essayé "pour voir". J'avais envie d'un brownie (ça ne m'arrive pas souvent...). J'entre dans ma boulangerie préférée (après en avoir fait deux autres qui n'avaient pas de brownies...). Je demande, je sors mes deux euros et, que vois-je à côté de la caisse ? Un adorable petit pain tout blanc, tout doux, tout esseulé. Je demande ce que c'est : un pain dont la pâte a été repétrie avec du beurre. Et paf ! j'ai craqué ! je suis rentrée chez moi avec petit pain et brownie... Une merveille de petit pain compact, qui vous en met plein l'estomac, un goût de beurre et de levure... Un miracle de plaisir. Et le brownie, je l'ai coupé en 4, ai mangé un premier morceau, puis un second. Ensuite j'ai pris un bain pour faire coupure. Là ça va, pour l'instant je n'ai pas envie des deux autres morceaux. Me reste à les oublier ! Revenons au psy : deuxième séance d'hypnose. Qui s'est déroulée comme la première : une séance de relaxation avec un petit plus puisqu'il m'a demandé de me rememorer un moment de plaisir, puis un moment désagréable. A jailli devant mes yeux un souvenir totalement oublié : la première fois où j'ai vu un chien maltraité, un connard qui trouvait ça très viril de fouetter son chien. J'avais 10 ans, ma soeur 12 et je crois qu'elle l'a engueulé, alors que j'étais tétanisée. Pendant des années, j'ai ensuite rêvé que je lui arrachais le fouet des mains et que je le frappais... Un homme. En fait, chez le psy, ça se déroule en 3 temps : 1/4 d'heure de discussion, 20 minutes d'hypnose, puis 20 minutes de discussion. Je ne sais toujours pas qu'en penser. Une chose que j'ai aimée c'est qu'il me parle de lui, qu'il se montre comme tout un chacun. Me disant : "j'ai besoin de plannifier, c'est mon côté anxieux". Puis : "je deviens agressif quand j'ai affaire à un patient qui annule plusieurs fois son rendez-vous, ou qui ne vient pas..." Bref, un type normal (j'ai tellement gardé le souvenir de mon analyste qui n'avait même pas de corps tellement elle était silence... sauf pour tendre la main et recevoir ses billets...). Il a eu l'air étonné que j'ai eu une crise après la séance de la dernière fois. Je voudrais bien quand même qu'il me donne des explications sur mon fonctionnement. Mais je ne crois pas que ce soit "dans sa ligne de conduite psy"... Il m'a demandé de parler d'une période où je m'étais sentie vraiment bien. Impossible de ne pas repenser au moins de juin dernier où après ma stabilisation WW, j'avais encore perdu 3 kilos. J'étais donc à 55 kg, et je me sentais légère, puissante. Il me dit : mais vous frôliez l'anorexie ! Et de rajouter en riant : "là, en me disant que c'est durant un moment pareil que vous vous sentez parfaitement bien, vous récoltez deux mois de plus de psy !! parce que c'est franchement limite pathos !" J'ai dit oui. QUe dire d'autre ? Je suis parfaitement consciente que c'est pas normal, extrême, excessif d'aimer cette ultra-sensation de légèreté. Et d'associer légèreté et puissance/force. Très anorexique en effet. C'est long une heure de psy. J'en sors épuisée. Mais avec la sensation d'avoir travaillé. Même si le résultat n'est guère perceptible. Je crois que je dois continuer à bosser. Bosser dur.
Lundi 27 octobre. Froid dans moi. Certes, il n'y a pas eu de crise de boulimie depuis ma sortie du psy, mais je me sens sur le fil du rasoir. J'ai trop mangé tout le week-end, sans que ce soit dramatique, mais aussi pour présumer une petite poussée verticale de la balance WW pour demain. Suite à cette prise de conscience de la mort de mes rêves, j'ai décidé d'entreprendre une "thérapie" pour faire renaître cet espace d'imaginaire, ce petit coin fleuri qui peut m'aider à supporter le reste, sans me laisser fagociter. Première prescription : je suis allée me mettre la tête dans les étoiles du planétarium de la Villette ! Demi-couchée dans un fauteuil qui tourne sur lui-même, j'ai plongé dans des univers de comètes, de planètes, de systèmes, etc. Nova, super nova, trous noirs, quarks... sûr que j'y comprends pas grand chose, mais je suis ressortie de là comme une enfant ! Gaie, légère. J'ai voulu lire aussi, mais cela implique de rester à la maison et là, forcément, des envies de porte de frigidaire... que j'ai moyennement bien gérées. POurtant je me suis régalée avec Cent ans de solitude. Autre prescription : arrêter de ruminer après l'URSSAF et autres joyeusetés en promenant Fripouille ! J'essaie de regarder sans penser : la couleur des feuilles, le ciel, les oiseaux, l'herbe... c'est comme une relaxation. Mais ce que je voudrais surtout, c'est me réveiller en paix avec moi-même. Ca c'est le plus dur, car je me réveille, depuis un certain temps, en colère contre tout. Ce matin, à 5 heures, j'étais si mal de ressasser que j'ai pris 1/4 de Lexomil, ce qui m'arrive rarement. Mais je tournais en rond, coincée dans le sillon du disque sur la CSG à payer (vous ne le savez peut-être pas, salariées que vous êtes, mais un indépendant paie 7,5 % CSG sur ses revenus avant impôt. C'est vraiment beaucoup. Au lieu de créer des aides aux chômeurs, l'Etat ne devrait-il pas alléger un peu les charges des free lance afin d'inciter les gens à se mettre en indépendant ? Au lieu de ça, combien d'indépendants arrêtent un métier qu'ils aiment parce qu'ils ne peuvent plus payer les charges ?!!! Et s'il n'y avait que la CSG : taxe professionnelle, Sécurité sociale, allocations familiales, retraite, retraite complémentaire, TVA que l'on ne récupère que si on dépense, mais quel argent reste-til à dépenser ?... c'est du délire. Moi j'en peux plus de ça. Et me voilà repartie dans ma litanie. STOOOOOOOOOOOPPPPPPPPPPPPPPPPPPP, Sabine, ne te laisse pas faire. C'est le système. Faut le mépriser et ainsi être plus forte que lui. Corinne et Hélène, je reçois bien vos mails, mais ne peux à nouveau pas y répondre ! Tu sais Corinne, peut-être que pour toi les crises de boulimie se sont espacées avec le temps, mais moi ça fait 13 ans que ça dure, je trouve que ça fait beaucoup et je ne les vois guère vraiment s'espacer... juste un peu peut-être. Pas très positif tout ça ! Je me sens pourtant un tout petit peu moins tributaire du regard des autres, côté vestimentaire seulement. Je m'habille comme j'aime, confortable. Fini le style bcbg ! Y 'a donc un petit mieux, un peu moins soumise au paraître... Je viens de faire un goûter délicieux que j'aurais voulu doubler (voire tripler !) : café au lait, pain beurré, pomme. Tellement envie de continuer que je vais aller prendre un bain (c'est ma solution en commun avec Geneen Roth !. Je vais mettre un peu d'huile essentielle d'orange dans le bain, un peu de musique et, logiquement, après ça j'aurai "oublié" mon envie de manger, laissé le temps à mon corps de sentir en état de satiété. D'autant que je me prépare une bonne recette WW pour ce soir. Samedi j'ai acheté plusieurs moutardes différentes (une aberration, vu le prix de chaque pot !) mais c'est quand même mieux de craquer sur un pot de moutarde que sur un flan au pruneaux, hein ?! Conséquemment (voir subséquemment), je teste les moutardes avec des légumes et des poissons... Bon bon : moutarde à la figue, moutarde à l'orange, moutarde à la tomate et au basilic... Je ne vais quand même pas manger la moutarde à la cuillière !!!
Samedi 25 octobre. Petite sérénité. Tout d'abord une précision concernant les serveurs mails : Corinne, Hélène et toutes celles qui sont chez AOL, on a de plus en plus de mal à vous écrire car AOL a mis de tels "pare-feux" sur ces serveurs que les mails sont bloqués (depuis Noos entre autres). Je sais que Noos tente de trouver des solutions mais visiblement ils ont du mal. Donc Marine c'est normal que tu n'arrives pas à écrire à Corinne ou à Hélène !!! ... Je me souviens, lors de ma première lecture d'Apf qu'il relate la "guérison" d'une de ses clientes, une boulimique. A la fin, cette femme avait accepté d'avoir une crise de temps en temps, sans paniquer pour autant et en se sentant tout à fait bien dans sa peau quand même. Cela m'avait fait bondir ! Moi, accepter d'avoir une crise de temps en temps ?! Jamais !!! Eh bien voilà l'évolution pourtant en marche car, depuis quelques jours cette idée ne me semble plus absurde du tout : si une crise de boulimie ponctuelle peut m'aider à vivre mieux pourquoi pas ?! Je ne pensais vraiment pas à avoir de telles pensées. Je me sens bien de le dire. Lors de mon dernier entretien psy où nous parlions de mon imaginaire, je me suis rendu compte que j'en avais de moins en moins ! Et pourtant, mon imaginaire, cet espace de rêve, était si fécond dans le temps. Avant. Avant que je me laisse bouffer par le quotidien, les soucis, la vie en somme. Je ne rêve plus. Je lis de moins en moins de romans et donc ne me laisse plus entraîner dans des mondes parallèles. Et pourtant, je suis intimement persuadée que ce sont ces rêves qui stimulent pour "affronter" le quotidien. Ce sont eux qui m'ont toujours donné de la force. Maintenant, je me couche sans rêveries, m'endort de suite. Je me promène toujours un livre à la main, que j'ouvre dès trois secondes d'attente. Plus j'alimente mon corps, moins je nourris mon imaginaire ? Je ne sais pas. Mais je trouve cela tellement dommage de ne plus m'octroyer d'espace de rêve. COmme si les "méchants" avaient gagné, ceux qui vous obligent à coller à la réalité, les ombres du politiquement correct, du straight. Comme si rêver était une perte de temps, une perte d'énergie alors que c'est tout le contraire. Ce fut un choc quand j'ai pris conscience de ça en sortant de chez le psy. Choc conforté par les minutes passées devant le superbe tableau de Gauguin "Qui sommes-nous, d'où venons-nous, où allons-nous?". Ce tableau je ne l'avais jamais vu en vrai (et pour cause, il n'était pas revenu en France depuis les années 40). Ce fut un choc émotionnel très puissant et très doux à la fois quand je suis arrivée dans cette salle du Grand Palais. Jamais je ne l'aurais cru aussi beau, aussi présent ce tableau. Une harmonie de bleus et de verts, le hiératisme des formes, mais tout en force rentrée... Je me suis sentie happée. Cela faisait si longtemps que je n'avais éprouvé une telle émotion picturale. Ca fait vraiment, vraiment du bien. Ca réconcilie avec la vie.
Jeudi 23 octobre. Hypnose Une. Première. J'ai dit aux intéressées que je raconterai en détails ma première séance d'hypnose, mais c'est difficile... Lorsque je suis arrivée, nous avons commencé une séance comme d'hab. Je pense qu'il prend la peine de décontracter son client/patient. Puis, au bout d'un quart d'heure, il m'a proposé de faire cette première séance qui n'est en fait qu'une prise de contact avec l'hypnose. Ca se passe très exactement comme une séance de relaxation. Il parle tout bas (avec modulations de voix), me suggère d'écouter ma respiration, puis de prendre conscience de mon corps, de me relâcher, de fixer ma pensée sur mes pieds, mon ventre, mes mains, etc etc... Une simple relaxation. Rien de plus. D'après lui, ça lui permet de voir comment je réagis. J'étais très bien, parfaitement décontractée et lorsqu'il m'a dit d'ouvrir les yeux quand je voudrais, j'aurais voulu ne plus les ouvrir. Parce que je me sentais légère, comme débarrassée. J'ai eu un peu de mal au début à me laisser aller car son canapé me rappelait un peu trop les séances d'analayse. Mais c'est venu ensuite très vite, avec une vraie volonté de ne pas résister. Sauf que j'avais peur de m'endormir (ce que j'ai failli faire une heure après chez la coiffeuse pendant qu'elle me papouillait la tête !). L'intérêt est aussi qu'après nous avons à nouveau parlé et je suppose que les défenses sont moindres après une séance de relaxation. Nous avons parlé "leurre". Car tant de choses pour moi sont des leurres (comme c'est étrange la dernière séances WW était sur la notion d'alibi : les alibis que l'on se donne pour craquer, pour ne pas avoir maigri, genre j'ai mes règles, j'avais pas le temps de faire à manger, etc... bref, peu de différence entre un leurre et un alibi...). Des leurres ? L'amour (qui ne résiste pas au quotidien), les belles pensées gauchistes (qui ne débouchent sur rien), les mots, les actes, les gestes. Sauf la bouffe qui ne me semble pas un leurre (et pourtant je sais à quel point elle est substitutive !). Pas un leurre parce que si réelle, si présente, si efficace. Et laissant tant de traces... Ou alors un "vrai" leurre ?! Nous avons également parlé de mon comportement contradictoire entre mon côté "propre sur moi" et mon côté baba : la pensée straight et la pensée queer qui se combattent en moi,diraient les lesbiennes radicales... Le fait que je sois tellement marquée par mon éducation religieuse qui me fait créer mes propres dogmes : on ne jette pas des papiers par terre. Et si je vous demandais de jeter des papiers par terre, le feriez-vous, me dit-il ? Non, impossible, lui répondis-je ! Je ne peux pas jeter un papier par terre, pour moi c'est le sommet de la non-citoyenneté. Je crois qu'il a failli me demander, pour la thérapie, d'apprendre à jeter un papier par terre... Ce à quoi, je lui aurais répondu que je jetterais un papier par terre s'il me le demandait à titre thérapeutique, mais que je le ramasserais ensuite à titre citoyen !!! Je reste quand même très coincée sur mes dogmes, effectivement, entre ce qui se fait et ce qui ne se fait pas. Il en conclut que j'aimerais vivre dans un monde aseptisé, sans papiers par terre. "Et que serait-ce encore un monde aseptisé pour vous ?" "Un monde sans cris, sans violence, sans gens qui vous bousculent, qui crachent par terre." Je ne me souviens plus très bien de tout ce que l'on s'est dit d'autre... sauf qu'il m'a parlé un peu de lui et de sa difficulté de créer une imperméabilité entre son comportement professionnel et son comportement privé : la priorité, dans son métier, est de ne pas juger, donc, il aurait tendance, dans sa vie privée à ne pas juger non plus et à accepter des comportements qu'à titre privé il ne devrait pas accepter... En fait nous avons beaucoup parlé de religion (toujours en rapport avec mon éducation). Ca y est j'ai retrouvé le fil de la conversation : en fait j'ai commencé à dire que ce journal c'était comme une séance d'analyse ou comme un confessionnal et que ça fait du bien quand ça sort, car on se sent "à moitié pardonné", mais que je considère la religion comme le leurre suprême car les gens ont si peur de mourir qu'ils préfèrent se leurrer en croyant en Dieu, dieu, qui leur promet la vie éternelle ! C'est tellement plus facile d'affronter la mort en se disant qu'il y a quelque chose après, plutôt que de se dire qu'il n'y a rien. Kaput. Finito. Poussière... Voilà en quoi la religion est un vrai leurre pour moi. Bref, après toutes ces conversations fort instructives, je suis allée chez la coiffeuse et tout à coup, en plein shampooing je sens monter la méga crise de boulimie ! je voyais des gâteaux, des quiches partout ! Je visualisais les linéaires des trois pâtisseries qui sont proches du salon de coiffure ! Dans laquelle vais-je me précipiter ??? Le temps de la coupe, je me resaisis un peu. Je sors et me dirige vers la maison. Mais, tout à coup, au lieu de continuer tout droit, mes pieds tournent à gauche, remontent la rue. Ma tête dit "non pas ça". Et mon corps de dire : "Mais si mais si. Ca. Justement, Ca !)Patatra, me voilà dans une boulangerie, égrénant ma liste d'envies : "un palmier, deux quiches, deux crèpes, une torsade et deux petits pains". Et encore j'ai dit un palmier parce qu'il n'en restait qu'un mais j'en voulais deux... Me voilà me précipitant chez moi. A peine le temps d'enlever le manteau. L'envie si forte, si impérieuse, si incontrôlable. Et là j'ai tout fait comme aux pires moments de crise. C'est ça l'hypnose ? Se lâcher au point de lâcher prise sur la bouffe ?! Y'a maldonne. Y'a erreur. "Sur la vie on avait écrit, vous vous trompez ce n'est pas par ici", dixit Aragon. Alors c'est moi, c'est bien moi cette petite chose toute ratatinée après la crise, toute pleine de malheur et de sentiment d'échec ? Oui c'est bien moi. Même pas besoin de me pincer pour le savoir : je me vois dans les mots que j'écris. Je sens que ce soir, il y a une soirée télé débile dans l'air. Impossible de me concentrer sur le plaisir de lire. Les "Cent ans de solitude" ne seront pas pour ce soir. POurtant j'ai tant de plaisir à le lire, mais pas ce soir. Mais je ne vais pas macérer dans la "chute de l'ange" ! C'est vrai que je n'avais pas craqué depuis mon retour de vacances. Mais, après tout, pourquoi pas une fois de temps en temps comme disait Apf ?! On verra demain si on en reste au stade du "de temps en temps" . Total, l'hypnose, ça me laisse rêveuse question efficacité... En tout cas, certes cela a provoqué une réaction. Ca c'est sûr ! mais pas franchement celle que j'aurais souhaitée ! Allez, je vais sortir Fripouille et me geler le bout du nez pour son plus grand bonheur à lui. Non finalement, je ne me sens plus comme une petite chose ratatinée sur son malheur. Je ne me sens pas très grande, certes, mais pas si petite que ça... Un mieux quand même ?
Jeudi 16 octobre : poussif. J'ai beaucoup de mal à "travailler" sur ce journal depuis mon retour de vacances... Je sais avoir évolué, mais impression d'être coincée dans un sillon du disque. Hier, rv psy : j'ai travaillé sur ma colère. Car il est vrai que je me réveille le matin en colère en ce moment ! (il n'y a pas que les courriels indésirés qui me mettent en colère ;-))). Et le psy a mis en évidence mes paradoxes : je gueule contre les fabricants de cosmétiques qui nous mentent avec leurs produits antirides mais j'en achète ; je gueule contre les fabricants de produits allégés mais j'en consomme ; je gueule contre les diktats de la minceur mais je suis en plein dedans !!! c'est en ça que je me sens coincée dans le sillon. Impossible de décoller. Jeudi prochain on fait une séance d'hypnose qui peut, me dit-il, m'aider à lâcher prise et créer une "réaction" qui me fera justement sortir du sillon... Il pense que les psy comportementalistes ne prennent pas assez en compte les sensations du corps et je pense que la séance hypnose passe pas des "retrouvailles" avec ses sensations (faut voir, je ne sais pas encore très bien en quoi consiste le travail). Grande discussion avec le psy sur son approche : il ne se dit pas là pour faire maigrir les gens (je crois, Hélène, que c'est là que se situait l'incompréhension),mais pour aider les gens à se réconcilier avec eux-mêmes et c'est cette réconciliation qui peut les faire maigrir, mais l'amaigrissement est alors une conséquence du mieux-être, pas un "traitement" en soi. J'apprécie cette approche. J'ai une amie, que j'adore, qui se rêve drag king sans oser se réaliser, et avec laquelle, une fois par semaine je prends un verre: nous faisons le "point" sur nos vies à chaque fois. Elle est aussi très sujette aux fluctuations de poids, bien que ses yoyos soient moins conséquents que les miens. Elle vient d'arrêter de fumer et se bourre de cacahuettes. Et je me souviens comment je me suis mise à manger quand j'ai arrêté de fumer ! C'est bien là que les crises de boulimie ont commencé. Une horreur d'impuissance :moi qui suis "réputée" auprès de mes amies pour ma volonté, ma force de caractère, c'était terrible de ne pouvoir me contrôler, jusqu'à faire deux déjeuners à la suite, d'une cantine à l'autre... Que j'étais malheureuse de ne pouvoir m'arrêter d'ingurgiter. Aujourd'hui, c'est différent car la boulimie ne me rend plus haineuse de moi-même. ELle me met en colère contre moi, me navre, m'irrite, me déboussole, me décourage, mais ce n'est plus de la haine. Il y a donc moins de souffrance. Il m'a fallu plus de 10 ans pour en arriver là. Les crises sont, au fil des ans, de moins en moins fortes, même si elles sont tout aussi nombreuses. Je suis retournée à WW. Ce fut dur car très désagréable de monter sur la balance quand on doit "avouer" 4 kg de plus. Mais pas trop grave. Et j'ai décidé que je retournerai à chaque fois là-bas avant d'être en haut du yoyo. Tant pis si c'est à vie !!!
Samedi 11 octobre : ça commence bien ! Me suis cassé la figure ce matin en promenant Fripouille. Devinez ? J'ai glissé sur une vraie peau de banane ! Résultat : une irréparable déchirure niveau genou du seul jean dans lequel je rentre encore et dans lequel je me sens bien... Tant pis, je vais jouer les baba. Pas question d'abandonner ce jean. Avec des collants résille en-dessous c'est... enfin c'est... Je n'arrive pas à me mettre au travail. Ca me fait profondément chier de travailler un samedi. Fini le temps du feu sacré. Je dois écrire un article sur les soins à donner aux animaux... Beaucoup d'entre vous ont été interpelées par le message à propos de la torture animale. Si vous voulez faire quelque chose, vous pouvez souscrire à l'association et envoyer un don pour les aider à lutter. Fédération nationale contre le martyre des animaux : 7, rue Saint-Henri, 31000 Toulouse. http://www.sosanimaux.com J'ai été très troublée - et j'ai mis de côté, par un effet de la fameuse marge - une question de mon psy : "Comment envisagez-vous votre quotidien ? " Il adore le terme "envisager" dans le sens d'appréhender (et moi aussi !). Je sais que je dois m'ateler à ce problème car c'en est un : je me lève généralement le matin en me disant : "vivement ce soir que je me couche". C'est terrible hein ?! Le seul espace dans lequel je me sente bien c'est mon lit ! Le quotidien représente un effort permanent pour moi. Toujours l'impression que je vais devoir me battre, impresssion qui devient très vite avérée. Se battre contre la bétise, contre l'administration, contre la banque, contre les cons qui m'engueulent parce que mon chien fait pipi contre leur immeuble, contre les ouvriers débiles, etc, etc. Je ne me sens jamais en paix quand je me lève le matin. Je pense que certaines personnes naissent optimistes et que c'est une chance pour eux car je ne crois pas que l'on puisse le devenir (vais peut-être essayer quand même du côté de la PNL...). Moi je suis résolument pessimiste et angoissée (angoissée, cela ne se voit pas et surprend toujours les gens). SIncèrement j'aimerais réellement envisager mon quotidien différemment avec envie de le vivre, avec sérénité. Cela dit, il m'arrive de me coucher en me disant que c'était une bonne journée, mais quelle tristesse de ne pas être plus épanouie dans sa vie de tous les jours. Pourtant, non de dieu, je n'en ai qu'une de vie !!! et impossible de la revivre. Quel gâchis parfois. Il est évident que les journées me pèsent beaucoup moins quand je pèse moi-même beaucoup moins ! C'est flagrant côté énergie, côté humeur plus légère. Une fois de plus, j'en reviens au handicap des kilos en trop. QUand j'en suis là, un comportement s'installe : je n'ose plus manger dans la rue !!! Dingue. Cela signifie bien à quel point je suis sensible au qu'en dira-t-on, au regard des autres. Je me trouve navrante de réagir ainsi. Je m'en veux mais n'arrive pas à agir autrement. Bon c'est pas ça qui va faire avancer mon article...
Vendredi 10 aout 2003 : jour de colère. La colère monte depuis ce matin et vient d'exploser et ce n'est pas tout à fait fini... Ca a commencé tôt avec un article de journal qui expliquait comment les Asiatiques (et notamment les Coréens du Sud) torturent les chiens et les chats avant de les tuer pour les manger. Il parait que la chair est plus tendre à manger quand ils ont beaucoup souffert!!! L'horreur : ils coupent les cordes vocales des chiens pour qu'ils ne puissent hurler et ils les brûlent au chalumeau. Quant aux chats, ils les ébouillantent. Ca me rend malade et folle de rage ! Il y a une Fédération contre le martyre des animaux. Je vais souscrire ! 3 millions de chiens sont ainsi torturés et mangés tous les ans en Corée du Sud !!! DU coup, alors que j'étais à la FIAC cet après-midi, il a fallu que je tombe pile sur le stand de la COrée du Sud !!! J'aurais voulu gueuler, dire aux organisateurs qu'ils devraient boycoter un pays pareil ! Evidemment je n'ai rien dit et je n'ai rien fait. Sauf de ne pas rentrer dans le stand.... Et puis d'autres colères : un type que je dois interviewer et qui passe son temps à me dire qu'il est trop occupé. Du coup, je passe 1/3 de mes journées à le relancer alors que je suis payée des clopinettes pour écrire ce papier § Et le pipeau, ce sont les ouvriers qui sont venus pendant que je n'étais pas là pour poser le seuil du parquet flottant. ILs ont trouvé le moyen de mettre un bois gris alors que le parquet de chaque pièce est doré. Une horreur. En plus, ils voulaient venir demain matin à huit heures pour poser une porte spéciale. Là j'ai gueulé. Je pense que désormais, l'entrepreneur a carrément peur de moi !!!! Marre de ces gens qui font leur boulot n'importe comment !!! Et le pompon sur le pipeau ce sont ces femmes bien intentionnées qui me balancent leurs conseils à la mord moi le noeud sur la manière dont je devrais me comporter dans la vie, avec mes kilos, sans mes kilos, avec WW, sans WW, etc etc. Je tiens à préciser que je tiens ce journal pour me faire du bien (c'est exactement ce que je suis en train de faire en ce moment). Je connais les vertus thérapeutiques de savoir que ces propos sont lus par d'autres (j'ai déjà largement expliqué le phénomène). Par contre jamais je n'ai demandé à quiconque de me donner des leçons de vie. Alors, mesdames-pleines-de-bonne-volonté, occupez vous de vos fesses et de vos propres kilos. Vous n'êtes pas foutues de gérer votre propre vie, mais vous savez tout sur la manière dont les autres doivent s'y prendre ?! Je suis tout à fait d'accord pour les commentaires (et encore plus quand ils sont drôles), je veux bien qu'on se moque gentillement de moi (ça m'aide à moins me prendre au sérieux !), mais par pitié gardez vos sermons et vos conseils (si vous saviez, en plus, comme ils sont contradictoires d'un mail à l'autre, ç'en est risible). Voilà, je pense que j'ai vidé ma colère à tous vents. Et je vais beaucoup mieux. Donc je vais aller prendre un bain pour me calmer définitivement. Bien le bonsoir, mesdames.
Mercredi 8 octobre : petit moral. Stressée je suis ! Le retour des vacances est bien difficile : clients qui me harcèlent (d'accord c'est mieux que de ne pas avoir de client du tout !!!), administrations qui m'inondent de paperasses, factures, etc etc... ALors j'ai acheté un produit anti-stress à base de plantes... Ca peut pas faire de mal, hein ?! Sans parler de Noos qui commence à vraiment m'énerver : cette fois, c'est leur serveur de mail qui est en panne et les mails mettent deux jours à me parvenir !!! Ce qui ne facilite guère mon boulot... Bon, comme dit l'une de mes lectrices, je ne suis pas assez joyeuse !!!! Elle me conseille même de regarder vers le futur, ce qui ne me semble guère la chose à faire : c'est plutôt le présent qu'il faut que je regarde entre 4 zieux, au lieu de me projeter dans un devenir de rêve !!! Ce matin, psy. Nous avions prévu, avant mon départ en vacances, une séance d'hypnose ericksonienne. Sauf qu'il trouve qu'il ne connaît pas encore assez bien mes tenants et mes aboutissants pour initier l'expérience. Paraît qu'il doit savoir vers quel but se diriger et qu'il ne sait pas encore à quoi je fonctionne. Il était persuadé que, durant les vacances, je n'aurais pas de compulsions alimentaires et ça l'a visiblement déstabilisé que je me comporte de la même manière, en vacances ou pas. Il a donc orienté ses questions dans le domaine où je supporte mal les incursions masculines : l'amour. Je lui ai donc fait savoir que je n'ai jamais de crises de boulimie quand je suis amoureuse, mais que, malheureusement, j'ai un mal fou à devenir amoureuse et, surtout, à le rester. DOnc il sait maitenant à peu près de quel côté chercher (faut dire que je ne l'avais pas beaucoup aidé dans sa recherche jusqu'à présent...). Ca l'a interpelé lorsque j'ai dit que le quotidien est un tue-l'amour. Pourtant, je n'ai pas l'impression d'avoir inventé l'eau chaude en disant ça... Comme il n'arrêtait pas de parler de "il", "vos compagnons", etc, j'ai fini par lui dire que c'était "elles" et "mes compagnes". Visiblement surpris. Il m'a ensuite raconté l'histoire de l'une de ses clients qui l'a consulté pour des phobies dans les transports en commun. Il a fini par établir très clairement que le début de ses phobies est intervenu au moment de son coming out. Très bcbg, elle avait en fait mal digéré son coming out et avait l'impression que, dans le métro, tout le monde "savait", "voyait" etc... J'ai pas osé demander la suite, mais c'est quand même intéressant.... Cela dit, dans mon cas, il y aurait une vingtaine d'années entre mon coming out et mes premières crises de boulimie, ce qui me semble un temps d'incubation un peu long ;-)))) Ca doit venir d'ailleurs alors... Suite au prochain rv...
mardi 7 octobre : j'ai osé me peser ! Une vraie cata, à laquelle je m'attendais bien sûr : 63 kg. J'ai donc pris 4 kg en 15 jours de vacances (sans parler de ceux que j'avais pris avant de partir...). Décidément, il n'y a rien à faire, je ne suis pas près de changer le titre de mon journal. Mais je ne veux pas laisser ces kilos s'installer. Je crois cependant que la méthode Zermapf ne me convient pas vraiment. Je persiste à penser que c'est un peu un leurre car se focaliser sur la faim reste une façon de détourner son attention des excès. Rien de plus. Si je mange à ma faim, je ne grossis pas, mais je ne maigris pas non plus. Ce qui ne suffira pas en ce moment ! J'ai quand même appris des tas de trucs avec zermapf : - ne rien faire d'autre en mangeant (même si ça fait rigoler mon psy qui lui lit son journal en mangeant, mais lui c'est pas un référence vu qu'il est mince comme un fil); - goûter chaque bouchée ; - manger lentement pour attendre au maximum la satiété ; - me poser quand même la question du degré de ma faim (ça c'est pour acquérir de bons réflexes !!)avec mes serviettes en papier ; - vivre beaucoup plus l'instant présent au lieu de me projeter dans une période "où-je-serai-assez-mince-pour-aimer-la-vie"... - chercher le contact humain au lieu de me replier sur moi-même ; - tâter de l'autodérision et de l'humour ; - me regarder dans la glace même si j'aime pas ça ; - associer état psy et nourriture ; - apprendre à connaître mes compulsions et à les apprivoiser. Malgré tous ces kilos en trop, je me sens bien (à peu près) dans ma peau et ça c'est un progrès phénoménal. Je ne panique pas. Je relativise (à peu près). Le début de la guérison ? Demain, séance hypnose. J'ai la trouille. Je regarde mon atelier de céramique bien rangé et je me dis que je devrais m'y remettre car je suis en train de perdre totalement les acquis de ma formation. Quel dommage, mais je manque de courage. Impossible non plus de retourner à la gym pour l'instant... Manque de courage et de tonus ? Le soir je n'ai qu'une envie, me transformer en zombie devant la télé. Ingurgiter des séries américaines, engloutir des Stars Académie... bref, être passive. ALors que j'ai un si joli canapé dans lequel je pourrais me lover pour lire en écoutant de la musique (cela dit, je me suis offert une orgie de lecture durant mes vacances !). Pourquoi ne le fais-je pas ? Parce que ça me demande un effort... Paresseuse la fille ?! Il est vrai que j'ai beaucoup de travail et que, à la fin de la journée, je me sens toute molle de la tête. J'ai prévu des sorties pour le we, mais en me forçant un peu. Cela dit, je sais à quel point, souvent, je suis heureuse de m'être forcée la main après coup !
lundi 6 octobre 2003 : le retour de la même. Me voilà revenue. Lourdement lourde. Il était temps que je rentre puisque je ne rentrais plus dans mes pantalons !!! J'ai passé quinze jours à baffrer, en toute conscience mais sans pouvoir me retenir. Sans pouvoir résister. Sauf durant deux jours où, parvenue à stade si douloureux de mal au ventre, j'ai dû diéter un chouillas !!! Navrant de chez navrant. Je me faisais pitié par moments. En me regardant manger, ingurgiter toutes les spécialités catalanes : les merveilleuses bougnettes, les poivrons baignant dans l'huile d'olive, beignets et encore beignets puis rebeignets... Alors Sisyphette attaque à nouveau la falaise côté ascendant pour faire descendre la balance... A travers vos journaux (qui m'ont bien manqué je dois le dire !), il est évident que nous sommes toutes très consciente que manger n'est qu'un symptôme. Cela suffit-il de le savoir ? Certes non ! Je sais bien que j'ai trop mangé à Collioure parce que j'étais seule et non amoureuse. Même en prenant du plaisir aux grandes balades, aux baignages, aux séances café sur la plage, j'étais parfaitement consciente que ça ne me suffisait pas. Qu'il y manquait l'autre. J'ai même fait ce que je ne fais jamais en vacances : j'ai regardé la télé le soir ! Horreur symptomatique... Cela dit, les filles, je vais dire quelque chose qui risque de vous faire bondir : après lecture de tous mes journaux préférés, une chose est évidente pour moi, c'est que je sais vraiment pourquoi je n'aime pas les hommes !!!! Putain, ils sont tellement hommes vos hommes : des autruches, des victimes, des inconsistants, des non-fiables, des quasi-lâches... ça m'atterre de voir que les mecs n'ont toujours pas évolué... ugh, j'ai dit. Et j'arrête sur ce chapitre qui ne me concerne pas... J'ai bien assez à faire avec l'absence d'amour à gérer. Manger c'est une bouchée pour toi qui n'es pas là, une bouchée pour toi qui ne mange pas avec moi, une bouchée pour toi à qui je ne peux parler... etc, etc.
Débordée de boulot cette semaine et je n'aurais guère le temps de m'apitoyer sur mon sort de coeur solitaire affamé d'amour (remarque, étant donné mon passif, mieux vaut que je sois affamée plutôt qu'assoiffée !!!). Mais je vais essayer de m'attaquer plus précisément au problème au lieu de cultiver autant l'amitié comme je le fais, sous prétexte qu'une amie est plus "durable" qu'une amante !!!
Durant ces vacances, je suis à nouveau beaucoup revenue sur cette notion de marge qui me tient tant à coeur. Et pour cause : Collioure a été LA marge avant la mort de ma mère. Les derniers bons moments que j'ai passés avec elle, c'était là-bas, durant cette phase pré-mortem que l'on appelle REMISSION. Quel mot terrible ! Durant un mois, elle a été comme avant, pleine de dynamisme, de joie de vivre, d'appétit, belle à craquer malgré sa perruque, respirant normalement... Cette rémission qu'elle croyait définitive. J'ai refait le voyage à l'envers de ces bons moments : le café des Templiers, le restaurant La Ballette, le fort Saint-Elme... C'était un bonheur très intime et très douloureux, mais bonheur quand même. Se souvenir en essayant de souffrir le moins possible...
Vendredi 19 septembre. Journal d'hier disparu... j'y racontais la copine sympa que me dit gentillement que j'ai un peu regrossi... Ca fait toujours plaisir juste avant de partir en vacances. Il est vrai que j'ai pris 2,5 kg et que je suis donc à 58 kg, mais j'étais en dessous de mon set point. Cela dit je me sentais beaucoup mieux à 55,5 kg ! tellement légère... Comment ne pas sombrer devant des réflexions de ce type ? Ce sont pourtant des mots de peu de choses, des mots petits. Mais qui pèsent, qui pèsent hors de proportion. Pas eu le temps d'acheter pour mes vacances le livre de Pascal Bruckner : "L'euphorie perpétuelle" dans lequel il s'insurge sur notre volonté absolue d'atteindre le bonheur, à y passer notre vie sans en profiter, à nous projeter dans le futur et à faire du bonheur un absolu... Sûr qu'il est intéressant ce bouquin. Notre minceur fait tellement partie du concept "bonheur", à nous autres rondes ! Le bonheur c'est d'être mince. Il est donc sans cesse repoussé. Sauf que, set point atteint, le bonheur est là. Et ce sont de vrais moments d'idéal : marcher légère, se voir de profil dans une devanture, se voir mince dans le regard des autres. Je m'en veux de placer si bas l'image de moi. Pourtant, ces instants sont si bons. Mais si fragiles. Le bonheur à l'arrachée n'est pas pérenne. Sans cesse sur le fil du rasoir, il se liquéfie au moindre soubresaut pondéral. Ma valise est pleine de livres... L'histoire des Lucrèce Borgia, La chute de l'empire austro-hongrois, un roman anglais faussement gothique (gros pavé comme j'aime), "Mauvais genre" (des nouvelles américaines), un David Lodge... Ca va peser tout ça dans les marches du métro. Après la nuit qui sera forcément difficile dans le train avec ma Fripouille, je sais déjà ce que sera l'arrivée à Collioure : le chemin que je connais par coeur. Fripouille fou de joie et moi de même. Le premier petit déjeuner devant la mer (un vrai avec croissant et jus d'orange !), puis le tour de la citadelle pour aller vers le petit port où se trouve le studio. Vivre ce moment de vie avant, l'anticiper ça aussi c'est du pur bonheur. Après ce sera baignade, courses, installation, montée sur la colline du fort Saint Elme (montée que je trouve un peu plus dure à chaque fois vu les ans qui passent, mais je ne lâcherai pas le morceau), puis passage par le cimetière de Collioure où est enterré le poète Catalan Machado ("Machado dort à Collioure" dixit Aragon), puis balade dans les venelles, on monte on descend... Fripouille fonce, revient en arrière, repart, heureux et léger autant que moi. Et puis, fatiguée, la première sieste : de mon lit je vois la mer... alors je m'endormirai en lisant. Et je me réveillerai, serrant toujours le livre, forte de lui et du bien-être qu'il me donne. PUis on fera 4 heures, une bouchée pour Fripouille, une bouchée pour moi... C'est pas le bonheur ça, Bruckner ou pas ?!!! Aurevoir les filles...
Mercredi 17 septembre 2003. euhhhh...... Depuis une semaine, Noos fait des siennes dans mon quartier, une fois de plus. Impossible d'accéder aux sites "lourds" et, hélas, 123maigrir fait partie des sites longs à télécharger. Lourd quoi !!! ;-))) DOnc je n'ai pu écrire, je n'ai pu lire non plus, ce qui m'a bien manqué. Pour ce qui est d'écrire, je l'ai fait hors ligne mais sans enthousiasme. Pas dans le coup. Je désespère totalement de me stabiliser un jour ! Je passe des compulsions aux restrictions. Sans cesse. Avec comme seul garde-fou, l'idée des vacances où je veux arriver légère. Alors j'arrive à maintenir mes 58 kg. A grand peine. Tant besoin de vacances, de me délasser, de respirer à fond. Il faut dire que les ouvriers sont partis et qu'ils ont laissé un beau chantier... de saleté. Je passe mon temps à nettoyer mais la poussière, elle, continue à retomber. Livres mal rangés alors que j'aime les savoir où je les ai installés : là, ils sont en vrac sur des étagères. Zola n'est même pas dans l'ordre... J'ai cependant pris la précaution de réunir les Apf, Zerm, Palo Alto, Geneen Roth en me disant qu'à mon retour de vacances, je me replongerai dans eux. Le psy m'a proposé, pour notre prochaine rencontre, d'essayer l'hypnose eriksonienne. Entièrement d'accord, mais un peu apeurée, puisque le principe est de se lâcher. Et que, justement, c'est ce qu'inconsciemment je ne veux jamais faire. Peur, donc, de cet inconnu, de ce bizarre lâcher prise. La seule chose sur laquelle je me lâche, c'est la bouffe ! Et c'est forcément ce que je vais faire en vacances. Même si je marche beaucoup, ça ne suffira pas à décompenser les trop-plein. En tout cas, manger devant le petit port de Collioure, c'est plus sympa que de manger à Paris !! Juste petite angoisse pour le voyage de nuit avec le chien. En vieillissant, je me crée de plus en plus d'angoisses sur de toutes petites choses, sur l'insignifiance alors qu'auparavant c'était plutôt le devenir de l'humanité qui m'angoissait : l'intolérance, le fanatisme, la cruauté vis à vis des animaux... samedi, lors d'un dîner, un petit bout de bonne femme (45 kg à tout cassé) me disait ne jamais manger de viande car elle ne supporte pas la façon dont on tue les animaux, elle ne supporte pas qu'on les tue en fait. Je sais qu'il faut manger de la viande (même le Dalaï Lama s'y est mis !!!) mais je suis assez d'accord avec elle. Une chose qui me révolte particulièrement, ce sont les pêcheurs. Je trouve que la pêche du dimanche est d'une rare barbarie. Si on nous empâlait nous aussi, comme on faisait au Moyen Age !!! Lors de ce dîner, il y avait aussi une garde-pêche qui, visiblement n'avait jamais réfléchi à la question et qui était toute perturbée de notre discussion. Affectivement, c'est la beresina. Un essai malheureux, des vues justement imprenables, à quand la stabilité là aussi. Surtout là, puisque je suis bien plus stable nutritionnellement lorsqu'amoureuse. Mais je sens que j'aborde mal la problématique : en fait, j'en ai assez de tout assumer seule et je voudrais donc envisager la vie, les choix, les projets à deux. Ce n'est pas vraiment vouloir être amoureuse ça, c'est juste vouloir se reposer sur quelqu'une !!! Moyennement sain comme façon de considérer le problème. Le dernier rv psy était centré sur le fait que je me contrôle tout le temps, et que j'envisage les rv de psy comme un autre moyen de contrôle : je lui ai donc "avoué" que je prenais mes rv le vendredi pour me donner de meilleures armes pour lutter contre les compulsions du we. Il m'a fait une remarque intéressante : les régulés, lorsqu'ils vont au restau, ont tendance à s'empiffrer, pour reprendre leur route "normale" après, alors que les gens à problèmes mangent tout à fait normalement au restau, voire moins que la normale. En société. AUtant je savais pour les gens gros (et pour cause) autant je n'avais jamais remarqué ce que mangent les gens minces... C'est vrai maintenant que j'y réfléchis qu'ils mangent beaucoup au restau ces gens-là. POur se "ressaisir" naturellement après bien sûr. Je ne veux plus que mon estomac et mon ventre soient mon champ de bataille. Juste porter un regard moins passionnel sur la nourriture. Juste en avoir envie avec douce modération.
Mercredi 10 septembre. Morosité quand tu nous tiens... Zut, mon journal d'hier ne s'est pas enregistré... J'y racontais notamment que je sentais monter une compulsion hier matin. DOnc, au lieu de lutter en mangeant moins le midi, je me suis fait un plat de pâtes à la farine d'épeautre, avec du fromage rapé... du coup ventre plein et satisfait pendant tout l'après-midi et le soir délicieuse recette légère de mon cru salé sucré... Un bon point pour moi. J'avais aussi une réunion WW : un kilo de moins et donc retour à 58 kg sans douleur... Cette animatrice est d'un punchy ! elle m'a remonté à bloc, c'est pour ça que j'y vais. Et tout dépend de la qualité de l'animatrice qui ne vous vend pas sa salade. SOn raisonnement (elle a perdu 35 kg il y a 12 ans : "je préfère me contrôler en permanence jusqu'à la fin de ma vie plutôt que de revivre le cauchemar permanent que j'ai vécu toute mon adolescence cachée et les débuts de ma vie d'adulte." C'est vrai : se refuser une glace c'est rien à côté de refuser de sortir parce qu'on se sent moche et grosse... comme quoi faut relativiser... Eh bien ce matin je me suis bien fait moucher et j'ai heureusement pour moi gardé mon humour. Faut dire que je l'ai bien cherché... On attendait le métro. Un petit jeune de pas plus de 17/18 ans (beau gosse au demeurant... je sais quand même voir la mâle beauté même si elle ne m'intéresse pas !) s'approche de moi et me dit : "Vous ne voulez pas prendre un pot avec moi ?" J'aurais pu lui dire : "Jeune homme vous devriez être à l'école à cette heure-ci". Ben non, j'ai fait encore plus con et j'ai dit : "Mais enfin, je pourrais être votre mère !!! " Et là, voilà qu'il me dit avec un grand sourire : "Oh mais c'est dans les vieux pots qu'on fait la meilleure soupe." Et vlan, pan dans la gueule... Là j'ai quand même éclaté de rire... Depuis dimanche où j'ai lu les "adieux" de Fafou, je tourne autour de certaines de ses phrases. En tout cas, y'a un truc que j'adore, c'est l'expression "ca me gonfle". Je n'ose pas trop l'employer car je trouve que ça fait un peu "djeun" pour mon âge, mais je la trouve vraiment forte et pleine de sens cette expression... En dehors de ça, j'ai tiqué sur les histoires de sincérité (me souviens plus quelle est la formule qu'elle emploie) dont elle parle... Je crois qu'il y a eu, en fonction des évolutions de la culture : 1. le confessionnal ; 2. la psychanalyse ; 3. les nutri-psy et parallèlement, les journaux virtuels comme celui-ci. Car que faisons nous de plus que de nous confesser ? de nous délivrez de ce qui nous pèse vraiment (nous délestant ainsi de notre Poids...) ? C'est de l'exhibitionnisme certes, la confession l'était déjà et l'analyse également. Mais si l'on écrit son journal sous Word tout simplement, ça ne le fait pas du tout, vous avez remarqué ?! C'est de savoir que l'on va être lu, et donc entendu, et donc que l'on aura DIT, qui rend les mots efficaces. Ici c'est plein d'oreilles tolérantes comme un nutri-psy, d'oreilles silencieuses comme un psy freudien (sans oublier les connes oreilles de culs bénis...). Des tabous, de la pudeur je n'en ai guère dans mes mots et je ne veux surtout pas en avoir ! Se censurer c'est encore et toujours de la restriction !!! N'empêche que j'ai envie de manger, là,présentement, et que, comme Hélène, je voudrais bien me mettre sous la couette... sauf que là, présentement, il y a deux ouvriers dans ma chambre en train de poser le parquet et mon lit est à la verticale + la poussière + le bruit... alors c'est râté pour la sieste. Et pour la compulsion alimentaire faut voir : ce soir je vois ma grande amie-amoureuse; cette relation priviligiée faite de complicité, de mots, de gestes tendres, de silences... Elle me fait du bien : j'aime ses mots, sa voix, ses angoisses, ses doutes et l'amour gentil qu'elle a de moi. La sororité sapphique c'est ça. ;-)
dimanche 7 septembre.Sans titre. C'est vrai que je mange un peut trop, ce we. Mais aucune compulsion à l'horizon. Il faut dire que je suis au-delà de la notion même d'"occupée" : entre les cours de rollers, le dépoussiérage partiel d'un côté de l'appart, les rangements, les lessives, les sorties, les achats d'étagères et les dîners avec les copines... je suis totalement rétamée ! Manger trop, qu'est-ce que ça veut dire ? Je mange à ma satisfaction au lieu de manger à ma faim !!! Je suis donc parfaitement consciente de dépasser le seuil de faim et de prétendue satiété pour en arriver à la vraie satiété-selon-moi. Alors c'est bon, c'est plaisant sans être trop pesant tout en étant présent dans l'estomac. Seul problème, c'est que en mangeant ainsi, je suis sûre de prendre subrepticement du poids... J'ai un compas WW greffé dans le cerveau, je sais donc parfaitement à quel moment je dépasse cette agréable étape où mon poids me regarde manger sans réagir... Mais c'est tout de même mieux que des crises de boulimie ! Hier soir, après le restau libanais bien copieux, je n'ai rien mangé dans mon lit (alors que c'est ce que je fais généralement en revenant du restau le we...). Pourtant petite contrairiété puisque B. n'avait pas pu venir... Ce matin, au cours de rollers, la prof m'a dit des choses fort instructives, dépassant largement le cadre de la technique : "En rollers, il faut que tu apprennes à prendre ta place, à t'appuyer sur tes assises, à t'installer, à déployer toute ta taille... Imposes-toi, accroche le sol et déploies-toi..." Bref, tout ce qu'une petite souris peureuse ne fait pas quoi... Pendant si longtemps, j'ai essayé de passer inaperçue tout en rêvant que l'on ne voie que moi !!! je me souviens d'une séance d'analyse où j'avais utilisé une expression qui avait fait réagir la psy (ce qui était fort rare) : "je me sentais bien en marchant, j'accrochais le macadam". Je voulais dire par là que je posais mes pieds en entier, avec toute mon énergie, sans peur d'écraser qui que ce soit, que, ce jour-là en marchant, j'avais trouvé ma place, mon rythme et l'amour de moi. Pendant quelques instants... Lors de mon RV Dr.B., j'ai parlé du plaisir de manger, un plaisir que je considérais comme fugace, instable, capricieux. Dr.B. semblait étonné que je considère le plaisir de manger comme fugitif. Moi-même, je ne savais pas très bien l'expliquer, sauf que le plaisir, pour moi, est une chose bien trop fragile, qui disparaît bien trop vite. C'est comme l'orgasme : cela dure si peu ! Je trouve l'orgasme insatisfaisant car trop rapide ! c'est si fabuleux que j'en voudrais plus, j'en voudrais encore (vraiment exactement comme la bouffe !!!). Je me souviens avoir lu, dans le bouquin de Catherine Millet qu'elle est capable d'avoir 7 ou 8 orgasmes à la file... Ben je l'envie (et je la connais, je sais que ce n'est pas une menteuse, donc je la crois quand elle dit ça...). C'est un privilège. Alors plaisir et bouffe même combat : jamais assez. Sauf que les calins ça fait pas grossir... J'ai choisi le vendredi pour mes rendez-vous avec psy car j'ai l'impression que ça peut me servir de garde-fou contre les we de grandes craquations. Et ce we cela semble marcher... j'ai reçu un autre mail à propos du titre de mon journal, alors j'en reparle : non je ne suis pas particulièrement défaitiste. Par contre je suis une femme tout à fait lucide. Je me connais, je connais le processus alimentaire qui conduit ma vie : régime / amaigrissement / un mois de stabilité / lente ou rapide reprise, c'est selon. Et tout à fait entre nous, je connais des tonnes (!) de femmes qui font des régimes, je les connais depuis des années et elles, comme moi, replongent et jouent les Sisyphes à longueur de vie. Des femmes qui n'ont pas regrossi après un régime, je n'en connais aucune. Je dis bien aucune. Alors peut-être y a t il Françoise, sur le forum Apfeldorfer. Il y a également cette femme qui s'appelle Elsie (monjournal3/"un de plus"). Mais Elsie n'est pas pour moi une référence car elle mesure 1,68 m comme moi et pèse dans les 63 kilos. Elle n'a certes pas regrossi depuis deux ans qu'elle a fait son régime. Mais si, moi, je pèse 63 kg, je me sens mal et au bord d'être grosse (il faut dire qu'elle a perdu je crois plus de 20 kilos, alors que le maximum que j'ai eu à perdre était 12 en partant du principe que le poids que j'aime est de 56/57 kg). Je ne crois pas que l'on soit spécialement mince lorsqu'on pèse 10 kg de moins que sa taille. Je me sens juste bien à ce poids-là et encore bien mieux quand je pèse 56 kg comme ce fut le cas en juin. Là je me sens comme une gazelle bondissante !!! Et la gazelle qui bondit nettement moins haut à 58 kg, elle va aller lire les autres journaux qu'elle aime, puis sortir son chien, puis faire une petite sieste car ses ressorts sont à huiler. Faut qu'elle s'écoute un peu la gazelle quand son corps lui dit qu'il est fatigué de chez fatigué !
Trois heures plus tard et pas de sieste mais une épilation, quelques pages de bouquins, du rangement... et la découverte d'un site web que la chtite Corinne m'avait indiqué : boulimie.fr. Le témoignage d'une femme qui a mis 7 ans à sortir de ses crises de boulimie tout en faisant un travail de groupe. C'est vrai que le but c'est quand même de faire en sorte que la bouffe ne soit plus au centre de la vie / de ma vie... Etonnée par un propos d'Hélène sur le forum qui dit que maintenant la nourriture n'occupe plus que 5 % de son énergie au lieu des 80 % auparavant. Oublier le manger, oublier l'idée de manger. Quel pied !!! et n'y penser que lorsque vient la faim... Je crois que nous avons toutes bien compris qu'il ne s'agit pas réellement de travailler sur la nourriture mais de travailler sur soi-même. La nourriture n'est qu'un alibi, comme peut l'être l'alcool, la drogue. Il est temps que les médecins se rendent compte que la nourriture peut faire les mêmes ravages que tout autre forme d'adiction. Je ne parle même pas des ravages physiques, je parle des ravages dans la tête, dans le puits sans fond qu'est notre intérieur, notre âme, notre moi, notre être, notre individualité. Me nourrir sans fin le we ne serait-il pas ma façon de ne pas laisser finir ce we ? de le faire durer le plus longtemps possible pour ne pas affronter une nouvelle semaine ? Manger sans solution de continuité revient à prolonger le temps. Je reviens sur cet ouvrage merveilleux de Roger Pieyre de Mandiargues (jamais sûre de l'orthographe): "La Marge". Le we serait-il une marge pour moi ? Une pause dans le stress, une interruption dans le temps que je trouve trop lourd à porter seule parfois. Une mise en apnée pour ne pas affronter la vie. Oui comme si la semaine représentait la vie et le we une sorte de 4e dimension dans laquelle je suis parfaitement bien, déconnectée du réel. Donc manger ne serait pas une réponse au stress de la semaine passée mais plutôt un comportement prophylactique pour me protéger de la réalité que représente le lundi... Je sens que c'est quelque chose comme ça. Impossible de ne pas penser à ces dimanches soirs d'enfance où il fallait faire sa valise pour retourner en pension... quitter ma mère, mon chien, mon arbre...Le déchirement. Pourtant mes semaines ne sont quand même pas des cauchemars !!! mais il y a tant de choses à affronter seule. Vivre seule c'est comme travailler en indépendante : il y a certes de multiples avantages mais un stress particulier à gérer, que ne connaissent pas les salariés qui peuvent toujours en référer à un chef, qui ne sont jamais totalement responsables puisqu'il y a une hiérarchie... C'est peut-être un peu simpliste comme point de vue. Mais certains actes, certains choix (pas tous bien sûr, pas tous !), j'aimerais bien les faire à deux pour en partager le stress... En tout cas, je viens de mettre le doigt sur un noeud gordien, je le sens. "Sois sage ô ma douleur / Tu réclamais le soir il descend le voici" (Baudelaire) Tiens beaucoup de B dans ma vie en ce moment : Baudelaire toujours / Dr. B. / et peut-être bientôt B comme Beata Beatrix. Ce tableau de Dante Gabriel Rossetti, une amie m'en avait offert une copie quand j'étais jeune car elle trouvait que je lui ressemblais. A l'époque, j'avais adoré ce geste et l'idée de ressembler à ce tableau car, d'une part j'aimais beaucoup les Préraphaélites (leur misogynie chronique m'a vite guérie d'eux...) et, d'autre part la femme qui m'a fait ce cadeau a été si importante dans ma vie. Je l'ai tant aimée et tant fuie !!! pour la laisser revenir dans ma vie tant de fois... Une histoire sans fin comme l'histoire de ma faim.
Vendredi 5 septembre 2003. ?! Il y a quand même un lourd passif dans la famille : un père obèse, une mère qui ressemblait à un Rubens, une soeur copie conforme d'une baigneuse de Renoir, une autre soeur que l'on qualifiait de "fausse maigre" (quelle épouvantable expression qui, heureusementn n'a plus court !)... et moi, dans tous ça qui débuta rachitique, puis eut un an plantureux à l'adolescence pour être ensuite qualifiée de la "la mince de la famille" jusqu'à ce que j'arrête de fumer et de boire... L'alcool ça fait grossir. Sauf lorsqu'on ne mange pas ! Souvent je ne pensais pas à manger. Boire me nourrissait totalement. Toujours est-il que, à force de réflexion, de discussion sur le forum, d'écoute et de lecture d'expériences des autres, je cible parfaitement la problématique qui fait que je ne suis pas d'accord avec Zermapf. Car, pour moi, la restriction c'est de manger à ma faim. Modération selon Zermapf = restriction selon Sabine. Je m'en fous de manger à ma faim. Maintenant j'identifie parfaitement la faim et la fin de la faim (je suis incapable de parler de satiété justement parce que je ne me sens pas rassasiée lorsque je n'ai plus faim !). Alors que faire avec ça ? Ce matin, j'ai mon deuxième rv avec Dr B. J'ai du mal à y aller. Ca me coûte, ça m'angoisse. Je dois vraiment me forcer pour ne pas annuler. De quoi ai-je peur ? D'abord, je n'aime pas avoir à faire à un homme. Je déteste livrer cette intimité à un homme. Mais je ne m'y connais pas encore assez en thérapie brève pour trouver une psy qui pratique et qui soit spécialisée dans les problèmes nutritionnels. De plus, la thérapie brève est assez dérangeante car volontairement déstabilisante et provocatrice. Cela dit, il est évident que la première séance a remué énormément de choses en moi. Je me suis certes sentie harcelée par le feu des questions, mais il y a eu efficacité. Je ne sais encore comment l'expliquer, mais je le sens très fort en moi. D'où je suppose mon envie d'y aller à reculons : a-t-on envie d'être soignée quand on a du plaisir dans son mal ? Si je vais là-bas avec le but de manger de façon régulée, je perdrais donc le plaisir orgasmique des crises de boulimie, le plaisir lent de l'hyperphagie (dans cette analyse, j'ai une fâcheuse tendance à oublier la douleur qui va de pair !!!). Je voudrais en finir avec la torture sans me passer du plaisir !!! Le beurre et l'argent du beurre (et le cul de la crémière comme dit si élégamment l'une de mes amies ;-)))
Aujourd'hui je secoue mes plumes encollées de goudron... Je crois que toutes, toutes celles que écrivent, qui parlent... toutes nous nous sommes nous-mêmes, à un moment donné, roulées dans du goudron et couvertes des plumes de la honte ! Nous nous punissons sans cesse du mal qu'on nous a fait. Et ceux qui nous ont fait du mal ont vécu, vivent encore, délestés de leur méchanceté, de leur égoïsme, légers puisque le poids c'est nous qui le portons ! Et si nous leur rendions leur goudron et leurs plumes à tous ceux là !! C'est ça qui décollerait les kilos qui nous encerclent et nous enferment en nous-mêmes !!! Me déferais-je jamais de le culpabilité d'avoir laissé mourir ma mère dans la souffrance ? Elle est morte d'incapacité respiratoire parce que les poumons et le coeur étaient atteints par les métastases. Je l'ai vu, assise dans son lit d'hopital, cherchant l'air pour vivre, ne pouvant plus parler, les yeux agrandis de douleur, de peine, de supplication... Et nous, nous qui LES avons laissé faire CA ! Les 3 filles Huet, si solidaires, si aimantes de leur mère, qui la laissent crever dans l'horreur totale parce que les médecins ont dit qu'ils ne pouvaient rien faire. Et nous les avons cru. Parce que ce que dit un médecin c'est sacré n'est-ce pas ? Et nous en savons quelque chose puisque le père est médecin !!! Et que sa science, sa connaissance de la maladie est sacrée ! COmment avons-nous ôsé les laisser nous la prendre ainsi ? Pourquoi n'avons-nous pas réagi, ne nous sommes-nous pas révolté ? Le père contre l'euthanasie, dans ce petit hopital merdique de Brive où l'on ne connaît pas les centres de fin de vie. Ces lieux où l'on aide les gens à mourir sans souffrance. Le père disant : "On ne peut rien faire." Et nous de dire : "Ah bon." Pas de révolte. Juste des larmes. Et le vide. Et l'espoir qu'elle meure plus vite. Qu'elle meure. Pour ne plus la voir souffrir toute petite dans son lit, avec sa pauvre perruque, toute ratatinée sur sa douleur, elle qui était si grande, si présente. Je vivrai toute ma vie avec mon goudron et mes plumes de ne pas m'être révoltée de CA. Et puis un cardiologue qui passe et qui dit : "Mais si on peut faire quelque chose ! POurquoi personne ne m'a-t-il appelé ! " Et les deux derniers jours où elle a pu respirer "normalement", presque normalement. Et le coeur épuisé qui lache. Moi si lâche devant le pouvoir des grands, des savants, des médecins. Je le sais pourtant qu'ils mentent tout le temps, qu'ils se leurrent eux-mêmes. Comme l'a fait le père toute sa vie. ALors, depuis, j'enlève plume à plume la honte dans laquelle je me suis enroulée.
14H. J'ai eu déjà beaucoup de réactions à l'histoire de ma mère. Ca fait chaud au coeur. Je vais préciser cependant que, si je peux raconter cette culpabilité, c'est parce que j'ai déjà enlevé beaucoup de plumes de honte ;-). Avant, je ne pouvais même pas en parler. Je sens à quel point je suis en train de faire la paix avec moi-même. C'est effarant, troublant et... énivrant de découvrir que je ne me déchire plus de culpabilité comme auparavant, que je ne m'empêche plus de vivre pour "payer" tout ça, ce que j'ai fait pendant des années. Par rapport à la mort de ma mère, nous avons toutes les trois culpabilisé de notre comportement et de notre non-agissement. Nous en avons souvent parlé pour nous dire que de toute façon, elle n'aurait pas voulu s'éloigner de son mari, elle refusait totalement de se savoir condamnée et n'aurait jamais accepté d'aller dans un centre de fin de vie... Tout ce que je raconte dans ce journal sont des morceaux de vie que je suis en train de "digérer" positivement et sainement. L'autoflagellation a été ma tasse de thé pendant des années et des années, mais je pense que j'en ai fini avec le masochisme. Forcément, il reste des traces et il en restera encore longtemps des plumes encollées !!! Dire tout ça c'est en finir. Ce journal est pour moi un incroyable révélateur d'encre sympathique. Les non-dits, les maux et les mots enterrés vivants. Je donne ici une sépulture à mes années de survie.
Compte rendu de RV de ce matin avec Dr B. :je ne peux m'empêcher d'initier la conversation en parlant du harcèlement que j'ai ressenti lors du premier RV à cause du feu de questions. Surpris. "C'est la première fois que l'on me fait une remarque pareille. Je n'ai pas eu l'impression de vous bousculer !" - Ben si que je lui dis...Je croyais même que ça faisait partie de la thérapie !" Et là je sens qu'il se dit que peut-être effectivement ce pourrait être un bon truc. - Non ce n'était pas intentionnel, mais visiblement cela vous a apporté une "confusion" intéressante en vous. ... Bon, on cause on cause à bâtons non rompus parce qu'on n'est quand même pas assez intimes pour rompre des bâtons ensemble... Il en vient à me dire ce que je sais déjà c'est que la nourriture est quand même très liée à mon enfance. En effet, lorsqu'il me demande d'évoquer des moments de plaisir avec la nourriture, je repars aussi sec sur l'enfance et ses moments de ...non-plaisir ! Du mal à décoller de ça. Mais ça viendra. Il m'aide quand même à mettre des mots sur les choses : la "pathologie de la table". La plupart des personnes qui ont des compulsions alimentaires connaissent cette pathologie de la table : dans leur enfance, la table était un lieu de psycho-drames, de réglements de compte ou de non-dits... ce qui bien sûr favorise un rapport anormal, voire malsain avec la nourriture... Donc au premier RV, le mot fort était : "risques". Au deuxième RV, le mot fort sera : "pathologie de la table". Cela dit, je vois pas très bien où on va. J'ai pas envie que ça tourne à la conversation de salon comme avec l'autre psy. Je sais que pour Palo Alto, le passé ne les intéresse pas. C'est vrai qu'il essayait de me ramener aux ouvriers qui me dérangeaient dans mes comportements alimentaires.... Et moi de m'écarter de ce sujet-là. Pourquoi ? Tout simplement parce qu'il aurait fallu dire pourquoi j'étais vraiment dérangée : parce que ça me dérange sacrément qu'il y ait des hommes chez moi !!! Mais cela aurait voulu dire que je parlais de lesbianisme et pas envie de parler d'homosexualité avec un homme, psy ou pas. Bon je vais laisser mûrir jusqu'à la prochaine fois. Faut que je lui demande comment il envisage la suite... Et maintenant, je dois, il faut, il est impératif... que je travaille !
Jeudi 4 septembre.bof bof. J'aime vivre seule. Et pourtant il y a des jours où il est extrêmement difficile de tout assumer toute seule ! Hier, j'ai passé la journée chez un copain pour laisser les ouvriers peindre le plafond. Quand je suis rentrée, tout plantait : des doutes quant au choix de la couleur, les travaux qui n'avancent pas, mon PC qui plante tout le temps, pas le mail de B. que j'attendais... Découragement total. COmpulsion fulgurante : Viennetta / quiches/patte d'ours/pain beurré/yaourts... Puis élimination.Tout s'est passé très vite. Je crois qu'à chaque fois que j'ai une compulsion, je devrais y accoler un mot qui la définit. Hier soir, c'était compulsion/doute angoissé. Je me disais : si tu vivais avec une femme, tu attendrais qu'elle rentre et tu lui dirais : - Moi : tu crois que j'ai choisi la bonne nuance de jaune ? -elle : mais oui c'est superbe ! - Moi : est-ce que je dois bousculer les ouvriers pour qu'ils avancent plus vite ? - Elle : ne fais pas ça ils vont bacler le boulot. - Moi : mon PC marche plus, qu'est-ce que je fais ? - Elle : réinstalle le système. - moi : peux pas, le cd est dans un carton et je ne sais pas où... - ELle : on va appeler machin, il te dira ce qu'il faut faire. - Moi : et moi, tu peux me réparer aussi ? - Elle : viens là, je vais te défragmenter, te rebooter, et changer ta version de fire-wall... Total, j'ai changé toute seule ma version de fire-wall et le PC semble fonctionner ce matin... Je pense beaucoup à Marine et à toutes celles qui habitent près des Maures. Les Maures, c'est mon enfance. D'abord avec "Maurin des Maures", puis le téléfilm du même nom avec l'incroyablement vivant, le mystique Bernard Noel. PUis, bien plus tard, les promenades sur le col de Babaou, puis les déjeuners merveilleux à la Petite Fontaine sur la place de Collobrières. Et la vieille institutrice assise devant sa porte qui attendait la mort en s'ennuyant. Toute sa vie c'était les enfants, leur apprendre à lire à écrire. Depuis sa retraite, elle attendait la fin qui ne venait pas (elle avait au moins 90 ans la dernière fois que je l'ai vue !)...Et ce bâtiment fabuleux de La Vergne... Et la petite chapelle sous COllobrières... Et et... tout ça dans le feu.
Mardi 2 septembre. Je me questionne. Je suis toujours sur ces histoires de week-ends compulsifs. Il m'est revenu en mémoire des week-ends où je refusais même toute invitation afin de rester chez moi avec comme seul objectif manger !!! La situation est donc moins pire qu'avant ! Mais je suis toujours très déstabilisée après ces deux jours difficiles. Hier, tout naturellement j'ai peu mangé, ce qui est déjà bien. Et aujourd'hui je vais aller à ma réunion WW. Oui je m'y sens bien, là-bas. Je vous écoute, je vous observe et c'est fabuleux de voir les évolutions, les prises de conscience, les acceptations. Il y a une chose que je sais depuis longtemps, c'est qu'il ne faut jamais être trop sûre de soi. Lorsque j'ai arrêté de boire, nous étions un groupe de 9 au centre anti-alcool. La plupart étaient très sûrs d'eux, étaient persuadés qu'ils ne retomberaient plus jamais dans l'alcool. C'est le cas notamment de ma meilleure amie. Alors que j'ai toujours eu peur de replonger. Total : au bout de 2 ans, j'étais la seule à ne pas boire ! Je suis intimement persuadée que ça me sauve de me sentir toujours sur le fil du rasoir. Je crois qu'il en est de même avec la nourriture. Savoir que l'on peut à tout moment replonger, ne jamais avoir de certitude quant à sa "guérison". Pourtant Zermapf n'arrête pas de dire qu'il faut se faire confiance... Je ne sais pas. Il y a ces failles et ces faillites... La femme handicapée que j'ai interviewée est plutôt très ronde, mais si vivante. Même clouée dans son fauteuil elle libère une énergie et un dynamisme rares. Elle était carrément habillée en rockeuse ! Pantalon de cuir noir et haut noir, un coquet petit sac de perles noires accroché à son fauteuil. Elle m'a totalement plu. Bien dans sa peau et ses rousses rondeurs. Une leçon d'équilibre et d'amour de soi.
1er septembre 2003. Marre des week-end galère ! Pourquoi faut-il que les we se déroulent toujours de la même manière ? Accompagnés de leurs compulsions répétées. Visiblement cela n'a rien à voir avec un mauvais moral puisque je me sens parfaitement bien les we. Alors d'où cela vient-il ? Et pourquoi ne parlons-nous jamais de gourmandise ? Sur le forum Apf comme dans nos journaux c'est un mot que je ne vois jamais, c'est un mot que je n'utilise jamais non plus. Un mot trop léger ? Nous avons besoin de mots graves pour décrire notre état et nos comportements. La gourmandise est seulement un péché véniel, sans conséquences, sans risques, un délicieux petit craquage petit doigt en l'air, bouche coquine et oeil pétillant... gourmande comme une chatte, c'est pas moi ça. Même si je n'ai pas vraiment mangé entre les repas, je me suis gavée pendant les repas à un point ! Tout à base de pâte : gougère, quiches, fougasses, crèpes, sans oublier les crèmes diverses et variées. Marre, fatiguée de CA. Pour manger je suis totalement perturbée par la présence de ces ouvriers. En plus, aujourd'hui ils sont 5 dans mon 48 m2 !!! J'essaie de m'abstraire, mais difficile. J'ai fait cuire mon poisson n'importe comment à midi, les pommes de terre étaient farineuses et froides, le demi-melon sans goût. Et j'ai mangé tout ça sur mon lit. Faut que je mange en même temps qu'eux : ils s'installent sur les escaliers du palier et moi dans ma chambre donc on ne se voit pas. Bref, ça ne m'aide pas à réguler tout ça.
Je sais qu'il y a un état, lorsque je suis au régime depuis un certain temps, où tout devient plus facile. Mais, pour cela, il faut à tout prix que je passe le cap de deux ou trois we sans crises de compulsion. Des we qui soient aussi régimeux que les semaines. Une fois ce cap franchi, je trouve une certaine paix alimentaire et mes we se passent plus aisément. Lorsque j'en arrive à cette étape de mon processus nutritionnel, comme pour Hélène même les frites ne me font plus envie, je passe zen devant les boulangeries, je regarde les quiches droit dans les yeux sans même ciller. C'est un espace-temps pur bonheur qui dure peu (deux ou trois semaine, parfois un mois, guère plus) avant que ne s'enclenche le cercle vicieux habituel de la boulimie/hyperphagie.
La Rochefoucauld : "S'il y a de bons mariages, il n'y en a point de délicieux." La vie a deux devrait-elle être comme une friandise, délicieuse comme un Magnum amandes vanille, goûteuse comme une tarte au citron ? sweet so sweet ?... Longuement discuté de vie à deux avec une amie qui se fait ttoujours quitter par des femmes comme moi, de celles qui s'en vont tout le temps parce qu'elles ne supportent pas le quotidien à deux, ce tue-l'amour... Elle voulait comprendre ce qui me fait partir, cette sensation de ne plus avoir assez d'espace vital, de ne plus pouvoir respirer. Pas su vraiment lui répondre. Tant dans le domaine amoureux que dans le domaine nutritionnel j'envisage douloureusement les trop et les pas assez, sans jamais trouver la fameuse modération. Je sens et je vis la présence de l'autre comme du "trop" ou du "pas assez", jamais comme du "ça me va". Et plus on me donne d'amour plus je le perçois comme une agression et plus vite je m'enfuis. A 48 ans c'est bien dommage quand même ! A chaque fois je me crois prête pour agir/réagir différemment. Mais non, je recommence, comme je recommence les compulsions alimentaires après chaque régime. Du pareil au même, du même au pareil. "Toujours plus de la même chose", comme disent les psy de Palo Alto: cette phrase me définit parfaitement. Et je tourne en rond, et je creuse le sillon du disque rayé. Tout ça je l'ai déjà écrit, je l'ai déjà dit. Et si c'était la dernière fois que je l'écris ou le dis ? Il est vrai que je n'avais jamais entrepris un tel travail sur moi-même, même du temps de mon analyse où je refusais de me pencher sur moi en dehors des séances. Aujourd'hui je me travaille au corps, je me regarde manger, je dévisage mon intérieur pour étudier/deviner/analyser/connaître/répertorier... pour savoir à qui profite le crime et quel élément de moi se satisfait tant de mes compulsions. Chais toujours pas. Mais je ne désespère pas de le découvrir !!!
30 août. Lendemain de fête. C'est le cas de le dire puisque, pour ma fête que j'avais totalement oubliée, mes amies m'ont offert un livre... L'histoire des relations d'une fille avec son père. Diantre, où qu'elles ont trouvé ça les copines ?!!! Cela dit, en rentrant du dîner restau, je n'ai pas AGI comme d'habitude : je ne suis pas passée par la case réfrigérateur, j'ai sauté la case compulsion du soir pas d'espoir et j'ai attéri avec une légèreté de gazelle dans mon lit... Je ne peux pas en dire autant ce matin,où j'ai pris un petit déj sans faim mais bon quand même et, surtout, je viens de m'enfiler un demi-melon, un gâteau de semoule et un flan... Je ne culpabilise même pas ! si en plus je n'ai pas la culpabilité pour me servir de garde-fou où vais-je aller ?! Non. Je sens qu'il se passe quelque chose et que cette absence de culpabilité n'est pas négative, peut-être un petit pas vers plus de confiance en moi ? En tout cas, il fait beau sur nos petits carnets roses dirait-on ! Hélène, Corinne, Marine sourient à la vie. Etre bien dans sa peau même avec des kilos en trop ! C'est vrai qu'il y a l'importance des mots (je fais référence à Hélène qui met des mots sur les étages de ses kilos). Peut-être devrais-je créer une carte de mes rondeurs, comme il y avait la carte du tendre au XVIIe. Ca donnerait "Colline des vississitudes pondérales", "Place du petit ventre rond", "Vallée de l'amour de soi", "Impasse du sein conquérant", "Ru des fermes rondeurs", "Sente des grammes envolés", "Plateau des charmes rebondis", "Olympe protéinée" et et, surtout, "Nirvana du yoyo vaincu"... Bref, des allers des retours des avancées des reculées des stagnations des évolutions des prises de conscience des découvertes. Mais plus d'échecs, s'il te plait Sabine, dis merde aux échecs. Deux trois kilos en plus, ce n'est pas un échec. Même dix kilos en plus ce n'est pas un échec. Sauf que je ne sais pas encore ce que ça pourrait être d'autre. Je suis sûre qu'apprendre à vivre au présent me donnerait le mot qui remplacerait le terme "échec". Car persuadée que c'est une clé cette conscience de l'instant. Cesser de sans cesse se projeter sur un avenir de Sylphide. Je vais donc, en ce matin pluvieux, dépasser les rayons de pulls et de manteaux des Galeries Lafayette pour essayer de trouver une petite robe d'été (quand même je peux bien me projeter à 20 jours et rêver de mes bains de soleil sur la plage de Collioure !). "Homme libre tu chériras la mer / La mer est ton miroir / Tu contemples ton âme dans le déroulement infini de sa lame / Et ton esprit n'est pas un gouffre moins amer (Baudelaire) . Ughhhhhhhhhhhhh
18H même jour. Pas trouvé de petite robe d'été mais deux pimpants petits pantacourt dont l'un est une sorte de corsaire à rayure, même que le haut n'est guère plus haut que le haut du pubis ! Pas intérêt à avoir du ventre. Je me sentais un peu ridicule dans la cabine d'essayage... S'il pleut j'aurai bonne mine... Journée ratée question entraînement de rollers. Et j'ai continué et je continue à manger. A midi : un délicieux sandwich de chez Paul suivi d'une brioche parfaitement desséchée, mais impossible de me raisonner pour la mettre à la poubelle. PUis, deux heures plus tard, un flan patissier. j'ai également acheté un friand à la viande et un friand au jambon qui sont toujours là. Ce qui est étrange c'est que, ayant besoin aussi de nu-pieds puisque les miens ont rendu l'âme hier soir à minuit sous l'orage... je suis allée au Forum des Halles et là, chez Tarte Julie (j'adore) j'ai acheté une quiche et trois parts de tarte. Ce qui fait que ma cuisine est pleine, que j'ai fait des provisions comme une grosse souris, mais j'arrive pas à manger tant je me sens encore pleine. Il se passe vraiment quelque chose à ce niveau-là : je veux manger, ma volonté dit oui, mon envie dit oui, mais quelque chose de subliminal, plus loin, plus profond me dit : "impossible, ça ne rentre plus, le quota est dépassé, faut que tu attendes la décrue". C'est entièrement nouveau : je n'arrive plus à me faire mal de trop manger, à remplir encore à m'en faire exploser la panse. QU'est-ce à dire ? C'est très troublant. Donc je ronge mon frein. Je suis obligée de patienter. C'est un comble si je ne peux même plus faire ce que je veux ! De mon rv chez le Dr.D. me reste cette idée de "risque". Il n'arrêtait pas de me parler de risque, de me faire parler de risque... Et maintenant, j'ai peur de rater notre prochain rv de vendredi. Pourquoi ? Ben oui j'ai la trouille d'y aller. Il m'a aussi demandé, vers la fin : "Et quand vous serez en vacances, allez-vous continuer à manger comme ça? à compulser ?" J'ai dit oui. Car en vacances je mange du matin au soir. Et je reviens généralement avec 3 kg de plus au bout de 15 jours !!! Salé sucré, sacré, sulé... Une solution pour reculer ou limiter la prise de nourriture : un bon polar ! Je viens de m'acheter le dernier COnnely et je me régale à l'avance. Et puis, vous savez quoi ? Une merveilleuse nouvelle que j'attendais depuis 20 ans ! ILs viennent de rééditer Nancy Mitford. Ca c'est une grande une bonne nouvelle. Sa saga so British, son humour si pince sans rire, ses descriptions si grinçantes d'une famille fin de race... Un pur bonheur littéraire. J'avais prêté les deux volumes à une amie il y a plus de 25 ans. Elle ne me les a pas rendus. D'aucune n'imagine même pas le mal qu'elles peuvent faire à oublier de rendre un livre ! Parce que Nancy Midford m'a manquée. Oui manqué. COmme chacun de mes livres que l'on ne m'a pas rapporté. C'est un petit deuil, un petit bout de moi désaimé, abandonné, oublié... Car chacun de mes livres fait partie de moi, me construit, m'achève.
Vendredi 29 aout. Je devrais... Faut que je bosse et je n'y arrive pas ! Je dois préparer une interview d'une dame adorable. Le sujet : "Aménager un appartement pour les personnes à mobilité réduite". Comme elle est très bavarde, je n'aurai qu'à la laisser parler !!! Rencontrer une personne en fauteuil roulant, c'est un peu de honte pour moi qui me focalise sur mes rondeurs et qui m'engloutis dans mes états d'âme alors que je peux marcher, courir, faire du roller... mais ce serait comme se priver de manger sous prétexte que des gens meurent de faim... Arrive le we et ses angoisses y afférentes. M'enfin pourquoi ai-je si peur de craquer le we (si bien que je craque forcément !)???? Etant free lance, le we n'a pas la même signification pour moi que pour un salarié : j'occupe le même espace que pendant la semaine, je fais à peu près la même chose (eh oui je bosse assez souvent le we aussi)... donc ça vient de plus loin ce rapport de craquage. Ce n'est pas la peur du vide car mes we sont bien remplis. L'angoisse ? Mais l'angoisse de quoi ? impossible de mettre des mots là-dessus. Retour sur enfance : les we étaient déchirants pour moi car, étant en pension, soit je les passais chez les bonnes soeurs (beurk), soit je rentrais chez mes parents où j'étais partagée entre le plaisir de vivre avec ma mère et le dégoût de vivre avec mon père. De toute façon, à peine le we était-il commencé qu'il était déjà fini... Ma mère nous gavait de ce que nous aimions. J'ai de délicieux souvenirs d'enfance liées à la nourriture : pour la Chandeleur maman nous envoyait en pension des crèpes qu'elle faisait pour nous ! Ainsi, nous recevions un paquet avec trois "pochons" en plastique contenant chacun une douzaine de crèpes ! Une merveille ! C'était nos colis de prisonnières de guerre à nous ;-) Et puis il y avait les lendemains de folie alcoolique du père où se sentant coupable et voulant se faire pardonner : au lieu de nous dire je vous aime, il allait chez le traiteur et nous rapportait de super bonnes choses à manger. Dingue ça de remplacer "je t'aime" par "je te nourris". C'est le journal de Marine qui a fait remonter tout ça car elle parle de son besoin de faire des provisions en excès et de remplir les assiettes en trop grande quantité. Je sais pertinemment que moi aussi c'est parfois ainsi que je dis les "Je t'aime" que je ne sais pas dire, qui ne veulent pas sortir. A mes amours, je leur fais des bons petits plats très parfumés, très goûteux, très pleins de jolies couleurs... mais je ne leur dis jamais "Je t'aime". Elles attendent et je ne dis toujours pas. Chaque fois je me dis : "La prochaine, je lui dirai..." Mais cette fois, c'est sûr, la prochaine je lui dirai... "Sur l'amour on avait écrit / Porte de sortie interdite en cas d'incendie / Sur la vie on avait écrit / Vous vous trompez ce n'est pas par ici" (c'est Aragon je crois...).
Jeudi 28 aout. Du mal à sortir. Mon rv psy de mardi a été si "fort" que j'ai l'impression de ne plus rien avoir à dire (étonnant non ?!!!). En fait ce n'est qu'une impression... mais je me me demande où je vais avec cette psychothérapie brève. Le problème avec les adictions, c'est qu'on n'est pas vraiment sûres de vouloir en guérir tant on est accro. Je n'étais pas sûre de vouloir arrêter de boire, de fumer... Et il m'arrive souvent de regretter de l'avoir fait, rien que parce que je me souviens quand même du plaisir qu'il y avait (sans oublier pourtant la douleur). Me priver de ce plaisir là pour toujours. C'est dur à encaisser. Et si je n'ai plus de crises de boulimie, logiquement ce doit être aussi un soulagement. POurtant, c'est une drogue et donc il y a le plaisir immédiat de l'ingestion. M'en passer aussi ? Jusqu'où faudra-t-il que j'aille dans le rejet, dans la privation pour être bien dans mon corps (tiens tiens j'avais écrit "coeur") ? Chaque fois faut-il "se passer" de quelque chose, supprimer, nier, rejeter, faire le deuil ? Y'en a marre des bagarres avec soi-même ! Vaincre la bête ! Je viens de découvrir un autre journal en groupe 7 qui s'appelle "Ma balance doit déconner". C'est une jeune femme de 25 ans, qui raconte son corps, le dégoût, l'incompréhension du processus de grossissement. ELle le dit remarquablement bien, avec toute la violence et la révolte de la jeunesse. Encore un journal que je vais ajouter à mes favoris !!! Me suis pesée ce matin et je n'y comprends rien : lundi je faisais presque 59 et aujourd'hui moins de 57 kg ! Je veux bien croire que j'ai dégonflé en 3 jours, mais quand même ! Je soupçonne ma balance de manquer de précision. Il faut dire également que le plancher n'est pas très stable, peut-être cela joue-t-il. J'entends parler de balances qui indiquent la masse grasse. J'en ai envie. Je commence à faire une sorte de mix WW et Zermapf : je ne mange plus le matin car il est vrai que je n'ai pas faim (et pourtant ce petit déjeuner était un grand moment de plaisir, au lit, vers 5 H du matin et après, je me rendormais... J'adorais ça). Mais bon, puisque faim il n'y a pas, j'élimine. Ma consolation est qu'ainsi il me reste bien plus de points WW pour le reste de la journée et que, de fait, je n'utilise que des serviettes vertes ou à rayures, serviettes de grand appétit devant l'Eternel. Cela dit, en ce moment, je n'ai envie que de melon et de pain beurré ! Sauf que j'ai bien sûr mal au ventre à cause du melon... Je me demande si les kilos de poussière que j'avale pendant les travaux vont peser sur la balance. C'est une horreur ! le clavier noir de mon ordi est devenu blanc... Demain soir restau, samedi midi restau, samedi soir restau... Bon sang ! ca fait beaucoup. Cela dit, je n'ai aucun mal à faire régime au restau car, en société, je mange peu. Le Dr D. m'a fait bien insister là-dessus : le non-besoin nutritionnel en société et le plaisir limité... Au début je pensais que cela tenait au fait d'être privée d'alcool, donc sorte de mise en auto-anesthésie émotionnelle et sensuelle pour moins en souffrir... Maintenant je ne sais plus car cela ne me pèse guère de ne plus boire en société (c'est bien plus douloureux parfois quand je suis seule). J'en viendrais presque à penser que le plaisir de la convivialité remplace le plaisir du manger ! Ce serait nouveau Sabine conviviale: fichtre, une révolution !!!
Mardi 26 aout. Grand jour ! Cet après-midi, ce sera mon premier RV de thérapie brève. Je me sens un peu inquiète car impression d'inconnu. J'ai beaucoup réfléchi depuis hier à ces histoires de régimes. Je crois que Zermapf, autant que WW, sont plus que des régimes. Il est vrai que pour moi WW, est une méthode pour ne pas tomber, pour ne pas monter en haut du yoyo. Et si l'on prend les bases lines des deux : "Manger de tout en petite quantité" et "manger ce que vous aimez avec modération", franchement la différence est bien mince. Car chez Zermapf il reste quand même le tabou de la quantité. Certes on peut peut-être le vivre autrement que comme un tabou. Et il y a visiblement des femmes à qui la méthode réussit vraiment comme Hélène qui semble parfaitement équilibrée dans sa démarche. Mais je ne peux m'empêcher d'y voir un leurre, un jeu sur les mots. En approuvant cependant plus que largement le concept de travail sur soi-même. Alors bien sûr, WW ce n'est pas la panacée non plus (surtout quand on lit ce qu'a vécu Janny, mais elle était de l'autre côté de la barrière, du côté terroriste...). Mais j'ai décidé de ne pas faire un régime à 18 points, que je trouve trop contraignant. Perdre 4 kg, ce n'est quand même pas la mer à boire. D'autant que ces kilos ne sont pas "installés". Je vais donc continuer à noter sur mon carnet ce que je mange, l'heure à laquelle je mange, choisir mes serviettes et rajouter mes commentaires comme je l'ai fait en essayant Zermapf. Un petit mix en quelque sorte. Il y a une chose terrible : comment se fait-il qu'en grossissant, même de seulement 4 kg, je me sente sale physiquement ? C'est étonnant cette association que j'établis entre graisse et saleté ! Et c'est une sensation très forte, très profonde, comme si le gras se déposait sur la peau et non pas dessous. J'ai l'impression que mes cheveux deviennent gras, que mon corps est un peu gluant au toucher... Ma fille, on frôle l'hystérie ;-)
mardi 18h30, la suite : premier RV de thérapie brève. Ah ben ça commence bien ! Une incroyable et irrépressible envie de baffrer en sortant de là ! Faut dire qu'il m'a bien mise en pétard. Pour le coup, je n'ai absolument pas eu l'impression d'aller prendre le thé comme c'était le cas dernièrement lorsque j'allais voir la psy. Ce fut un feu nourri (!) de questions sur mon comportement alimentaire. Pas le temps de souffler, pas le temps de réfléchir entre les questions et les réponses. Il fallait que je décrive très précisément mes sensations quand je mange, la différence de sensations lorsque je mange socialement/seule sans crise/seule avec crise... la dernière dois où je me suis sentie bien par rapport à la bouffe (réponse : quand j'étais amoureuse de F bien sûr...). Parallèle entre mes crises boulimiques et mes histoires d'amour : le meilleur moment est celui de la préparation et les tous débuts, quand je fais mes courses, quand je prépare la prise de nourriture ; qund je deviens amoureuse et au tout début de l'histoire. Puis très vite la crise se finit. Puis très vite je ne suis plus amoureuse (en fait dès que j'ai "consommé" , le paroxysme amoureux est atteint et mes amours prennent l'eau...). Mais ce qui m'a énervé c'est le coup de la provoc. Son raisonnement : "vous aviez un gros problème qui vous faisait courir des risques : l'alcool. Vous avez trouvé une solution qui ne vous fait plus courir de risques : la nourriture. Donc tout va bien : vous compulsez le we, vous contrôlez la semaine. Si vous ne contrôlez pas, vous grossissez puis vous vous mettez au régime ; donc vous retrouvez votre poids d'avant ; donc tout va bien... En plus, quand vous parlez de nourriture, vos yeux brillent, j'y vois le plaisir, un plaisir jouissif rien que d'en parler. Donc vous aimez manger. Donc c'est bien, puisque c'est bien d'avoir du plaisir. Vous n'aimez pas avoir du plaisir ? Je ne vois pas où est le problème, vous pouvez très bien vivre bien ainsi !" Et là grand sourire : "Je vous provoque bien sûr". - "Oui mais moi, je ne vis pas la nourriture comme étant sans risques ! " - "Ah bon, et quels sont les risques liés à la nourriture ?" - "Grossir/être mal dans son corps / être mal dans sa tête". - "Ce ne sont pas de gros risques ça !" - "Si! Je me retrouve le lendemain d'une crise de bouffe comme un lendemain d'alcool : avec la même gueule de bois, mais cette fois d'avoir trop mangé au lieu d'avoir trop bu (mal de tête, nausée, mal-être...)[entre nous, c'est la première fois que je "nomme" mes lendemains de boulimie "gueule de bois" et pourtant les sensations sont parfaitement identiques et j'aurais pu faire le parallèle beaucoup plus tôt !]." -"Oui, mais cette gueule de bois elle passe et vous reprenez le cours de votre vie." -"Je ne veux plus être obsédée par la bouffe. Je veux manger quand j'ai faim et m'arrêter de manger quand je n'ai plus faim ! Je veux être comme tous ces gens dits régulés ! [...] Et paf, on s'est arrêté là !!! En fait, je sais très bien que ce qui m'a irritée c'est que je ne suis pas sûre que ce soit entièrement de la provoc. Je ne suis pas sûre qu'il ne va pas essayer de me convaincre que je peux très bien vivre ainsi. En tout cas, j'ai vraiment l'impression de ne pas y être allée pour rien (je dis ça et pourtant j'en suis à un Magnum et 2 sandwichs que je suis arrivée à manger en tapant ce compte- rendu ;-). Et même que je vais aller à la patisserie me ravitailler. La marge, toujours la marge ?
19h30 le même jour : bien sûr, j'ai omis de parler de l'épisode maternel de la séance...Lorsqu'il m'a demandé innocemment : "Ce n'est pas bon le plaisir [de manger, ai pas pu m'empêcher de répondre : "Comme disait ma mère,"tu sais ma fille le plaisir se paie très cher !" C'était sa façon à elle d'excuser les crises de folie de mon père. Et toute sa vie elle a joué à la pute qui paie de sa personne pour obtenir la sécurité matérielle, une vie mondaine, l'avenir de ses enfants. Ca c'est ce qu'elle voulait nous faire croire. En fait, sa seule vraie raison de ne pas le quitter, c'était l'amour. Mais je l'ai compris trop tard... Et ce discours de payer cher le plaisir, c'était à peu près le même que nous servaient les bonnes soeurs : la vie est une vallée de larmes, il faut gagner son paradis, et gnagnagna... Peut-être est-ce pour ça que j'aime WW : les animatrices passent leur temps à dire "ça ça coûte cher" (en kcal bien sûr). Peut-être parce que ça me rappelle ma mère, que ça me conforte dans mes croyances d'enfance... Soupir attéré de Sabine, adulte de 48 ans, qui en baisse les bras de découragement navré : tant d'années de boulot sur soi-même pour se dire qu'elle/tu n'es/t pas sortie de l'enfance... Toujours dans la pensée straight ! ____
lundi 25 aout 2003.Tabous. A propos de nos journaux, j'entends parler d'intolérance. COmment des femmes qui ont des problèmes de poids - et qui sont donc, à ce titre, en but à l'intolérance des autres - peuvent-elles se montrer intolérantes quant à ces morceaux de nous-mêmes que nous racontons ici ? J'ai toujours eu affaire à l'intolérance des autres et donc elle ne me blesse plus. Mais d'autres sont plus sensibles à tant de haine débile. Si l'on prône la fin des tabous en matière d'aliments, pourquoi ne pas en finir aussi avec les tabous qu'on a dans la tête ? Les ça-se-fait-ça-se-fait-pas... Chacune est libre de ses choix de vie, libre de ses pensées, libre de les formuler et d'agir à sa guise bon sang ! ... Il est 16H et mon déjeuner frugal est déjà loin. Pourtant, j'ai tellement baffré ce we que les réserves devraient durer. Même pas. Je rêve déjà de pâte, de gâteaux, de Magnum... Mais je ne céderai pas car j'ai mal à la tête et je me sens lourde de mes excès. Mon pantalon me serre à la taille. ____
dimanche 24 aout. Kilos, le retour. Et bien voilà, 4 kg sont revenus. 4 kg en deux mois, un peu moins que d'habitude (souvent c'est 6 en deux mois ! donc il y a un mieux ;-) Gros ventre, bonnes joues, doigts un peu gourds... je sens la graisse qui s'installe, "la pesante graisse" de la chanson de Juliette Greco... Alors je vais donc agir, parce que sinon c'est mon moral qui va s'empâter... Lorsqu'on est alcoolique et que l'on fait une echographie du foie, on ne peut tromper personne. Car un foie d'alcoolique est beaucoup plus gros que la normale. Et on ne perd jamais son gros foie, même dix ans après avoir arrêté de boire. A vie on a un foie d'alcoolique, bien gras, comme les oies gavées du Périgord. Donc demain je retourne à WW. Je sais que ça en fait bondir certaine. Mais pour moi, WW c'est un peu comme tous ces journaux, c'est un peu comme le forum Apf : une union de forces positives. Contrairement à beaucoup, je n'ai jamais essayé des tas de régimes bizarres, je n'ai toujours connu que WW et je m'y suis toujours trouvée bien. Une petite famille en quelque sorte. Mais je connais le processus : dès que j'y retourne je maincis, dès que j'en pars je regrossis. Tant pis ! Après tout, peut-être que WW c'est mon Prozac ou mon Deroxat à moi, un garde-fou contre les ondes négatives. Ce matin, lors du cours de rollers aux Invalides, je me sentais un peu plombée, vu que j'avais gros mangé la veille, et même à 3 heures du matin, sans oublier le petit-déj croissant + pain au chocolat. J'appréhende demain car les ouvriers vont revenir. Mais où sont les plombières, les électriciennes, les peintresses ?! De 8h du matin à 17h30, ces mecs s'installent chez moi. Ils ne sortent même pas pour déjeuner. Du coup, je me sens trop mal pour déjeuner chez moi et je vais dans un café manger un sandwich... Un ça va, mais tous les jours, forcément, ça craint. Il y en a encore pour 15 jours comme ça. J'aurai juste le temps de tout ranger avant de partir en vacances. Super ! J'ai reçu mon billet de train et comme chaque année, je biaise pour pouvoir être tranquille :comme je voyage avec mon chien, je n'ai pas droit aux couchettes. Et, si je laisse mon chien à mes pieds dans le couloir, comme il est noir, les gens ne le voient pas et lui marchent dessus et c'est comme ça toute la nuit. La solution ? Je prends un billet pour enfant, qui est au même prix qu'un billet pour chien (ce que je trouve parfaitement scandaleux). Ainsi, j'installe mon chien à côté de moi sur sa serviette et on fait chier personne. Et personne ne nous fait chier. Et lorsqu'une personne vindicative me fait une remarque, je lui explique combien coûte un billet de train pour chien, 50% du prix de mon billet à moi. Ca me donne donc bien droit à une place pour lui... C'était ma gueulante du jour contre une abhérration de plus ! "C'est une herbe blanche / Une hermine au pied de silence / C'est Isabelle qui se balance"... (Aragon). Depuis quelques jours, ces vers me trottent dans la tête. Ils sont si légers, aériens, diaphanes. ____________________
samedi 23 aout 2003. C'est bon de vous lire ! Nouveau modem, connexion vitesse record... Sabine, le retour. Je viens de passer ma matinée à lire les journaux auxquels je ne parvenais plus à accéder. Normalement, le samedi, c'est le jour de l'une de mes activités préférées : les musées. Mais aujourd'hui c'est vous que je choisis ! ;-) Deviendrais-je adicte à nos journaux, les vôtres, le mien ? Au moins, voilà une adiction qui ne mange pas de pain, qui ne fait pas grossir et qui n'a pas d'effets secondaires !!! Enfin une adiction sans galère à la clé !!! Cône, Sunday, glaces Picard, chocolat à la framboise ou Magnum... on a vraiment toutes notre truc hein ?! Vous voyez, là, par exemple, j'écris d'une main et de l'autre je mange un Magnum... Signe de perturbation de manger en faisant autre chose... Voilà, j'ai décidé de retourner à WW. J'en ai besoin. C'est un garde-fou. Je n'ai jamais fait de régimes torture, à ne manger que de l'ananas ou des protéines ou du foie gras... Je trouve que le comportement alimentaire WW est plutôt intelligent (même s'il est très commercial). Ayant pris cette décision, j'ai entamé un comportement parfaitement débile : je me gave tout le we, avant ma réunion du lundi. Pas malin !!! Mais c'est ma marge (La Marge, de Roger Pière de Mandiargue est un livre qui m'a terriblement marqué : se donner un temps pour soi avant d'affronter une réalité que l'on sait douloureuse). Il se passe un phénomène étrange : à un moment donné de ma prise de nourriture hyperphagique, mon corps n'en peut plus. C'est la première fois que je sens une vraie limite. IL dit non. IL ne veut plus que j'entre dans une boulangerie. IL détourne les yeux de ce que je lui mets sous le nez. Parce qu'IL a mal au ventre, à la tête aussi car les lendemains de suralimentation j'ai toujours mal à la tête. Cependant, je me sens schizophrénique car ma tête, elle, veut continuer à ingérer. S'installe la douleur du manque, car mon cerveau rage et peste que mon corps ne puisse en faire rentrer plus. C'est le geste qui me manque, comme le geste de la vingtième cigarette, comme le geste du énième verre d'alcool. Etrange ce dédoublement. Pour l'instant, mes excès alimentaires ne me donnent qu'un peu de ventre (alors qu'il est si tendu, si douloureux !) et je suis encore bien dans ma peau (d'ailleurs, me suis fait draguer hier par un type qui m'arrête dans la rue : "vous êtes si naturelle, vous avez l'air tellement bien dans votre peau, vous ne voulez pas prendre un café avec moi ?". Ben merde alors, c'est vrai que je me sens bien dans ma peau, parce que je me travaille au corps je crois ;-) . Du coup, je ne l'ai même pas envoyé balader comme je le fais d'habitude et lui ai seulement dit non merci tellement ça m'a fait plaisir que mon bien-être se voit sur moi ! Seul problème avec les mecs c'est que si vous les envoyez balader gentillement, ils prennent ça pour un oui... Total, ça finit par une phrase bien sentie... Relevé dans l'un des journaux : "Moins je me vois, mieux je me porte". Cette petite phrase sybilline c'est notre histoire à toutes. L'histoire de notre désamour, de notre image déceptive, de notre haine de nous-même parfois. Alors je me dis : "combien d'entre nous n'ont même pas de glace en pied chez elles ?" Et si s'arrêter devant la glace était BON ? S'arrêter, se regarder, se parler à soi-même, être caline avec son reflet, se toucher, se sourire, se faire des grimaces. Juste pour apprendre à se voir, pour s'apprivoiser afin de faire un premier pas vers une nouvelle image de soi. "Si ton coeur cherche un coeur ton coeur seul est ce coeur" (Apollinaire), car pour être aimée bien, être aimée mieux, il faut d'abord s'aimer un tout petit peu... Ca c'est du boulot, du très gros boulot !!! Avant-hier soir, dîner de femmes. Nous étions à peu près une dizaine. Ma voisine, qui lève facilement son verre, me dit : "je ne devrais pas boire autant devant toi." J'ai été surprise de cette réaction. Je crois que ce n'était qu'une manière de me dire pudiquement sa propre souffrance par rapport à l'alcool. Alors je lui ai parlé d'alcool, j'ai raconté mon parcours, ma haine de moi, le plaisir de m'abîmer, Paris la nuit, les petites matins réveillés dans des lits que je ne connaissais pas, les larmes, mais aussi ces moments d'intense bonheur, de bien-être parfait que peut procurer l'alcool. Et, tout à coup, je me suis aperçu que toutes les filles s'étaient arrêtées de parler, qu'elles m'écoutaient et qu'elles étaient "secouées". Moment fort et partagé.
Je sais qu'à la réunion WW de lundi soir (faut que je vérifie bien qu'il y a une réunion, que je n'en fasse pas un acte manqué...), je vais retrouver Miss J. Je vois dans les yeux des hétérosexuelles troublées par une femme ce qu'il se passe. Une femme qui ne s'est jamais posé la moindre question sur ses choix de vie et qui, tout à coup, découvre qu'elle peut être troublée par une femme. Elle est à nouveau comme une adolescente qui découvre la sensualité. Ca m'amuse toujours de regarder leur regard d'incompréhension, de trouble, de doute quand elles me regardent alors. Je les vois évoluer au fil des rencontres, sans que moi je fasse quoi que ce soit. Acceptation du trouble ou rejet. J., elle, lorsque je suis partie de WW, en était à la phase où elle attendait que je fasse le pas qu'elle n'osait pas faire. Après plusieurs semaines où j'ai vu évoluer son désir dans son regard, dans son attitude. Pas facile la séduction en parlant de kcal, de trucs pour ne pas avoir faim, de recettes goûteuses... ça dépoétise un peu !!! Affaire à suivre.
vendredi 22 aout 2003.Bof. Bon, mon journal tapé hier n'a pas été enregistré... je ne sais même plus ce que je racontais ! Ce dont je suis sûre c'est que j'attaque la phase 3 de mon processus : 1.régime / 2. boulimie / 3. hyperphagie. J'en suis donc à éprouver le besoin de manger à peu près toutes les deux heures et là, pas question de me faire vomir ! C'est étrange cette phase où il faut absolument que je garde tout ce que je mange... Ce qui signifie que les kilos vont revenir vitesse grand V si je n'agis pas. Je suis taraudée par l'envie de retourner à WW. même si c'est un régime, même si j'avais décidé de ne plus en faire ! Je ne veux pas partir en vacances "mal" dans mon corps. Je veux m'y sentir légère.
mercredi 20 aout. Ah la saine colère ! Il est si rare, si exceptionnel que ne me mette en colère. Enfin elle est sortie et, en plus, elle est sortie à bon escient ! Les gens qui parviennent naturellement à se mettre en colère n'imaginent même pas comme il peut être difficile de la laisser sortir et comme on se sent lâche quand elle n'est pas venue au jour ! Même lorsqu'on sait pourquoi on ne parvient pas à se mettre en colère (oui je sais pourquoi...) cela ne permet pas forcément de sortir de cette ornière-là. Bref, cette fois, elle est vastement sortie. Pantagruelliquement. Et c'est l'entrepreneur qui a pris. Ils ont coupé le câble de Noos et arraché le fil du téléphone ! Mais si mais si. Total, je suis dans un web bar où je ne peux pas travailler puisqu'ils refusent de me laisser mettre mes textes professionnels sur leur disque dur... Donc, histoire de ne pas être venue pour rien, j'écris un peu. J'aurais bien voulu lire les journaux des autres mais je n'en connais pas l'adresse exacte... J'attendrais donc la réparation Noos de demain. En tout cas, j'ai vu l'entrepreneur se recroqueviller et m'affirmer que tout serait réparé dans la journée. Et moi je vais bien mieux d'avoir expulsé ma vindicte ! J'ai essayé d'aller sur le forum pour lire les messages du mois d'aout, mais depuis ce PC, je n'en vois qu'une partie... Total, il me manque plein de posts... Hier soir, l'entrepreneur n'est pas venu comme promis, le technicien Noos qui devait m'appeler ne l'a pas fait et je me suis donc sentie extrêmement seule, très démunie avec mes histoires de connexion et en colère donc. Aussi, au dessert, en plus du Magnum, j'ai rajouté un petit quart de Lexomil... Je n'en pouvais plus. J'ai mangé comme trois en plus ! Sabine trônant en larmes au milieu de montagnes de meubles bâchés, pantalon noir couvert de poussière et chien noir à la truffe toute blanche de plâtre. Encore 15 jours de travaux ! L'horreur. Mais ainsi je pourrai partir en vacances tranquille. Une chose est sûre, depuis que je travaille sur moi-même et que j'essaie de m'ouvrir, mon comportement vis à vis des autres a visiblement changé. Non pas que je m'en aperçoive, mais il est tellement flagrant que les autres se comportent différemment avec moi que cela ne peut être que significatif. Pour la première fois depuis des années, on me demande des services (alors que mon air renfrogné habituel ne leur permettait pas de le faire !). Même s'il ne s'agit que d'arroser des plantes vertes, ils osent me le demander. C'est vrai que j'ai toujours l'air garce, alors que je ne le suis pas du tout, mais en avoir l'air, ça protège ;-))) Voilà donc un résultat positif de ma nouvelle prise en charge. C'est donc un point à rajouter au bénéf d'Apf car c'est depuis la lecture de son livre que j'ai décidé de bosser sur moi. Merci quand même monsieur Apf, même si vous n'êtes, hélas, pas dieu !
mardi 19 aout. Contrariée ! Tremblement de terre nutritionnel en cours, magnétude 7 sur l'échelle de Zermapf... Bon sang, ils z'avaient pas qu'à me contrarier comme ça !!! L'entrepreneur m'avait dit que je pourrais continuer à travailler chez moi pendant les travaux. Total, j'arrive à 18 heures pour me mettre au travail et pour appeler le service technique de Noos... toutes les prises électriques de mon salon/bureau ont disparu et les ouvriers aussi !!!... J'en ai au moins triplé la valeur calorique de mon repas. Même plus de télé. Heureusement que je vais à une séance de cinéma en plein air ! ca veut dire que demain je vais encore galérer pour trouver un bureau, style aller à Nogent... Tous mes amis parisiens ont des chats donc pas question d'aller chez eux avec mon chien... Bon on se calme, ils m'ont laissé des prises dans la chambre mais jusqu'à quand ? Changeons de sujet. "Il me gave", "il me gonfle"... dans le RER retour de Nogent des jeunes n'arrêtaient pas de répéter ça. Ces référents bouffe qui gagnent le langage usuel, ce déplacement de sens hyperorienté ! Et rien que des mots pas light en plus. C'est le parler macdo des futurs obèses ? Corinne trouve que le titre de mon journal, est plutôt négatif. Moi je dis qu'il est seulement réaliste. Apf, dans un autre de ses ouvrages annonce des stats qui font le point, 5 ans après un régime, sur l'état pondéral desdits ex-régimeux : de un à quatre pour cent seulement n'ont pas repris de poids ! Cela veut dire en gros qu'au moins 96, voire 99 pour cent de gens regrossissent dans les 5 ans. Pas besoin de préciser que je ne suis pas dans les 1 pour cent ! Les tenants de Palo Alto ont une expression pour définir certaines difficultés à être mieux : "toujours plus de la même chose". C'est-à-dire que nous passons notre temps à reproduire justement les symptômes qui nous perturbent et que plus ils nous perturbent, plus nous les reproduisons. Disque rayé, nous sommes coincées dans le sillon ravagé. D'ou l'intérêt des thérapie brèves qui aident à sortir de ces schémas destructeurs. Il est vrai que depuis quelques semaines, j'ai l'impression de tourner en rond, et donc de ne pas tourner rond ! Impossible de sortir de ma boulimie de fin de semaine durant laquelle je sape tout le comportement alimentaire zermapfelement correct. Je sabote, je bousille mes belles performances de cinq jours. Et chaque semaine, je prévois des we bien chargés, bien occupés pour éviter la chute. Rien à faire, je trouve toujours le moyen de craquer, l'apothéose en est seulement un peu retardée. Rien qu'un peu. "Toujours plus de la même chose." Oui il est grand temps que l'on m'aide à sortir de là. Et pas en prenant gentillement le thé ou le cas avec une charmante dame psy qui va encore me demander de raconter mon enfance ! Palo Alto ne s'intéresse qu'aux symptômes du présent, à la perception que l'on a de la réalité en ce jour donné. Ca ça m'intéresse ! J'ai de plus une vague impression, non encore réellement formulée, une idée non encore aboutie mais qui me titille les méninges. Vague impression donc que Zermapf, c'est encore un leurre, une forme plus subtile de terrorisme que celui des affameurs. Avec leurs "hyaka" et leurs "isuffideux", ils nous conduisent sur le chemin du nutritionnellement bien pensant : je mange à ma faim, ni plus ni moins, je me comporte bien, je vis bien, sans excès, en être converti à la raison nutritionnelle... peut-être des êtres non gourmands parviennent-ils à se réguler une fois réglés leurs problèmes existentiels, leurs problèmes d'image, mais pas des gens comme moi qui, en dehors de toute compulsion, suis gourmande comme une chatte et alimentairement sensuelle ! Je crois donc que l'intérêt principal de Zermapf et de nous permettre de nous recueillir sur nous-mêmes, de nous étudier au microscope et de nous diriger lentement vers une demande d'aide psy qui ne peut qu'être bénéfique puisqu'il y a prise de conscience d'être justement réduite à l'état de diamant usé grinçant dans le sillon d'un 78 tours (poussiéreux ?!). Ah mais, c'est la révolte ma fille. La révolte contre LA méthode ? Je suis sûre que ça me ferait du bien, une fois, d'entartrer un Zermati ! Et paix à son âme à cinq quiches ! Peut-être faudrait-il que je cultive le paradoxe pour sortir de l'ornière ? Décider que, finalement, ces crises de boulimie, c'est une façon de me prouver à moi-même que je suis vivante, et que ma sensualité n'est pas aussi cérébrale que je le croyais. Etre convaincue que la compulsion c'est une saine révolte contre une société en décrépitude sarkosienne : "Parfois, je voudrais être un oiseau pour pouvoir cracher de plus haut". Ok les zoiseaux ça crache pas, mais l'image dans sa perfection baba cool me ravit ! Voila car c'est une société où une pauvre petite free lance (une très très vieille et très très chère amie à moi) se retrouve avec un redressement fiscal de 9OO euros qu'elle ne sait même pas comment payer alors qu'on fait cadeau à Lagerfeld de millions d'euros d'impôts impayés. Sous prétexte qu'il rapporte des devises à la France et qu'il embellit l'image d'icelle aux yeux du monde. Mon cul ! Ma copine aussi, elle bosse pour la France, pour engraisser les nantis qui viennent digérer sur leur banquette du Sénat et autre lieu privilégié de sieste pour gens de pouvoir. Ca me fout les boules moi qui n'en ai pas. Il est pourtant l'heure d'être zen. Alors je vais penser à ce qui me rend zen : les Laidies of Llangolen par exemple. Vous ne les connaissez pas ces deux dames ? Depuis mon adolescence elles me font rêver, elles me calment quand monte ma tempête intérieure. Ces deux femmes étaient adolescentes dans les années 1780. Elles se sont aimées dès qu'elles se sont vu (histoire de faire la nique au chevalier et à la princesse des fantasmes d'ado sexuellement correctes). Leurs parents ont tout fait pour les séparer. Alors maladie, grève de la faim, anorexie, dépression. Elles en ont tant fait qu'on finit par les laisser partir. L'une enleva l'autre, l'autre enleva l'une. ELles s'installèrent dans un petit cottege écossais, à Llangolen. Et là, elles ont passé 50 ans ensemble. Sans que rien ne vienne perturber leur vie ou leurs amours, sauf les soucis financiers car elles n'étaient pas bien riches. Elles furent visitées par des intellectuels français, anglais ou allemands (je crois notamment Rousseau, mais je ne me souviens plus très bien..). Comment leur histoire nous est-elle parvenue ? Eh bien, l'une des deux a tenu un journal. A chaque jour de leur vie ensemble, elle a noté leurs faits et gestes quotidiens. Des journées entières où il ne se passait rien sauf que tout ce qu'elles faisaient elles le faisaient ensemble et en totale harmonie. Ca donnait des phrases du genre : "Aujourd'hui avec mon aimée nous avons semé du persil"... "Ce matin ma mie et moi nous sommes promenées au lever du soleil..." Rien d'autre, juste des petits bouts de vie tout simples, tout tranquille, sans jamais de disputes, de disharmonie. Un bonheur empaillé (comme dirait Lartigue), un bonheur qui ne s'enfuit jamais, qui demeure. J'aime ces femmes depuis que j'ai 15 ans.
lundi 18 aout. Le Retour. Gros problèmes de connexion (toujours pas résolus), donc j'utilise mon vieux portable et ma vieille connexion par tél. Souhaitons que ça marche... Pour la première fois j'ai envie de qualifier mon comportement alimentaire d'imbécile, de stupide, de débile plutôt que de dramatique, incohérent ou existentiellement nul !!! Peut-être est-ce un mieux de moins mélodramatiser ?! Toujours est-il que je viens encore de passer les trois jours du pont à bétifier alimentairement parlant... Ca devient très dur car, depuis que j'ai pris conscience de la notion de faim, depuis que je travaille sur la satiété, je suis encore plus sensible à ma façon de manger sans faim. Et la nourriture semble peser encore plus lourd dans mon estomac. Je sens à quel point il est distendu, à quel point je suis repue et combien je mange au-delà du repu. Sans pouvoir cependant cesser. Je n'ai sûrement pas tort d'avoir peur de moi, peur de ne pouvoir m'arrêter au volant, comme j'ai peur de ne pouvoir m'arrêter de manger. Puisqu'effectivement, je n'arrive pas à m'arrêter ! En trois jours, 6 Magnum, 4 gâteaux de semoule, de la pâte-sans-prétexte, des bananes, des quiches, de la viennoiserie, des sandwiches jambon ou Nutella. J'ai tout fait !!! Sauf de mettre le Nutella directement sur le jambon !!! De tout façon, je ne suis pas encore convaincue d'avoir envie de manger à ma faim et uniquement à ma faim. Ce serait me priver de trop de plaisir. Tous ces plaisirs de bouche que Zermapf voudraient nous faire oublier en nous faisant miroiter l'immense plaisir de manger par faim et à sa faim. Trop limitatif. La semaine dernière s'était pourtant bien passée. Sauf qu'au rayon serviettes en papier, rapport aux couleurs, c'était toujours aussi révélateur : une majorité de serviettes bleu (donc mangé avec très peu de faim) et deux serviettes rayées pour dire ma très grande faim. Pas de petits coeurs et très beaucoup de rouges... Semaine inféconde en raison. Car c'est bien ça : Zermapf nous demandent seulement d'être "raisonnables". Quel mot chargé de judéo-christianisme !!! Un mot que je supporte mal en toutes occasions. Je viens de lire plusieurs journaux dont la lecture me manquait tant (oui, écrire et lire deviennent non seulement des garde-fous mais aussi des reflets positifs, une aide à positiver sur l'image de soi) et c'est toujours autour de cette image de soi que l'on tourne toutes. Comment des femmes intelligentes comme nous (je fais référence à toutes celles que je lis) peuvent-elles avoir un regard aussi limitatif quant à l'image de soi ? Moi la première. L'image de soi n'est plus que l'image d'un corps, un corps aux normes. Il est vrai qu'en ce moment mon image de moi va bien puisque je me sens mince (plus pour très longtemps !!!). Donc j'ai un bon rapport à moi-même, à mon corps et cela déteint sur l'image que j'ai de mon moral, de mon intellect, de mes affects. QUand le corps va mince, la vie va bien ! C'est carrément nul ! Mais je pense que cela va au-delà de la simple mode. Toute la culture occidentale (japonaise aussi, les autres je connais moins...) tourne autour de la beauté du corps : en peinture comme en littérature, la beauté de l'âme est toujours passée par la beauté du corps. COprs encensé par les peintres, par les romanciers, honnis par les hommes dits de dieu mais tant fascinés... Et cette beauté des chairs ce sont les lignes "serpentines" des Vénitiens, les dos aux lombaires sur-numéraires d'Ingres, les courbes longilignes des Salomés de Gustave Moreau... Pourquoi ne pas prendre Rubens ou Courbet comme référence ? Je me souviens quand j'étais ado et que je me plaignais de mes quelques grammes en trop que les gens disaient une sentence épouvantable : "les hommes sortent avec les minces et rentrent avec les grosses". Odieux ! Bien au-delà du phallocratisme. Comment a t on pu véhiculer des pensées pareilles ? Je me prépare à ma première séance de thérapie brève en clarifiant mes demandes au plus concret : 1. pouvoir conduire. 2.pouvoir manger à ma faim et m'arrêter de manger quand je n'ai plus faim. Formulé ainsi, cela semble si simple, si petit comme demande. Tellement sans envergure ! Pas grave j'ai déjà volé très haut et fait pipi d'en haut comme les oiseaux...
lundi 11 aout. Acte manqué ou problème technique ? Mon journal d'hier est effacé. Et re ce matin où j'avais donc réécrit ce qu'il me coûtait tant d'écrire. Tant pis ma fille, tape toi le pensum une troisième fois : c'est important qu'un jour tu puisses relire CA. Cet acte qui fait rougir de honte le papier virtuel !!! La fameuse quiche dégeu de samedi soir que j'avais mise à la poubelle... ben je suis allée la reprendre. Fouiller. Extirper. Ingérer. Voilà ce que j'ai fait. POurquoi ? Je ne le sais pas. C'était un dimanche. Un dimanche mal commencé car je ne me suis pas réveillée à 6h30 comme je l'avais promis à une voisine. Mais c'était une si petite contrariété ! Comment pourrait-elle justifier cet acte merdique. Me prendre pour une poubelle ne me choque pas : je me suis tellement prise pour une poubelle que, dans l'absolu, ça ne me dérange pas. Sauf que je croyais avoir désormais une meilleure opinion de moi. Je croyais en être sortie de CA. Alors ? Ben je l'ai fait quand même. Peut-être le referai-je encore. Total : un dimanche terrifiant d'ingestions diverses et variées, du sucré au salé en retournant au sucré. J'ai mélangé les serviettes en papier pour en faire un oripeaux de papier maché à la couleur de mon dégoût de moi. Un gros ventre ce matin. Une tête pleine de bouffe. Un coeur salement amoché... Le lundi est toujours si plein de bonnes résolutions, de nouveaux départs... Il est 15 H et je n'ai encore rien mangé aujourd'hui. A priori c'est normal car il est impossible que j'ai faim après mes orgies d'hier. Cependant, je souffre de ne pas manger. je me sens privée. De plus en plus je réaliser que la nourriture est une drogue comme l'alcool ou le tabac. Je suis en manque de manger. Mon corps réclame, même s'il n'a pas faim. Zermapf qui vous disent des trucs : "il suffit" d'attendre sa faim. Ne mangez "que" lorsque vous avez faim. "Laissez-vous aller à écouter votre corps". Mais putain de bordel de merde, mon corps il hurle et les "il suffit" de bon aloi de ces messieurs tout aussi bien pensants que les autres me laissent avec ma douleur. Je me souviens que les premiers jours de ma cure de désintexocation à l'hopital je m'enroulais comme un foetus et l'infirmière n'arrivait pas à me dérouler. Ca me faisait mal de me déplier, j'avais l'impression qu'on me donnait des coups de poing dans le ventre. Aujourd'hui j'ai envie de reprendre ma position foetusienne et oublier le monde. Parce que, tout simplement, ça fait mal PHYSIQUEMENT de ne pas manger !! Je suis toujours surprise, lorsque je lis les posts des femmes qui ont découvert la méthode Apf, de voir leur joie de rédécouvrir la faim, la satiété, etc. etc. Mais elles ne semblent pas souffrir du manque, toutes concentrées qu'elles sont sur leur découverte de la faim. Vrai qu'elles ne sont pas en manque ? Moi je reste une camée. Camée de la bouffe comme du reste. En plus, pourquoi faut-il que je fréquente une boulimique de l'amour. Car c'est bien ce qu'est M. Elle envisage l'amour comme une drogue. Elle est en manque et me donne sa douleur du manque. Justement à moi ! C'est vrai que les addictifs se repèrent. QUestion de flair !
samedi 9 aout. Retour sur prise de conscience. Je n'en reviens décidément pas de cette prise de conscience de la nourriture-occupation. J'ai du mal à comprendre et à admettre : je ne m'ennuie jamais (avec moi-même car avec les autres souvent... euh..), je lis, j'écoute de la musique, je restaure des céramiques, je regarde la télé, je m'active chez moi... j'ai donc plein d'occupations que j'aime, dont je croyais qu'elles me comblaient. Du vent oui ! je me rends compte que c'est souvent en faisant l'une d'elle que je mange. Et j'ai souvent envie de manger plutôt que de faire autre chose. Qu'est-ce que ça veut dire ? Ca me perturbe de me rendre compte que mes activités ne s'autosuffisent pas ! Aujourd'hui je craque un peu, mais sans culpabilité. Drôle de truc hier soir. Je suis allée à Nogent récupérer des clés. Je passe devant une boulangerie et pensant que lorsque je rentrerai à Paris il serait trop tard pour trouver des quiches, me voilà m'équipant de 4 quiches et 2 pizzas. En fait nous avons diné au restau.Mes quiches et pizzas se liquéfiaient dans mon sac à dos. Lorsque j'arrive à la gare pour prendre le rer, il me part sous le nez. Me voilà extreeeeeeeeeemement contrariée. Ni une ni deux je me tape une quiche. C'était la quiche furieuse, aucun doute. Pas bonne, chaude, degueu. Même mon chien n'a pas voulu la finir tellement il avait trop chaud et tellement elle était pas bonne !!! En arrivant chez moi, je sais que j'aurais du flanquer tout ça à la poubelle. J'ai mangé un morceau de pizza, pas énorme, mais je l'ai trouvé bon malgré une légère honte. Le reste au frigo, et aujourd'hui après mon cours de roller, je me suis enfilé deux quiches toujours aussi dégeu, mais j'avais tellement envie de quiches et pas de boulangeries ouvertes ! total, je me sens plutôt nulle et insatisfaite. En plus, je vais à la Samaritaine pour trouver un maillot pour mes vacances, mais faut vraiment partir en vacances en août car maintenant ce sont les manteaux qui sont présentés ! 2 ou 3 maillots se battaient en duel sur un cintre.... Bon, je ferai avec ce que j'ai, mais une fois de plus légèrement contrariée. Je viens de manger deux gâteaux de semoule au lait. Et en plus j'ai envie d'un magnum !!! Je vais avoir un bien gros ventre pour sortir ce soir. Mais je me sens quand même plutôt bien, plutôt zen. je relis Geneen Roth et vraiment je m'y retrouve. Mais à quand la fin de l'obsession nourriture. ENvie de ce jour où le ton sera léger lorsque je me dirai : "que vaisèje manger ce soir ? Oh je n'ai pas faim, je me couche sans manger". Peut-être que ça m'arrivera un jour... Mais pas demain. J'ai très envie d'être amoureuse. Une envie qui ne naît de rien, comme mes envies de manger pour manger, sans objet précis !!! lol Pourquoi ne puis-je être amoureuse de M. Ce serait si simple puisqu'elle n'attend que ça. Mais comme je lui dis, elle me fait peur : elle est tellement en demande affective, que je me sens étouffer rien que d'y penser. Pourtant je l'adore, on s'entend très bien... Ah que la vie est compliquée ! et que je ne suis pas simple !!!
Jeudi 7 aout. Prise de conscience. Je me rends de plus en plus compte à quel point manger est une occupation. Je ne mange pas pour me nourrir mais parce que c'est une activité. Une activité comme lire, écouter de la musique, regarder la tv ou faire du roller. Sauf que les autres ne font pas grossir. Ce qui m'a permis de prendre conscience de ça, c'est que, dans son journal Petra raconte qu'elle a dîné à 10 heures du soir. Je suis incapable d'attendre jusqu'à 10 heures du soir pour dîner, faim ou pas ! Pourquoi ? Parce qu'il y a le rituel du dîner vers 19H/19H30. J'ai besoin de ce rituel sinon je tourne en rond à cette heure là. C'est comme si c'était ancré dans mes gènes (tiens tiens j'avais écrit "gênes" !!!). Comme si c'était le signe d'une journée de boulot finie, le moment de la détente. Problème : j'aime autant manger que lire, donc manger est une occupation-plaisir. Sauf en cas de crise. Je me rends compte également que de manger de tout, sans aliment tabous, ne fait pas disparaître mes compulsions. Au début je croyais que si je mangeais deux quiches, je n'aurais plus envie de craquer ensuite. Ca non plus ça ne marche pas sur moi. La pâte appelle la pâte ! donc après les quiches du midi, je suis à peu près sûre que, dans l'après-midi, j'aurais envie de quelque chose à base de pâte. Or je sais pertinemment que, nutritionnellement, deux quiches ça suffit pour la journée. Cornélien.En lisant Zermapf on a tellement envie de gommer la seconde partie de la phrase : "Manger de tout... mais en quantité raisonnable". L'un comme l'autre font stratégiquement à peu près tout pour qu'on focalise sur la première partie de la phrase car c'est effectivement une révolution pour certaines, mais pour moi, c'est la deuxième moitié de la phrase qui est capitale. Ca a l'air si simple en le disant... Une chose me soutient, c'est d'avoir appris qu'Apf a été "gros". Je trouve que ça le rend plus crédible que Zermati qui est visiblement un mince régulé... COmme le psy que je vais aller voir fin août : encore un qui ne connaît pas la douleur du poids du corps ! Mais faut-il avoir expérimenter toutes les douleurs pour les guérir ?! Heureusement non. En résumé, je devrais trouver deux stratégies : - pour transformer l'acte de manger en besoin corporel - trouver une autre façon de limiter les compulsions que de manger des aliments tabous. Je vais relire Geneen Roth car je crois qu'elle a des clés pour moi... Nouveau dialogue avec moi-même au bord de ma piscine virtuelle : - mon envie de manger est dévorante ! - c'est elle qui te dévore ou c'est toi qui a envie de dévorer ? - elle me ronge de l'intérieur, me remplit. J'ai l'impression qu'elle prend la place de mon cerveau qu'elle occupe tout l'espace intérieur de mon crâne. Quand j'ai tant envie de manger, je n'arrive plus à penser. - tu as peur de perdre le contrôle ? - oui, peur de lâcher prise. - Mais que se passera-t-il si tu lâches prise ? Tu vas manger un peu trop, c'est tout. C'est pas dramatique. Ca fait juste un peu mal au ventre après. C'est sûr que ça c'est dur, car tu ne pourras pas "oublier" tout de suite que tu as trop manger. Faudra le temps de la digestion pour ça. C'est autre chose qui te fait peur n'est-ce pas ? - Oui, c'est que trop manger une fois, c'est rien, mais trop manger plusieurs fois c'est problème. - Pourquoi fonctionnes-tu au futur ? Pourquoi, avant de craquer tu penses nons seulement à cette craquation mais aux suivantes, à l'accumulation de craquation ? Pourquoi te projettes-tu dans le futur au lieu de vivre tes interrogations et tes doutes au présent ? En fait, pourquoi t'imagines-tu à nouveau grosse dès que tu es mince ? - Parce que je tombe sans arrêt, parce que Sisyphe c'est moi. Parce que JE NE CROIS PAS EN MOI !!! C'est ça : je ne me fais pas confiance. Je me pense incapable de gérer mon corps et mon poids. Comme si je n'étais pas maître de moi-même et de mon "art de vivre" ! De plus, je ne suis pas assez décontractée par rapport à tout ça. Comme en roller où je me crispe ce qui finit par faire mal aux chevilles et aux pieds !!! - Donc crispée sur tes crises, crispée sur une vision de toi négative, crispée sur le paiement du plaisir : toujours cette vision judéo-chrétienne. Maman qui disait toujours que tout se paie et que si elle voulait avoir une vie "bourgeoise" avec argent, relations, bonnes bouffes, fêtes, paraître... bref tout ce qu'elle aimait, il fallait qu'elle le paie par l'alcoolisme et la violence de son mari. Dingue !!! Pourquoi une femme intelligente, si vivante, femme de médecin, pourquoi cette femme cache-t-elle pendant des mois à tout le monde cette boule au sein ? Elle avait peur d'en parler, peur de la vérité nous a-t-elle dit après. Trop tard.
En tout cas, avec toutes ces envies de manger, faut vraiment que je me fasse plaisir ! DOnc, ce midi, je me fais une pâte à tarte sans tarte, autant dire sans prétexte ! J'inaugure la recette de pâte Tupperware. Géniale !!! Chères lectrices, je vous donne cette recette : il faut un récipient de type Tupperware (avec un couvercle et un fond arrondi). On met dedans : - 250 g de farine - 1 cc de sel ou de sucre selon la destination - 1 cc de levure - 100 g d'huile - 100 g d'eau On ferme et on agite : 6 mouvements horizontaux et 6 mouvements verticaux. La pâte est prête. Pour moi je réduis les proportions par 4. Ca m'a donné une délicieuuuuuuuuuuuuse pâte goûteuse et croustillante que j'ai évaluée à 6 points WW. J'ai cependant eu la sensation que j'aurais continué à en manger s'il en était resté. Je me suis donc dit : pas de frustration ! encore envie de céréales, donc j'ai mangé un petit pain aux pruneaux. AUparavant salade de tomates hyper-rafraichissante. Je me sens bien pleine. Pourvou qué ça doure.
Découverte du soir... espoir : je me rends compte que si j'ai peur d'écouter ma faim c'est parce que je ne suis pas tout à fait honnête avec moi-même. Je suis persuadée que le corps que j'aime et que je veux n'est pas exactement celui que je devrais avoir. Mon VRAI set point n'est peut-être qu'à 5 kg de plus, mais je crois que naturellement ce corps doit être plus plein, plus étoffé que je ne le veux. Donc, si je me laisse aller à manger à ma faim je vais dépasser les doses que je m'octroie pour garder la ligne, ce set point que j'usurpe ! Ca c'est une révélation que je n'aime pas me faire ! Pourquoi, par exemple, ai-je toujours faim deux heures après avoir mangé ? Peut-être tout simplement parce que je n'ai pas assez mangé. C'est tout. Pas plus compliqué que ça !!! Si je m'octroyais la quantité d'aliments nécessaire à mon corps, il ne viendrait peut-être pas réclamer ainsi. Mais je ne suis pas prête à m'accepter avec 5 kg de plus. Absolument pas d'accord. Je me sens trop bien à 57/58 kg. Tellement fine et légère, les cuisses qui ne frottent pas, les chevilles allégées, le visage moins rond, le ventre plat.... Tout ça quoi ! pas prête à renoncer. Comment faire alors ? Il est 20h39. Je rentre de mon cours de rollers raté vu qu'il n'y avait pas mon niveau ce soir et que personne ne m'avait prévenu ! Je suis donc sortie du gymnase très contrariée. J'ai aussitôt cherché une boulangerie pour m'acheter deux quiches. Je n 'en voulais que deux ! Tu parles, va trouver une boulangerie ouverte au mois d'août à Paris ! Bref, je suis rentrée, me suis plongée dans une bain froid et maintenant je vais manger non pas parce que j'ai faim mais parce que j'ai envie de manger. A moins que cette petite nausée soit de la faim ? Chai pas. La serviette sera bleue...
Mardi 5 aout. Zut de zut... Ben voilà ça y est, je suis à 58 kg ! Certes j'étais en dessous de mon set point qui est 58 kg, mais je m'y sentais si bien, si légère. Alors je veux bien rester à 58, mais pas monter au-dessus !! Je sais que je mange un peu plus que je ne le devrais, pas tellement plus mais ça suffit pour foutre en l'air mon boulot subrepticement... Hier, c'était une journée "qui coule de source" comme dirait Marica. Une journée fluide, légère, rafraichissante, avec un doux bruit de ruisseau... limpide... Histoire de me "laver" de mon dimanche nutri-cruel. Et aujourd'hui, comment sera-t-il ? Je me sens bien malgré la reprise. Ca ne panique pas. Je vais essayer de découper le problème en tranches (comme ils font en PNL !) : questionner ma faim serviette en papier, attendre la verte, voire la rayée si possible. Déjà, je ne mange plus en faisant autre chose (pas de télé, pas de livre...), ce qui me permet de vraiment "goûter". Je redécouvre des sensations. Je me sens vivante quand je mange, alors qu'avant je me sentais comme un automate, une machine à manger... c'est bien ça ma fille ! Mais je sais que ça s'entretient tout ça si je ne veux pas régresser. J'ai acheté une encyclopédie végétarienne pleine de délicieuses recettes. Non pas que je sois végétarienne, mais ils ont l'art de mélanger les parfums et les goût. C'est une cuisine très inventive. J'ai déjà fait un gâteau à la ricotta et aux herbes de saison qui est une pure merveille (je le morcèle et le mange en douceur : comme il se garde une semaine, j'en ai pour 4 repas, c'est bien). Je suis en train de préparer du fenouil à la chapelure. Ca me va très bien de faire la cuisine le matin avant de me mettre au boulot ! Et WW m'aura au moins appris à aimer les légumes. Désormais je ne les considère plus comme des aliments de régime, mais comme un plaisir (sauf les haricots verts, ça ça ne passe pas !!!).
Dialogue avec moi-même en fin de repas (c'est pour faire sortir le méchant comme dirait une québécoise qui a son journal ici !) : - c'est fini, tu as ta dose "officielle", - oui mais j'en veux encore, - as-tu encore faim ou envie de manger ? - envie de manger. Vraiment envie. Encore envie. - Qu'est-ce que tu as envie de manger ? - je sais pas... - Une quiche ? une crèpe ? Un gros beignet bien huileux ? - Non je ne sais pas ce dont j'ai envie. Ce n'est pas une envie précise. - ALors c'est manger pour manger ? - Oui envie de faire entrer de la nourriture dans ma bouche, envie de mâcher, envie de déglutir pour la faire passer dans mon estomac... - sans même savoir quel goût elle a ? - euh... - et après, quand tu auras mangé plus ? - après, je ne veux pas savoir parce que mon estomac sera lourd, puis après j'aurai le ventre gonflé. Donc je ne veux pas savoir. - En fait, manger c'est comme quand tu fumais pour fumer, quand tu buvais pour boire ? Juste pour le geste ! Addictive, ma fille !!! - Ok, j'ai même plus envie de manger. ALors je vais faire ce que j'ai en commun avec Geneen Roth : prendre un bain (mais celui-là il sera froid et puis ce sera pas dans une piscine ou dans la mer, mais dans ma baignoire;.. remarque ça me permet de le parfumer ce bain). Ai-je fais sortir le méchant ? Pour l'instant oui. Pour l'instant.
Lundi 4 aout (re) janny, ton histoire de "ça" à propos de l'image de toi m'avait ramené à quelque chose qui m'échappait. J'ai retrouvé! C'est une allégorie écrite par Watzlawick dans "Comment réussir à échouer". L'allégorie en question répond au titre du livre... Je reprends les principaux passages (attention, ça va être un peu long...) " L'homme à la recherche de la sécurité, de la certitude et du bonheur parfait prend un jour conscience qu'il est un "chercheur". Mais non seulement il ne savait pas où trouver ce qu'il cherchait, mais il ne savait pas non plus ce que c'était. Pourtant, il comprit alors qu'à chaque seconde de sa vie, même pour les plus insignifiants de ses actes, il ne cessait de se demander : "Est-ce que c'est CA?" Comment chercher autrement quelque chose dont on a soif sans même connaître son nom ? Ainsi, chaque fois qu'il posait les mains sur quelque chose et demandait : "Est-ce que c'est CA?" il obtenait toujours la même réponse : "CE n'est pas CA". Toujours et encore il se retrouvait les mains vides. Il se disait qu'il n'avait pas encore nommé CA adéquatement, ni cherché là où il fallait. Pafois, il donnait à cette plénitude inconnue le nom d'un but précis, qui lui inspirait des exploits exceptionnels lui valant l'admiration de tous. Mais alors qu'il l'atteignait, une fois de plus ce but ne tenait pas ce qu'il avait semblé promettre. Il était pourtant convaincu qu'atteindre ce but lui donnerait une tout autre idée de lui-même, un sentiment d'harmonie avec le monde ! Mais, à chaque fois, seul le vide et le découragement l'attendaient, en rien plus riche, en rien changé. Il se sentait abandonné, trompé, rejeté. Pourtant, vu de l'extérieur, le piège où il se débattait était assez banal. Il n'interrogeait que les fruits de sa quête, mais non la quête elle-même. Ce qui la rendait sans fin, car les lieux où l'on pourrait trouver ce que l'on cherche sont en nombre infini. Dans cette perspective, il ne semblait exister aucune solution en dehors de l'opposition manichéenne entre trouver et ne pas trouver. Et c'était précisément dans ce jeu avec lui-même que notre homme s'était enfermé. Il est très difficile de montrer clairement, et surtout de façon convaincante, comment il prit conscience de la possibilité de s'en échapper. Un des éléments qui contribua fut le fait indéniable que le destin lui refusa rarement de parvenir au but qui lui semblait être LE but. Car il n'y a rien de plus décevant qu'un espoir réalisé, et rien de plus séduisant qu'un espoir qui ne l'est pas encore. Il en était arrivé au point où il avait pleinement conscience de sa quête et de l'éternelle question qu'il se posait sur tous les aspects et contenus du monde : "Est-ce que c'est CA?" Et puis, un jour, un tout petit changement se produisit, un de ceux qui sont assez petits pour avoir de grands effets. Aussi invraisemblable que cela puisse paraître, ce ne fut rien d'autre qu'un infime déplacement : il ne mit plus dès lors l'accent sur CECI mais sur CA. Et la question devint soudain : "Est-ce que CA est cela ?" La réponse lui vint immédiatement : Non, cela, ni rien dans le monde ne peut jamais être qu'un nom de CA, et les noms ne sont que des sons vides. A ce moment-là, la coupure entre lui et CA disparut. Non, ceci ne pouvait jamais être CA. "Ce que le monde n'a pas, il ne peut le retenir", se disait-il sans cesse à voix haute ; il répétait aussi ces mots étrangements significatifs : "Je suis plus moi-même que moi." Il était maintenant clair que la seule raison pour laquelle il n'avait pas trouvé ce qu'il cherchait, c'était la quête elle-même ; c'était que l'on ne peut trouver, là-bas, dans le monde, et donc jamais AVOIR, ce que l'on EST déjà. Alors il réalisa pour lui le mot de l'Apocalypse, "le temps ne sera plus", et il tomba dans l'éternité du moment présent. mais il ne resta qu'une seconde dans cette intemporalité, car il s'y accrocha et, voulant l'AVOIR pour toujours, il voulut nommer cette expérience et chercher à la répéter..."
Voila voilà l'histoire sans fin est finie ;-) ELle contient quelques petites phrases choc, n'est-ce pas ?Elle fait mal quand même ! mais elle est forte n'est-ce pas ?
Lundi 4 aout. Samedi je me suis étourdie d'activités car je me sentais faible côté bouffe. Je voulais donc ne pas être chez moi.... C'était bien. On a découvert les brumisateurs de Paris Plage, mais trop de monde. C'est sûr que dans les expos y 'a moins de monde. EN plus aux Invalides il faisait très bon dans la chapelle pour l'expo de Saint-Petersbourg. Dimanche par contre, loin d'être aussi bien. On s'est entraînées au roller. J'avais décidé d'aller à Beaubourg après, mais fatiguée... Je suis donc restée chez moi. Et là patatra. Je me suis vu tomber et c'était vraiment intéressant car je me rends compte à quel point il m'en faut peu pour faire une crise de boulimie : d'une petite contrariété je fais une montagne, je colère, je rumine et l'appel de la nourriture arrive presqu'aussitôt. Je promenais mon chien avec un voisin qui promenait aussi le sien. On rencontre deux mecs à gueule de pitbulls avec un rotweiller. Nos deux chiens à nous étaient sans laisse. Le chien de mon voisin s'approche du rot, les mecs ne disent rien. Mon chien s'approche, les mecs m'engeulent. Je supporte pas ce type d'injustice et ce machisme à la mord moi l'noeud. C'est bête de se laisser mettre en colère par une connerie, par des cons. Mais je n'y peux rien. On se fait tout le temps engueuler quand on promène son chien ! Mais là, ces deux connards, ça m'a bouleversée de colère. Et pourtant ce n'est qu'une insignifiante injustice. Total, impossible de me raisonner. Direction la pâtisserie. J'ai mangé tout l'après-midi, me suis fait vomir. Bref, le rituel de destruction... Comment travailler sur cette émotivité ? Et c'est sur moi que je suis en colère car je n'ai absolument rien répliqué à ces mecs. Mon voisin me dit que j'ai eu raison car ils sont très violents et qu'ils auraient pu me tabasser si j'avais répliqué... Mouais... N'empêche j'ai rentré ma colère au lieu de l'expulser. BOn ce matin ça va mieux. Mais me suis bien pourri la vie... Je dois faire vase communicant avec Hélène, car ses 4 kg perdus je pense que moi je les ai repris... Il est 8h30, pas faim mais envie de manger. Comment fait-on pour ne pas se laisser aller à l'envie de manger ? Je peux résister la non-faim mais ça, cette envie larvée, farouche, qui se tapit au fond de moi... Aie aie. mais le moral est bon !
Vendredi 1er août. Le temps des bonnes résolutions ?! Les problèmes sont identifiés, les causes en sont connues puisque longuement recherchées au moyen de divers procédés (analayse, analyse transactionnelle, beuveries, abstinence, fuite en arrière, fuite en avant...). Il est donc temps de passer à l'étape supérieure et de cesser de défricher un passé douloureux. Car tendance à pédaler dans la choucroute (en plus, j'aime pas la choucroute !). En effet, triturer mon enfance ne me fait plus guère progresser (ce qui a pourtant été le cas quand j'ai voulu arrêter de boire. Aujourd'hui ça tourne à la complaisance. Le diagnostic est fait : la phobie de perte de contrôle est clairement identifiée.A travers un comportement addictif. Tous mes comportements tournent autour de cette peur. je dois donc travailler sur ces comportements et non plus sur les causes connues qui viennent de si loin. J'aime beaucoup ce postulat de base de Palo Alto qui ne travaille pas sur le passé mais uniquement sur les comportements actuels. On va bien voir. Bon la semaine de serviettes en papier, qu'est-ce que ça donne : - 8 serviettes bleu (pas ou peu faim), - 11 serviettes vertes (faim), - 4 serviettes rayées (faim dévorante), - 0 serviettes à coeur (craquages positifs), - 5 serviettes rouge (craquages négatifs). Je pensais qu'il y aurait plus de repas sans ou avec peu d'appétit. J'ai donc l'impression que j'ai quand même attendu la faim davantage qu'avant. Visiblement je ne perçois pas encore les craquages comme quelque chose de bon et qui fait plaisir ! Ils me font encore bien trop peur... Ces craquages se sont en majorité (3/5) produits durant le week-end, ce qui ne m'étonne pas. Je sens d'ailleurs venir l'envie de craquer du vendredi soir, alors que je n'ai prévu aucune sortie salvatrice ! Moyenne de points WW pour la semaine : 27,5. Normalement, je recommence à grossir à partir de 26 points. Je ne suis en tout cas jamais montée au-delà de 45 points sur une journée, ce qui représente un gros progrès par rapport à ces journées où je mange facilement 70 à 80 points, ce qui nous fait dans les 6000 kcalories (ça fait moins peur en points ww !). Ben y 'a encore du boulot... mais je me sens bien.Et j'ai faim. 1er aout (suite). En lisant le journal d'Hélène qui raconte sa prise de conscience par rapport au "poids" qu'elle a été pour sa mère à sa naissance, je ne peux pas m'empêcher de faire un parallèle avec ce dont je me suis rappelée lorsque j'étais en analyse (c'est dingue, contrairement à ce que je veux, je ne peux m'empêcher de retourner en arriere!!!!). Je devais avoir dix ans et j'ai demandé à ma mère pourquoi mon père buvait et si c'était depuis toujours. Le pourquoi elle ne savait pas bien, elle disait qu'il était faible et que, lorsque les patients de sa tournée (sa tournée de boulot pas de jaja...) lui offraient un verre il ne savait pas résister. Je n'ai jamais cru mon père faible. Pas plus que je ne me crois faible parce que je suis alcoolique. Pas plus que je nous crois faibles parce que nous mangeons trop. Ce n'est pas de cette ordre-là. Mais je m'égare. Quant à la réponse à ma deuxième question, ce fut une tempête dans mon mental. Ma mère m'a malencontreusement annoncé que mon père buvait "vraiment" à peu près depuis ma naissance. Ah la la... A qui la faute si mon père était alcoolique ?!!! Mézigue bien sûr. J'en ai inconsciemment déduit que j'avais un incroyable pouvoir néfaste, que j'abimais ce que je touchais, que le mal c'était moi. Que, rien que par l'acte de naître, j'avais corrompu mon entourage. Ce pouvoir corrupteur prouvait que tout se passait hors de mon contrôle... Et me voilà revenue à cette notion de controle/perte de contrôle. Encore une petite dernière pour la route : dans ses rares moments de tendresse, mon père me surnommait "Bibine" pour Sabine !!! Marquée à vie ;-) : bibine, jaja, pif... tout ça c'est rien que de la vinasse...
___________________________________ DEBUT DE JOURNAL vendredi 6 juin 2003 Après une bonne quinzaine de sessions de rattrapage chez Weight Watchers et au moins 150 kg de perdus, j'ai décidé de prendre le problème autrement. C'est vrai 10 kg de trop c'est pas le bout du monde, mais c'est quand même des cuisses qui frottent désagréablement l'une contre l'autre, un ventre douloureusement tendu, l'essoufflement, le ralentissement des gestes... tout ce qui me démoralise, sans parler du passage rapide de profil devant une glace... Alors que mes 10 kg en moi (oh le beau lapsus, je voulais écrire "en moins"), c'est total bien-être. Je me souris quand je me regarde dans la glace. Je chantonne, je monte les escaliers en courant. Alors je ne veux plus renoncer à ce bien-être pour replonger entre phases boulimiques et hyperphagiques. DONC, en attendant de trouver le courage d'aller voir un psy, je "dévore" Apfelbaum, Geneen Roth et Zermati. Trop dévoré d'ailleurs car, du coup, je n'ai pas assimilé. Je vais recommencer leur lecture par petites doses, "avec modération" comme ils disent tous à propos de manger. 1ere étape de ma propre prise en charge poids léger : - apprendre à manger sans rien faire d'autre, sans TV, sans lecture. Hyper-difficile, mais c'est le seul moyen de vraiment apprécier la nourriture et d'en prendre conscience. Et ainsi analyser les goûts, les odeurs, et apprécier pleinement le contenu de mon assiette. Grosse chance : depuis que je fais WW, j'ai appris à apprécier vraiment légumes et poissons et à les cuisiner à toutes les sauces pour varier les plaisirs. Je vais en profiter au maximum !! Certes, une purée d'aubergine ne vaut peut-être pas une assiette de chantilly mais je peux en retirer du plaisir quand même. Autre idée : utiliser des assiettes petit format pour avoir l'impression d'en avoir en plus grande quantité... leurre visuel qui doit pouvoir marcher.
Et puis, surtout, avant de vraiment attaquer l'histoire des aliments tabous, je vais attaquer un autre tabou : les produits allégés. Je suis convaincue que mon organisme sait que c'est de la flotte ces yaourts 0% et qu'il n'est pas content du tout que je ne lui donne que ça. J'ai déjà acheté du beurre 40 % de matières grasses (et non plus 25 % comme d'hab). Je vais donc acheter des yaourts aux fruits recette crémeuse ou autre. Plaisir quadruplé j'en suis sûre. Je vais continuer à comptabiliser en points WW car je suis encore bien incapable d'écouter mon corps pour savoir quand il n'a plus faim et m'arrêter en temps et en heure. autre chose : instaurer, sur mon carnet WW, la notation FES (Faim/Envie/Satiété) à chaque repas. Tiens tiens FES... ça me dit quelque chose... ces maudites fesses que je ne supporte pas ;-)
samedi 7 juin Je sens des nuances dans le terme d'Apf "tabou" vu par Apfeldorfer. Les aliments tabous ne sont pas ceux que je m'interdis de manger parce qu'ils font grossir mais ceux que je m'interdis de manger parce que je ne me contrôle plus quand je les mange. Je sais parfaitement qu'en mangeant modérément des beignets je ne grossirai pas. Mais le problème n'est pas là, il est que si je mange un beignet , il m'en faut un deuxième, puis un troisième. La satiété n'existe plus. Donc c'est sûrement sur cette notion de satiété que je dois travailler... Aujourd'hui pas très faim (normal j'ai mes règles et donc mal au ventre et donc un peu moins envie de manger que d'hab...). Hier soir, grand moment de plaisir : une glace Weight Watchers. Comment, vous connaissez pas ce petit morceau de paradis, ce pur moment de lévitation ? Vous prenez des framboises surgelées, une quinzaine, (on en trouve au kg chez Picard pour pas trop cher). Vous les mettez dans le mixer avec une petite boîte de lait concentré non sucré ; vous ajoutez plus ou moins une cuillérée d'édulcorant et vous mixez jusqu'à obtenir une "pâte" épaisse qui a la consistance d'une glace un tout petit peu fondue. Ca vous fait un bon bol de bonheur. Ma prochaine étape, c'est de remplacer l'édulcorant par du vrai sucre, afin que mon bonheur soit plus vrai encore... En lisant le journal d'autres femmes, je m'aperçois qu'elles se présentent. Je pourrais de toute façon me présenter à moi-même puisque je suis toute neuve, que je sors de mes limbes de ronde. Je me sens autre, je me sens propre. J'ai un corps, un vrai, pas cette chose molle et lourde qui se traîne sans moi. Mes 48 ans ne me pèsent plus. En bas du yoyo je fais 58 kg, en haut du yoyo, je fais 68/69 kg. C'est vrai ce n'est pas énorme mais, déjà, prendre/perdre rituellement 10 kg tous les ans, c'est épuisant et forcément pas bon pour le corps... Je connais bien des boulimies : je suis une boulimique de cigarettes, une boulimique de solitude, une boulimique de livres, une boulimique de nourriture et, surtout, surtout, une boulimique d'alcool. J'ai arrêté de fumer il y a plus de 13 ans, je suis alcoolique abstinente depuis 9 ans, alors j'ai concentré mes boulimies sur le reste : nourriture, livres, solitude. Et, question sentiments, je suis parfaitement anorexique... depuis l'enfance, la violence, les coups, le viol. Ah oui, je suis très forte sur un truc : m'appitoyer sur moi-même. Ca je sais bien faire. J'ai bien fini par comprendre que si je me pourris la vie en mangeant trop, en me rendant malheureuse, c'est encore lui qui gagne. Mais ça ne suffit pas pour en sortir. Me battre contre la nourriture, c'est encore et toujours me battre contre lui qui n'en a plus rien à cirer puisqu'il est mort (et de toute façon, il s'en foutait aussi quand il vivait).
Mais cette fois, je veux que ce soit différent. Je veux avancer, sortir de ce trop-plein de vide intérieur ;-)) S'anesthésier en mangeant ou en lisant,fuir les autres sans cesse, justement je veux que ça cesse...
Apf, Zermati, Geneen Roth parlent de la faim, qui est si difficile à identifier parfois. Des faims, j'en connais deux : la faim gaie et la faim triste. La faim gaie c'est celle que je redécouvre en ce moment, quand j'écoute mon corps. La faim triste, c'est celle que je connais si bien, que j'ai si bien apprivoisée : la faim qui ne se calme jamais parce que je me trompe de cible : au lieu de nourrir ma tête, mon sexe et mon coeur qui réclament plaisir et sentiments, c'est mon ventre que je remplis. Forcément ça le fait pas....
Weight m'a appris autre chose, c'est que cuisiner est un excellent moyen de ritualiser la nourriture, de prendre le temps de la préparer. Accorder du temps au repas, c'est aussi "avant" que ça se passe. Apprendre à ne pas bâcler le repas avant, pendant et après. Je vais donc me plonger dans mes bouquins WW pour trouver une recette pour ce soir. Tiens ça va mieux de m'être racontée un peu...
Dimanche 8 juin En période de "stabilisation" WW. 58 kg. Semaine un peu anarchique car je me suis fait opérer des yeux mercredi et j'avais si peur que mardi j'ai fait super crise de boulimie : 2 sandwichs, 3 quiches, 2 parts de flan, 2 religieuses, des beignets... tiens ça va presque toujours par deux on dirait ;-)) J'ai donc jeté mes yaourts O%. Je me suis acheté un truc dont je rêvais depuis des mois : straciatella au chocolat, les soi-disant petits encas de Jockey. J'aurai quand même dû regarder sur la boîte avant d'acheter. Un pot, 150 g, représente le même nombre de calories qu'un pain au chocolat ! et comme c'est tout mou en bouche, qu'on ne mâche pas, on n'a vraiment pas l'impression d'en prendre pour un pain au chocolat, même si c'est bon et crémeux. Donc, je crois que je vais jeter le second pot et aller m'acheter un VRAI pain au chocolat !!! Je viens de préparer, pour la semaine, une terrine aux fruits, avec du vrai sucre ! mais je ne suis quand même pas arrivée à ne mettre QUE du vrai sucre, j'ai fait moitié moitié ave l'édulcorant... ON ne passe pas si facilement des substituts à l'authentique, du rêve à la réalité... 20H : la terrine de fruits aura bien du mal à faire la semaine, vu que j'y suis revenue au goûter... quel plaisir de manger un truc si goûteux en sachant que c'est peanuts question calories ! je pense que je vais jongler entre le diététiquement incorrect et le nutritionnellement correct à la WW : les recettes WW sont toujours délicieuses, alors pourquoi s'en priver si en plus elles sont saines ? A midi, j'ai fait un repas viennoiserie (je me l'étais promis de manger un vrai pain au chocolat !). J'avais donc acheté 2 mini-pain chocolat et 2 mini-pain raisin. J'avais préparé un joli plateau et une tasse de Lapsang Souchong que j'adore. Si les mini-pain au raisin étaient à la hauteur, pas les pains au chocolat qui étaient secs. je n'en ai donc mangé qu'un et l'autre a atterri dans la gueule de Fripouille, mon chien. Un bon point pour moi ! Ce soir, au dîner : salade de pommes de terre tièdes, caviar d'aubergines, poivrons à l'anis et à l'orange. Rien que des trucs qu'on dirait pas du WW tellement c'est bon.
La nourriture est au coeur de ma vie quand je grossis, elle est toujours au coeur quand je maigris, je voudrais bien que, maintenant que me voilà au poids souhaité, elle retrouve une place "normale". Certes une place de choix car c'est un réel plaisir de manger, mais pas une obsession. Là y a du boulot. Prendre de la distance, comprendre pourquoi j'en ai fait une valeur refuge, pourquoi, d'un acte aussi naturel et anodin que manger j'en ai fait cet acte essentiel, vital, désespéré. A mon avis, d'ici deux à trois semaines je serai prête pour entamer la psychothérapie qui me semble désormais indispensable. Envie de me faire aider.
lundi 9 juin Cette jeune femme dans le métro hier.Elle était mince et mangeait un pain au chocolat. Elle a bien dû mettre 1/4 heure à le manger !! moi il m'aurait fallu 2 minutes à peine... cette lenteur pour porter le pain à sa bouche, cette grande morsure dans le pain au chocolat.Elle donnait l'impression d'en avoir plein la bouche, elle machait si lentement, les yeux dans le vide. Est-ce qu'elle appréciait ou bien pensait-elle à autre chose ? j'avais l'impression de devenir elle. J'étais fascinée. Ce n'était même pas le pain au chocolat qui me faisait envie, c'était sa façon de le manger : avec sérénité, sans angoisse, sans voracité, tout en douceur... Décidément la viennoiserie ça me travaille en ce moment. Faut que je me lâche là-dessus, mais je trouve rarement des pains au chocolat que j'aime. Ils sont tous trop secs alors que je les aime un peu feuilletés, bien compacts. J'ai tellement de mal à manger sans rien faire d'autre, ni télé, ni lecture. a midi : déj diététiquement très correct, mais mangé trop vite, sans trop apprécier. J'ai regardé des photos de moi en même temps, pour retrouver les grandes étapes de ma vie. Et là le choc : une photo de moi bébé, bouille ronde si ronde. Doux jésus, sainte mère, ce que je lui ressemble à lui, la tête toute ronde, la petite bouche, les petits yeux et le crâne dégarni ! c'est lui !!! horreur moi qui voulait tellement lui ressembler à elle qui était si belle. Apf parle de "l'ivresse de la minceur". C'est bien ça, je suis comme exaltée par la minceur, le bien-être, l'envie de soulever des montagnes. Méfiance.
Mardi 10 juin Depuis hier après-midi, je sens monter la crise. Elle passe par la colère, contre moi, contre les autres. Contre moi parce que je n'ai pas su quitter une boulangerie sans rien acheter alors que leurs pains au chocolat ne me plaisaient pas. Je l'ai acheté puis jeté dans la première poubelle. Frustration. Pas réussi à compenser en achetant des chaussures !!! Mal-être. Je m'aperçois que je suis entourée de bouquins sur l'amaigrissement et de trucs super intello sur le lesbianisme. Du coup, je n'ai même pas un polar ou un bon roman à me mettre "sous la dent" (!). Craquera craquera pas ? C'est obsédant et existentiel. Pourtant, je ne mange que des trucs que j'aime, je me fais plaisir en étant diététiquement incorrecte. DOnc, la frustration n'est pas d'origine nutritionnelle. Je voudrais être à deux et AIMER ça ! Etre à deux je peux le faire, mais apprécier la vie à deux, même sur le court terme, je n'y arrive pas. Arrivera bien un jour où je ne m'enfuirai plus.
mardi 10 juin (suite). Réunion WW, toujours en stabilisation... Faudra que la stabilisation devienne modération comme dirait Apf. Retour difficile de réunion because grèves.J'ai identifié les signes de la faim : elle se traduit par une légère nausée et l'impression queles parois de mon estomac se collent l'une à l'autre tant il est vide ! Pas sûre de trouver cette sensation de faim très agréable... Arrivée à 14 H à la maison. Je sais bien que le chien ne me laissera pas déjeuner avant de le sortir. De toute façon, j'ai prévu le coup et décidé d'acheter deux quiches. En me disant que j'avais bien le droit de les manger toutes les deux. Mais je n'y suis pas arrivé : barrière psychologique. J'en ai donc mangé une au déj (ce qui ne m'a pas suffi) et une au dîner (ce qui ne m'a pas suffi non plus, même agrémenté d'une bonne salade de tomates). J'aurais voulu deux quiches à midi et deux quiches ce soir, bon sang !!! mais pas possible de me sortir de la tête qu'avec 4 quiches je dépasse mon quota WW. Histoire de quiche : petite j'adorais la quiche que faisait maman, mais je l'aimais surtout froide. Sauf que j'étais bien obligée de la manger chaude vu qu'à la fin du repas il n'en restait plus tant tout le monde l'aimait. Nous devions "juste" en laisser une petite part pour le petit déjeuner du père le lendemain matin. Ce morceau froid était sacré, intouchable, imprenable... et je fantasmais sur lui. Mais seul le seigneur et maître y avait droit. C'était son bien, son dû de celui qui ramène l'argent à la maison, qui travaille pour nourrir sa famille... Depuis la quiche est mon principal aliment tabou, celui que je consomme en premier quand j'ai une crise de boulimie. Et toujours froide puisque je n'aime toujours pas les quiches chaudes (tu m'étonnes !!!). Voilà, un petit bout de quiche pour un gros bout de vie.
mercredi 11 juin Journée tellement dépourvue de stress, tranquille, que je n'ai même pas focalisé sur la nourriture ! Comment se fait-il que, dans pratiquement tous les appartements que j'ai habité seule, il n'y avait pas de table de cuisine ou de salle à manger ? Tiens tiens... je me fais des plateaux télé, je mange sur la table du salon, mais jamais en "position repas". Ces souvenirs d'enfance où passer à table représentait un tel stress : d'abord, l'interdiction de parler à table et puis surtout les engueulades perpétuelles qui émaillaient systématiquement le repas. Steak aux reproches, frites à la scène de jalousie, purée où étais-tu cet après-midi, cantal tu m'as fait suivre en voiture... Comment le repas pourrait-il être un moment de détente, un espace de convivialité ? Voilà un truc à repenser : le repas est un BON moment, durant lequel on se détend, on se laisse aller, on se fait plaisir en toute sérénité.Créer un rituel de repas bien-être. Ce soir je me fais un super sandwich. J'adore les sandwichs de chez Paul et je n'avais pas réalisé que c'était avant tout leur pain que j'aime. Du coup, je m'achète leur pain à sandwich, une tranche de jambon et c'est un vrai sandwich de chez Paul que je mange chez moi. Je crois que c'est Apf qui dit qu'il faut lister son pain préféré, sa marque de pâtes préférée etc, et les consommer en priorité. Je suis prête à traverser Paris pour acheter du pain, une viennoiserie meilleure qu'ailleurs (tiens je n'ai toujours pas trouvé de pain au chocolat comme j'aime.) Je vais garder quelques points WW pour le restau de vendredi soir. En fait je contrôle les points WW car je voudrais vraiment savoir à partir de combien je commence à regrossir. Je suis à 24 points par jour, ce qui doit correspondre à 1800 calories, et pour l'instant je continue à maigrir un tout petit peu (mais en faisant pas mal de sport, donc je suppose que sans sport, 1800 calories c'est le seuil à ne pas dépasser). Je suis donc à 25 points/j cette semaine. Affaire à suivre à la prochaine pesée WW.
processus de déréglement nutritionnel sur un an (depuis plus de 12 ans) : régime WW avec crises de boulimie ponctuelles (+ vomissements donc la balance arrive à bon port).A peu près 4/5 mois. Stabilisation avec toujours crises boulimie qui, peu à peu, se transforme en hyperphagie (avec besoin de manger toutes les deux heures). Je ne me fais plus vomir, donc je grossis sur 5/6 mois. Là je parviens à la nausée de moi, de bouffe, de tout. Et je reprends le cycle... Apf dit que, pour soigner la boulimie, il faut accepter de prendre quelques kilos et de les garder, de ne plus peser le poids que l'on aime. Comment accepter ça étant donné le bien-être sensuel que procure la minceur ? Ben je suis pas encore prête à guérir ;-)
jeudi 12 juin Hier devait être le calme avant la tempête. Hier soir j'ai senti l'envie de manger n'importe quoi qui montait montait de très loin, de très au fond. J'ai craqué sur des tomates, de la compote de rhubarbe, mais je le vis quand même comme un échec car, comme évitement, je me suis fait dormir. ALors vaut-il mieux craquer et se faire vomir, ou ne pas craquer et se faire dormir ? Tu parles d'une alternative ! c'est vrai que j'angoisse à l'idée de me faire enlever les fils de suture sur les paupières mais ça ne suffit pas à expliquer la montée de crise. Je sais que je ne vais pas pouvoir lutter longtemps. Peut-être que si je vais dépenser de l'argent dans les magasins ça ira mieux ? Je ne crois pas. A force de faire ça je commence à être bien fauchée, d'autant que je viens de refuser un boulot qui ne me plaisait pas. SI, en plus, je me mets à être sélective sur les missions que j'accepte, c'est du luxe. Mais peut-être faut-il que je me l'accorde, pour me faire du bien. Je crois que la montée de crise vient de la contrariété à lire dans Apf qu'il fallait accepter d'être plus ronde en traitement de boulimie... Je me révolte de tout mon être contre ça. NON je ne VEUX pas regrossir bordel de merde !!! Bon je vais essayer d'être gentille avec moi et de refaire l'opération quiche mais, cette fois, je mangerai les deux au déjeuner. On verra bien si ça m'empêche de craquer cet après-midi. C'est quand même dur de travailler chez soi et d'avoir réfrigérateur et placards à portée de main et personne pour vous voir manger...
Je m'aperçois que je garde mon cycle d'envie de manger toutes les deux heures. Je crois que je suis épuisée par ma bataille d'hier soir.
Voilà une remarque intelligente d'Apf dans "Je mange donc je suis" : les boulimiques sont des personnes qui se contrôlent en permanence et le fait de faire un régime leur plait car c'est du contrôle. De même le fait de suivre les préceptes de "modération" : encore du contrôle. De même que gérer le stress, toujours du contrôle. Donc tout ça ne les guérit pas. Il faut sortir de ce processus. Et cesser de rechercher la perfection, que l'on croit dans le contrôle absolu et définitif. En fait, ce que je dois apprendre c'est à me lâcher, laisser tomber les défenses. Qu'il s'agisse de nourriture, de rapports humains, de proximité, d'amour, de sexe. S'abandonner, se laisser aller au plaisir. Admettre que le plaisir ça ne fait pas mal et que c'est bon pour la tête et le corps. Toutes ces notions judéo-chrétienne d'autoflagellation, de négation du plaisir qui me reviennent des 15 années passées chez les bonnes soeurs !!! la vie vallée de larme, le plaisir qui se paie toujours au prix fort, etc. etc. Bon, je vais chercher des petits trucs pour apprendre à me lâcher... N'empêche que la nouvelle crème au café Mami Nova, c'est le super pied ! mais 85g qu'est-ce que c'est que 85g, nom de dieu !!! ben c'est de la modération ma fille...
vendredi 13 juin Si angoissée à l'idée de me faire enlever les points de suture sur les paupières que je dévorerais le frigo, contenant et contenu ! A la place, j'ai sorti du congélo, le pain à sandwich de chez Paul : il sera prêt pour mon retour et je salive déjà à l'idée de ce meeeeeeeeeeerveilleux sandwich que je vais me faire ! Je crois qu'il faut que je travaille du côté relaxation, respiration par le ventre pour apprendre à baisser ma garde. faut voir. Je viens de faire un petit tour sur d'autres journaux. C'est quand même incroyable ce qu'on peut être obsédées par la bouffe ! je me dis maintenant que lorsque je vais croiser une femme dans la rue, elle sera peut-être en train de penser à ses problèmes de poids ;-) comme moi qui évite certaines pâtisseries sur le parcours de promenade du chien... c'est quand même étrange parce que, amoureusement, j'aime bien les femmes "coussinées" (j'adore cette expression québécoise !).Mes copines oui, mais pas moi !!! cela dit j'adore aussi les androgynes. Sauf que les lesbiennes androgynes restent entre elles et ne regardent même pas les fems.... Dommage. Mais j'aime bien les butchs aussi... Ce soir dîner avec les copines : pur moment de bonheur saphique ! mais faut que je travaille aussi sur ma vie sociale, qui est bien trop restreinte. Arrêter de mettre des barrières de ce côté là aussi.
Fastoche les fils enlevés sur les paupières ! Je me sens tellement légère que j'ai encore plus envie de manger qu'avant ! Ca veut donc dire que l'angoisse génère l'envie de criser et que la fin de l'angoisse en fait tout autant ! merde alors... SI j'avais eu de l'argent en promenant le chien, j'aurais craqué : beignets, religieuses, flans, rebeignets... rien que des douceurs sucrées pour répondre à mon soulagement... Il y a une femme du forum apf qui dit qu'elle ne sort plus avec de l'argent pour ne pas craquer. Pas sûre que ce soit une bonne solution... car la frustration est telle. Au moins, si on a de l'argent et que l'on ne craque pas, on se félicite ! sans argent on n'a même plus le choix de craquer ou pas. Car choix il y a, même si l'envie de craquer est quasi irrépressible. Il y a encore un tout petit espace de choix/liberté. Mais si infime... Du coup je n'avais même plus envie de mon sandwich, mais d'un steak hâché et de pâtes. Ce que j'ai fait, bien qu'il m'en coûte toujours beaucoup d'attendre que les pâtes cuisent... Retour de super soirée avec bouffe "normale", sans excès et excellente. Mais en rentrant, envie terrible d'un dessert, alors qu'au restau, j'en ai pas eu envie... Est-ce parce que je suis rentrée seule ? Non, je ne crois pas. J'aime être seule après une soirée conviviale. Alors ? J'ai pris un truc pour m'endormir plus vite.
Samedi 14 juin Petit dej à 6 H, gros morceau de pain. Excellent... compote de rhubarbe maison (avec 50 % de VRAI sucre!). Le coup du sucre à 100 %, c'est encore trop dur... 10 H, terrible envie de manger. Ai fait cuire un morceau de pâte à pizza. Pas bien cuit, j'adore. Tout à coup, en le mangeant, je me suis dit : je mange parce que j'ai faim. C'est normal de manger quand on a faim. Le petit déj était 4 heures derrière. Bien. 13 H : je rentre chez Paul en me disant que je vais manger une grosse glace en guise de déj. Mais il ne font pas les glaces sans déjeuner à cette heure-là... Dépitée moyen, je rentre et m'achète un morceau de clafoutis. Délicieux. + Poulet créole fait hier. J'avais quand même un peu faim. Certes je n'ai plus faim mais la satiété n'y est pas... J'ai l'impression que si j'arrête toutes mes lectures nutritionnelles, je vais recommencer à grossir. Pourtant Apf n'est pas très encourageant, puisqu'il y a l'air de dire que si une psychothérapie fait du bien, elle ne règle pas le problème de boulimie et que seuls des "trucs" à trouver soi-même permettent d'en sortir (au moins partiellement). De toute façon, faut que je règle aussi ce problème de conduite, donc la psy sera utile quand même. Je crois que ma période boulimie touche à sa fin (faim) car je ne vais pas tarder à être amoureuse (je crois) et que je ne suis, bien sûr, jamais boulimique quand amoureuse.
dimanche 15 juin : moins de 58 kg (Apf dit qu'il ne faut pas compter les poussières car, de toute façon le poids varie sans cesse d'au moins un ou deux kilos en fonction du stress, des hormones, de la rétention d'eau...). Bref, sûr que j'ai pas grossi ! Mais quand quand se nourrir deviendra-t-il une chose naturelle, toute simple ?!!! jamais je suppose. Peu à peu j'espère en tout cas la dédramatiser. Certes hier je n'ai pas eu de crise de boulimie mais j'ai continué dans la fièvre acheteuse ce qui fait étrangement maigrir mon portefeuille ! Maintenant, j'ai des garde-robes dans toutes les tailles : 36/38/40/42 !!! Alors pourquoi ai-je refusé un boulot alors que si fauchée !!! Le droit de dire non, le sentiment que je dois me concentrer sur moi-même en ce moment.
J'ai des visions de beignets en lisant Virginia Woolf. En voilà une qui n'a pas eu de problèmes de poids, mais elle en avait tant d'autres !!! je crois que je devrais prendre un journal féminin et inventer des vies banales à toutes ces filles en maillot. Ca me ferait le plus grand bien de démythifier ces gonzesses à deux balles créées de toute pièces par des hommes. De toute façon ce terrorisme de la minceur c'est rien que pour que les couturiers "consomment" moins de tissu et gagnent plus d'argent... Tiens me voilà un peu rageuse ce matin. Et de me dire, bien sûr, pourvu que ça ne déclenche pas de crise... Bon sang, mais je vais quand même pas vivre en anesthésie permanente juste pour m'éviter de craquer ! C'est vrai que les crises de boulimie ce sont des émotions si fortes, si proches de l'orgasme. Moi qui ai si peur de toute émotion, quand je surmange je les retrouve toutes en moi avec ce bonheur immédiat de me remplir la bouche et l'estomac, en sachant que je ne me remplirai pas le ventre puisque je ne laisserai pas les calories descendre jusque-là, et c'est bien le problème peut-être : se remplir la bouche, l'estomac, mais, surtout, ne pas descendre plus bas, du côté du ventre et du sexe. Je crois que je rêve d'avoir un demi-corps, qui s'arrête avant le colon, avant le pubis et avant mes fesses que je n'aime pas.
lundi patatra 16 juin Ben voilà, hier j'ai craqué. Oh pas une bien grosse craquation mais douloureuse quand même : un sandwich, deux bols de céréales, un yaourt... c'est rien, certes mais la vitesse à laquelle je les ai DEVORES ! pas pu m'empêcher de me faire vomir. De toute façon, c'était à prévoir, j'ai refusé toute vie sociale en ce dimanche (sortie vélo, musée, gym...). je n'ai rien fait de moi, pas même bouquiné, juste végété devant la télé. Forcément la crise n'était pas loin. La crise de désoeuvrement et de mécontentement de soi. Mais le problème de poids n'est pas dans les crises de boulimie puisque j'élimine lamentablement (je vomis ou bien je me vomis ?!). Il est dans les périodes d'hyperphagie. Mais cela ne justifie pas et n'explique pas les crises. Hier c'était à base de céréales, une envie de pâte à pain à peine cuite... Apf avait une cliente/patiente qui, en fin de traitement a accepté le fait qu'elle pouvait avoir une crise de boulimie de temps en temps sans que ce soit un drame. Sur ma balance j'ai perdu 2 kg en 3 jours, ce qui est faux. C'est donc vrai qu'il faut prendre en considération une fourchette de fluctuation de poids sans paniquer. Mais je me suis acheté deux pantalons que j'adore alors si je regrossis un tout petit peu c'est foutu pour eux. Je veux pas les abandonner ! Pourtant 55 kg ce n'est pas mon set point. C'est plutôt 59. Ca veut dire que je vais jamais arriver à y rester (pourtant je me trouve pas mal comme ça;-)) Le terrorisme du regard de l'autre et de l'image de soi. Mes amies me disent que ça me va bien, que j'ai l'air en super forme. Dans la rue, je vois bien qu'on me regarde davantage niveau séduction. DOnc cela signifie bien que mince=plus séduisante. On n'en sortira pas de ça ! Où alors est-ce que je marche différemment parce que je me sens mieux ? Apf dit qu'il ne faut pas croire que sa vie va changer quand on sera mince. Là pas d'accord ! Je me sens totalement différente avec 10 kg de moins, tellement bien dans mon corps et dans ma tête, même si j'aime toujours pas mes fesses !!! Déjeuner : 2 quiches de ma boulangerie préférée. Elles sont divines. J'y ai droit même si elles "coûtent cher" en points WW. Mais ça m'aurait pas gêné d'en manger une 3eme ! Je fais désormais tout à fait la différence entre sasiété (ne plus avoir faim) et rasasiement (ne plus avoir envie de manger). Je suis sortie de table à sasiété, mais toujours pas rasasiée...
mardi 17 juin Chaque matin, je me demande si le calme de la veille va continuer. Je ne peux jamais savoir. Divin petit déjeuner au lit avec un pain de seigle aux raisins. Il y a des quiches et des Magnum dans le congélateur. Je n'y ai pas touché hier soir puisque j'ai fait la glace framboises WW, précédée d'une salade de tomates aux figues. Délicieux tout ça, mais toujours pas de sensation d'"assez". Le trouble se passe toujours au niveau du "tout ou rien". C'est vrai que lorsque je commence à manger je me dis : de toute façon, foutu pour foutu, j'ai qu'à continuer. C'est ainsi que s'entame la descente dans l'hyperphagie et la reprise de poids. Toujours dans l'excès ma fille ! Faut apprendre à mettre de l'eau dans le vin que tu ne bois plus ! J'essaie de travailler sur la boulimie : les premières crises sont arrivées assez tard, après 30 ans en tout cas. Je crois qu'elles sont arrivées lors d'une tentative (avortée) d'arrêter de boire. Puis elles se sont installées lorsque j'ai arrêté de fumer. Boire ça remplace tout. J'étais vivante quand je buvais (en tout cas je le pensais) et je suis morte le jour où je suis entrée à l'hôpital pour faire cette cure de désintoxication, il y a bientôt 9 ans de ça. Le corps et le coeur anesthésiés. Alors faut réapprendre à vivre, à marcher. Parce que lorsqu'on est alcoolique, chaque acte de vie est accompli sous l'emprise de l'alcool. Même le sommeil est un sommeil d'alcoolique, sans rêves. Alors "après", tout devient si difficile, si pesant, demande tant d'efforts ! Quand j'ai arrêté de boire, le seul moment où je me sentais vivante, où je n'avais pas peur de tout, c'est quand je mangeais. Pourtant ça va mieux, donc je ne devrais plus avoir ce besoin de manger. Mais peut-être est-il devenu une drogue, comme l'alcool.
mardi 17 juin Confirmation du 55 kg à WW. Ca veut dire qu'en période de stabilisation, si on fait du sport, on continue vraiment à maigrir. C'est trop bas, même si je me sens bien. Je ne pourrai jamais rester à ce poids-là. Je suis tellement en autocontrôle... je me fais peur d'être si maîtresse de moi.
Cet après-midi, pain au chocolat : pas mauvais, mais le chien en a mangé au moins 1/3 (je ne sais pas lui résister). ENcore envie de m'acheter des vêtements, un jean qui moule un peu (le mien que j'aime tant est un peu trop grand, il redeviendra bien à 3 kg de plus). Il y avait cette femme dans le métro : elle était grosse et prenait de la place sur la banquette. Elle avait l'air si coupable de prendre toute cette place ! j'étais atterrée pour elle. J'avais envie de lui dire : "mais vous avez le droit de vivre aussi bon sang !" Ce regard est de ceux qui vous hantent tant ils sont le mal-être personnifié. En voilà une qui se pourrit la vie avec ses kg en trop, sûr. Je suis d'un égocentrisme incroyable : je ne pense qu'à moi (et à mon chien), je ne m'occupe que de moi. Pour sûr je n'ai pas l'hyperempathie des grosses !! ;-) Mais si on s'était un peu plus occupé de moi au lieu de me taper dessus, peut-être que je prendrais des risques avec les autres, que j'aurais moins peur de me faire mal à leur contact. Arrête de t'appitoyer ma fille. C'est fini tout ça et personne ne te veut de mal. Sauf que j'aime pas non plus quand ils me veulent du bien. Fichtre, c'est cornélien...
mercredi 18 juin Les gens normaux mangent quand ils ont faim. Les gens normaux mangent parce qu'ils ont faim. Pas moi (et je crois que je ne suis pas la seule...). Mais quand je vois ce que représente une alimentation "normale" en calories, ça me navre. Je suis en dernière semaine de stabilisation WW, je suis à 26 points puisqu'à 25 pts j'ai encore perdu 900g en une semaine. 26 points, ça doit fait 1800 calories. On y arrive si vite au 1800 calories. Hier, en mangeant un pain au chocolat en collation, ça m'a obligé à manger peu le soir. Du coup, à 10H badaboum et un bol de céréales... Aujourd'hui pareil : j'aurais bien mangé deux quiches à midi, mais ça veut dire hyper modération ce soir... Bof. Marre. Je me donne toujours une marge supplémentaire pour prendre RV avec psy ! Avant c'était l'opération des yeux, maintenant c'est l'arrachage de dent lundi prochain. DOnc, mardi je prends RV. Au déjeuner : gâteau de courgettes, poivrons + gnoccis, pain, crème+compote. Il m'a fallu attendre 20 minutes après la fin du repas pour ressentir la satiété. Pourtant j'avais mis 1/4 d'heure à manger, ce qui, pour moi est beaucoup !!! Donc un dejeuner de 700 calories peut procurer la satiété, suffit de prendre le temps. La ssensation de plénitude était agréable. CCOmme j'ai fait de la gym ce matin, j'avais sommeil, un doux bien-être et donc mini-sieste. Bien agréable. Mais deux heures après, envie de manger sans pouvoir identifier si c'était de la faim. Maintenant j'ai un peu faim (19 H). Envie de pâte, je me fais cuire de la pâte à pizza sans rien dessus. J'étais tellement conventionnelle que je n'avais jamais pensé à me faire cuire de la pâte toute seule alors que c'est tout ce que j'aime dans la pizza et dans les tartes !! Voilà donc un fort changement ;-)
jeudi 19 juin Sombre journée et sombre envie de manger. Etrange comportement : les deux derniers pantalons que je me suis achetée me vont juste (NDRL : je viens de relire et m'aperçois qu'en même temps qu'une belle faute d'orthographe c'est un lapsus que j'ai fait : en écrivant "achetée" avec "ée" au lieu de "és", c'est moi que j'ai acheté pas les pantalons !!!) . Je les avais achetés sans savoir que je ne pesais "que" 55 kg. Maintenant que je sais que je pèse "aussi peu", j'ai envie de retourner dans le magasin pour acheter le même modèle dans la taille supérieure ! c'est dingue ça. Comme si je savais d'avance que je vais regrossir. Battue d'avance ou réaliste ? Même si je me sens parfaitemnet bien à ce poids-là, je sais que ce n'est pas mon poids normal.
La pâte à pizza d'hier soir était sublime, mais je n'en ai pas eu assez. PAS ASSEZ ! pourtant, en calories, j'ai ma ration, celle d'une personne qui mange normalement, sans faire de régime. ALors ?! De toute façon, je vais recommencer en achetant de la pâte feuilletée, de la pâte brisée, etc. pour voir celle que je préfère (sachant que c'est la pâte à pizza qui "compte" le moins en calories...). Ce qui prouve que je suis loin de la régulation : j'ai mangé deux paquets de chewing-gum (sans sucre...)en 10 minutes. Parfaitement compulsif.
Déjeuner : UNE quiche. J'en avais acheté deux, mais l'aspect de l'une ne m'ayant pas plu, je l'ai mise au congélateur (pas à la poubelle, pourtant, à mon avis, c'est tout ce qu'elle méritait). Et celle que j'ai mangée ne m'a pas paru extraordinaire. Faut dire que j'ai pas mangé zen à cause de l'entrepreneur qui est venu pour les travaux. Ca m'a angoissé de lui faire faire un devis. Pourtant, je suis pas obligée de faire appel à lui. Mais ça m'a angoissé quand même. D'où repas baclé. Mais, ô miracle, comme je n'avais plus envie de la glace WW que je venais de faire, je l'ai "abandonnée" au frigo. Non, je ne l'ai pas jetée à la poubelle. Faut pas exagérer ! Je mangerai ma glace fondue pour 4heures. En plus, la glace fondue j'adore ça. C'est vrai qu'il faut que j'en finisse avec le nutrionnellement-ce-qui-se-fait-et-ce-qui-ne-se-fait-pas. Si je veux je mangerai de la glace fondue, si je veux je commencerai mon repas par le dessert, si je veux je ne mangerai rien que la pâte de la tarte. Et je ne ferai même plus semblant de mettre des fruits sur la tarte. Si je veux je ferai un repas avec seulement du pain : pain de seigle, pain aux céréales, pain de froment aux raisins... Et je vais aller à Rosny II pour acheter les pains aux raisins de Carrefour, car il n'y a que ceux-là que j'aime ! Mais pas cet après-midi car je sens que je cherche le moindre prétexte de "fuir" de chez moi : un livre à acheter, sortir le chien, passer chez la voisine, aller à la gym. Pourquoi ? 1. j'ai peur de craquer sur la bouffe car je n'ai pas de boulot cet après-midi. 2. Je devrais bosser la céramique et je n'ai pas le courage de m'y mettre, alors que j'ai le temps... Là aussi faut que je réembraye la machine, je n'ai même pas rebranché l'aérographe depuis que je suis installée dans cet appart. Pourtant restaurer une assiette cassée, je suis sûre que cela accaparerait mon attention et m'empêcherait de dériver vers la bouffe.
vendredi 20 juin je ne me pèse pas mais sûre que je n'ai pas bougé. Petite craquation hier soir, du genre, pain, crème au café. Me suis retenue en serrant les dents pour ne pas craquer plus. C'est infernal cette envie de manger. [...] "ont forcé leur satiété en consommant trop d'aliments souvent appétissants. Leur comportement alimentaire n'est dès lors plus régulé par le couple faime-satiété. C'est alors l'envie qui prend le relais de la faim, mais, ne connaissant pas la satiété, elle ne se trouve limitée que par la disponibilité des aliments et la distension gastrique." C'est de Waysfeld dans "Le poids et moi". C'est tout à fait ça, clairement dit, le doigt sur le problème que nous avons toutes. Donc c'est ça qu'il faut travailler : retrouver la notion de VRAIE satiété, celle qui correspond à "je n'ai plus envie de manger". Là, je sèche totalement. COmment pourrais-je ne plus avoir envie de me goinfrer, de baffrer, de m'en mettre plein la lampe, de me remplir, d'absorber, d'ingérer. Mais c'est si jouissif ! Voilà où est le vrai problème : manger est orgasmique, et remplace fort probablement de vrais orgasmes, ceux du sexe et non pas de la bouche. Alors il y a la VRAI bouffe et le VRAI sexe. ouffffffffffff. Oui mais le FAUX sucre, ça fait pas grossir et la masturbation évite bien des soucis de couple ! oh Sabine !!!
Je crois que je viens de découvrir une "clé" psy importante : jusqu'à mes règles je pesais 54 kg (et je m'en souviens parfaitement). J'ai eu mes règles le jour de mes 16 ans (si j'avais pu reculer encore plus la date, c'eut été avec plaisir !!!). A partir de ces règles, j'ai pesé 58 kg. Pas du tout accepté. D'autant que ma mère a cru que j'allais avoir, comme elle, comme ma soeur, de problèmes de poids... Je me rends compte maintenant que jusqu'à l'âge de 35 ans où j'ai arrêté de fumer (et donc tant grossi) je me suis acharnée à retrouver/garder ce poids d'avant les règles, ces 54 kg. C'est tellement symptomatique de mon inacceptance de ce concept hétéronormatif de la femme, faite pour faire des enfants. Depuis toujours je suis lesbienne avant d'être femme selon cette acception hétérosexuelle. Mais je n'avais pas fait le lien avec cette recherche de poids "d'avant". C'est dingue ça !
Samedi 21 juin, l'été Hier soir, restau. J'avais faim, il était tard. Enorme salade pleine d'huile. Une salade peut être bien plus calorique qu'un steak frites !!! Je savais qu'il y en avait trop. J'avais donc décidé d'en laisser. Ce que j'ai fait. Malheureusement, 1/2 après, le serveur n'était pas venu chercher les plats... Impossible de ne pas replonger dans l'assiette. Bref, je l'ai finie alors que je n'avais plus faim, que j'étais prétendûment rassasiée (en fait je ne sais même pas si je l'étais). Deux filles ont pris des énormes glaces. Envie moyenne en les regardant. Toutes les autres ont pioché dans leur coupe ! Et toute la soirée nous avons parlé... régime. Mais toutes celles qui étaient au régime ont pris le même type de salade hyper calorique que moi. Comment faire lorsqu'on ne fume pas qu'on ne boit pas pour rester à table sans triturer du pain, grignoter une olive, etc. Dur dur. Même si c'était très sympa. COnverser ne remplace pas encore manger dans ma tête.
DImanche 22 juin, les jours raccourcissent (et mon estomac rétrécit-il ?) Comme je suis en stabilisation, je dois trouver très exactement le seuil de calories pour ne pas regrossir. Concentrée là-dessus, je m'aperçois que je n'ai pas eu l'idée de boulimie depuis plusieurs jours. J'ai des petits craquages que je contrôle afin de comptabiliser. Je pense que là le seuil est atteint (26 points WW, ça doit faire un peu plus de 1800 calories, et ça c'est quand je fais de la gym. Il faudrait donc que je teste sans gym...) Retour du marché bio de Raspail, pas terrible... Pourtant j'ai craqué sur une quiche (alors qu'il y avait une tarte au citron dont la pâte avait l'air sublime mais pleine de matières grasses, donc j'ai résisté). La quiche au fromage était très bio, c'est à dire bien sèche... Je l'ai mangée quand même parce que j'avais FAIM. Mais je reste sur ma frustration de la tarte citron, d'autant que j'avais une première frustration dans la matinée : un croissant du Sélect qu je m'étais interdit. Donc je continue dans les interdits. Zermati et autres me font chier avec leurs aliments tabous. S'ils sont tabous c'est pas pour des prunes, c'est qu'ils sont vraiment pleins de calories, qu'ils en débordent, en jutent (euh......). Bien sûr qu'elle ne me fera pas grossir cette quiche raplapla, mais ce que je voulais c'était : le croissant+la quiche+la tarte au citron ! Et là, immanquablement cela m'aurait fait grossir car ces 3 aliments représentent voyons voir : 6ptsWW+ 8,5pts+9pts, ce qui nous donne 23,52 points WW (environ 1650 calories). Avec mon petit dèj, ça veut dire que je ne mange pas ce soir !!! Alors, je suppose que quelqu'un de régulé se dirait : "pas de problèmes, je ne mangerai pas ce soir, ou bien juste une salade de tomates et ça ira." Eh bien non, je ne peux pas me dire ça car l'idée de gommer mon repas du soir me rend dingue. Mais il y a donc toujours un choix à faire, et donc un renoncement. Où est la spontanéité ? le laisser-aller ? le lâcher-prise ? Est-ce ça que je vais apprendre chez le psy ?
lundi 23 juin Pas pesée, mais j'ai l'impression d'avoir repris quelques grammes ;-) Il faut dire que je dépasse les 26 points depuis plusieurs jours... Hier soir très dur. Je veux toujours me réserver le dimanche tranquille chez moi, mais pas sûre que ce soit une bonne idée car d'abord c'est le jour où j'ai le plus de boulimies et d'autre part, étant désoeuvrée, j'ai envie de manger. Même si je craque raisonnablement c'est encore craquer.... J'ai mangé des tomates cerises pour manger, d'où mal de ventre ce matin... Je crois que je ferais mieux de sortir le dimanche après-midi pour éviter les risques... Ce matin à 11 heures, dans la rue, sur le trottoir d'en face j'ai entendu le mot "chips". C'est dingue ça, alors que je n'écoutais pas la conversation, tout d'un coup, juste un mot qui m'arrive. Et forcément un mot de bouffe !!! Alors que je n'avais pas du tout pensé à la bouffe de toute la matinée. Pas envie de chips, mais faim est ainsi déclenchée. Depuis je salive. Menu prévu : pain de viande froid (fait hier, et c'est sur lui que j'ai un peu craqué, c'est si bon...) + pâtes d'épeautre + salade de tomates aux figues. Pas de dessert car demain c'est ma dernière séance WW et je ne veux pas finir en situation d'échec sur la balance ! Je me suis fait arracher une dent. Tu crois que ça m'aurait coupé l'appétit ?!!! Pensez donc ! Même pas ! Dîner : jambon roulé à la banane + petits pois gourmands + carottes rapées + petit petit gâteau de semoule La Laitière... Correc. L'espace plaisir est quand même très limité : l'espace pour un Magnum, une quiche, de la pâte à pain et plein de gâteaux... Il faut que j'oublie l'expression "A volonté". ou alors "a mini-volonté"? à basse volonté"? "à volonté modérée"? Sauf que moi, quand je veux ce n'est pas modérément.
mardi 24 juin. 55,2kg. Fin de stabilisation WW. Début de modération APFZERM ?! Je les avais bien sentis ces 200gr de plus... Donc cela signifie bien que, pour ne pas regrossir, je ne dois pas dépasser les 26 points (ce que j'avais fait puisque ma moyenne de la semaine était de 26,5). C'est dingue, si peu de différence et paf, des grammes en plus. Je pense que je me sentirais vraiment bien à 30 points. Mais ça ne le fera pas !!!
Semaine chargée en boulot. Tant mieux, je penserai peut-être un peu moins à mes kg, mon ventre plein ou vide. Je n'ai aucune excuses pour mal manger : frigo plein de bonnes choses, congélo plein de petits plats fabriqués de mes blanches mains... j'ai déjà envie de craquer rien que d'y penser. A midi : salade de germes de haricots + quiche (nettement moins bonne quand elle a été surgelée...), mousse au chocolat Sveltesse (franchement, c'est une découverte cette mousse car elle est délicieuse). Il est évident que j'ai vraiment du mal à gommer les aliments allégés pour revenir à des nourritures "normales", même pour les yaourts !!!
Essai de solution pour me faciliter la modération : - dériver mon attention de ces aliments torturogènes. Comment ? Découvrir de nouvelles nourritures, de nouveaux goûts, jouer la carte et l'attraction du NOUVEAU (j'aime toujours débuter, initier, mettre en place. C'est l'habitude que je n'aime pas. Il faut donc jouer là-dessus). Je ne suis pas du tout bio-Larzac, mais ils ont pleins d'aliments qui me plaisent ! Je sors de chez Canal Bio où j'ai acheté des pâtes au quinoa, des pâtes au potimaron, des germes de toutes sortes pour manger en salades. La prochaine fois, j'essaierai les algues. L'intérêt des pâtes "rustiques" (eux ils disent "intégrales" ou "complètes") c'est que plus la céréale est "grossière", plus l'estomac prend de temps pour la digérer et plus elle est solide en bouche, donc à mâcher plus longtemps. En plus j'adore ! Soir : - salade d'Alfalfa avec tomates et crevettes (bigre, mais l'alfalfa c'est de la luzerne !!! si mon grand-père me voyait en train de manger de la luzerne il se moquerait bien de moi, vu que c'est ce qu'on donne à manger aux lapins...). Trouvé ça très bon, un goût très fin, juste une délicieuse petite odeur d'herbe ; - 200 gr de pâtes fraîches au potimaron, ma foi il y a bien un petit goût de potiron, mais j'aime autant des pâtes nature ; - au lieu de prendre un dessert, je goûte le pâté feuilleté de thon aux herbes que je viens de faire. D'accord, il n'est pas très présentable car la pâte était trop fine et ça a coulé, mais c'est un délice, petit goût de ciboulette qui va très bien avec le thon. Ca remplit bien ;-) alors je vais bien et je vais prendre un grand bain froid aromatisé à la lavande avant soirée lecture...
mercredi 25 juin : aïe Depuis ce matin je sens monter la crise : je me sens comme une bouche ouverte, béante, qui attend qu'on la remplisse. Je rêve d'avoir la bouche vraiment pleine. Je rêve de plaisir immédiat. C'est une exigence. Un impératif. C'est épuisant de se sentir comme ça, avant même d'avoir craqué c'est la situation d'échec. Mais l'envie de craquer est incroyablement forte. Normalement, il va falloir deux ou trois jours pour que la crise explose. Un furoncle quoi ! burk. et je vais vivre avec ce manque pendant deux jours. Ce manque qui me coupe le souffle. Ce matin, j'ai pris mon petit déj à 7H, sans faim mais avec l'envie de manger et du plaisir. Puis vers 9h, une envie de pâte... J'ai fait cuire un ridicule petit morceau de pâte feuilletée de 50 gr : un nirvana ! a peine cuit, on aurait dit un croissant comme j'en rêve, bien compact, parfumé. Il manquait seulement le goût sucré. La prochaine fois je mélangerai de l'édulcorant de cuisson pour retrouver ce goût. Mais déjà c'était pas normal que je sois prise de cette envie de manger à 9 h du matin... Déjeuner normal : salade de pommes de terre tièdes avec mâche, graines de blé germées, morceau très raisonnable du roulé au thon que j'ai fait hier, yaourt... Un repas bien sous tous rapport. Très convenable, mais bordel, CA NE ME SUFFIT PAS, J'EN VEUX PLUS, ENCORE PLUS. Je ne cède pas encore, la maturation de la crise est plus lente que ça et la bataille se fait presque en dehors de ma tête, directement dans mon corps qui refuse déjà d'être dilaté côté estomac et de subir l'extraction par vomissement... Mais la résistance sera de courte durée car, lorsque la crise se prépare il y a aussi l'anticipation de ce plaisir, l'imagination des goûts dans la bouche. J'ai l'impression qu'en temps normal les bouchées que je prends ne sont jamais entières, jamais pleines. Seules durant la crise les bouchées sont prêtes à déborder de ma bouche, ma bouche est enfin remplie à sa mesure, entièrement, sans un espace perdu... Je VEUX craquer. Je VEUX craquer.
Jeudi 26 juin L'horreur. La crise est arrivée plus tôt que prévue, impérative, impérieuse. Impossible d'y couper. Elle m'a eu par surprise. D'habitude, je la "prépare" en faisant les boulangeries du quartier et en amassant tout ce que j'aime sur mon lit (comme un animal). Là, j'ai commencé par un petit craquage, puis un autre, etc. et le frigidaire y est passé : pâtes froides, pain beurre confiture, poulet, quiches, yaourts, glace, crème au chocolat... Trois crises successives. Pris un truc pour dormir pour arrêter ça. La dernière crise, moindre. Je ne me suis pas fait vomir. Me suis réveillée dans la nuit et j'ai recommencé un peu. J'étais très angoissée, instable. Je sais que la "vraie" crise n'est pas passée puisque je n'ai pas eu le "plaisir" de dévorer ce que j'aime... Je me sens ce matin épuisée, vaincue. POurquoi cette crise ? Je suis angoissée par mon nouveau client qui est très exigeant, j'ai peur d'aller chez le psy cet après-midi, je me rends compte que j'ai de moins en moins d'amies célibataires et que les voir en couple c'est pas du tout pareil... des trucs du quotidien en somme. Rien de bien dur, ni de bien différent. ALors pourquoi ?
vendredi 27 juin : au moins 2kg de plus!!! la journée d'hier a été terrrrrrrrrrrible. Je n'ai cessé de manger de midi à 10 heures du soir, chez moi, dans la rue, dans des cafés. Etrange, car c'était un mélange de boulimie et d'hyperphagie. Mais j'en ai aussi profité pour manger des trucs dont je rêvais dans la rue : un donut dans le métro (délicieux), un pain au chocolat Hédiard (très moyen), un chocolat liégois avec une glace Bertillon (j'ai presque tout laissé, sauf la chantilly, car le chocolat était trop fort pour moi...), bols de céréales à n'en plus finir, quiches, crèmes, salades diverses... je n'étais qu'une bouche ouverte. Et pourtant il y a eu le rv avec la psy du GROS. Ca s'est bien passé, mais j'attends la suite. Ce que j'ai compris en tout cas c'est qu'il faut que je travaille sur le "foutu pour foutu" qui me fait reprendre tous mes kilos. Là si je m'écoute, je vais continuer à manger puisque j'ai craqué. Donc ce que je voudrais essayer de faire c'est oublier cet égarement, ne pas forcément essayer de reperdre ce que j'ai pris mais me remettre à manger NORMALEMENT. Sans culpabilité. C'est fait c'est fait. En plus j'ai assouvi les fantasmes du chocolat liégois et du pain au chocolat. Franchement ça valait pas le coup de fantasmer ainsi. Donc, quand j'aurais des fantasmes de ce type, mieux vaudra les vivre, sûr qu'ils y perdront en puissance !!!
Je repense à ce que m'a fait dire la psy : lorsque mon père me battait, il n'y avait jamais personne pour me défendre, pour m'aider. Ma mère était paralysée par la peur, on n'en parlait pas avec mes soeur, tous les adultes du coin qui entendaient les hurlements n'intervenaient pas, les bonnes soeurs étaient au courant à cause de mes cauchemars et ne faisaient rien. Il n'y avait que mon chien qui mordait les mollets de mon père pendant qu'il me frappait, du coup il se ramassait autant de coups de pieds que moi ! Après, on allait panser nos plaies (tiens j'avais écrit "penser") tous les deux. C'était mes meilleurs moments, quand mon chien léchait mes larmes... Pareil après la tentative de viol où l'on m'a demandé de me taire car le monsieur était un ami de la famille, un notable du coin. Fallait pas faire de vague. C'était rien. Juste une façon de me montrer qu'il m'aimait bien. Fallait oublier et serrer la main au monsieur quand il venait à la maison. Et lire dans les yeux de sa femme qu'elle savait, qu'elle souffrait. Je n'ai rien dit et peut-être est-ce ma faute si d'autres petites filles ont subi ça aussi (je l'ai appris longtemps après puiqu'une fille a fini par parler...) Ne pas parler. Serrer les dents. Au point d'empêcher toute nourriture d'entrer : j'étais maigre quand j'étais petite... Alors peut-être que maintenant ouvrir la bouche pour manger c'est parler, dire, raconter tout ?
Rencontre : je faisais les soldes à la Samaritaine. Me voilà en train d'essayer un petit (du 38) pantalon noir tout à fait à mon goût. IL m'allait. Pendant que je me regardais devant la glace, une femme attendait que sa fille sorte de la cabine. Cette dame cachait ses rondeurs sous d'amples vêtements. Elle de me dire : "Il est fait pour vous ! Ca doit être facile de s'habiller quand on est mince (ton d'immense regret, mais sans amertume). Quel bonheur ce doit être de se sentir légère." "Mais madame, je viens de perdre 12 kg." Tête ahurie de la dame qui, visiblement, n'avait pas imaginé une seule seconde que j'ai pu être ronde. Et moi de rajouter : "Vous savez le bonheur c'est bien sûr d'être mince, mais c'est surtout de le rester"... Bref, j'en suis revenue à mon leit-motiv de la vaincue d'avance.
Je pense beaucoup à mon rv chez la psy. A cause des questions qu'elle m'a posées, qui mettent le doigt sur mes phobies (je suis notamment incapable de conduire une voiture, de prendre un vélo ou un scooter en ville. Paralysée de peur). Je suis incapable d'expliquer pourquoi. Les seuls souvenirs de peur en voiture de mon enfance, c'est lorsque nous rentrions d'un dîner très arrosé par mon père et que, incapable de conduire mais ne voulant pas céder, il roulait à gauche et ma mère se faisant engueuler parce qu'elle redressait le volant. Mais je ne crois pas que ça suffise à expliquer ma phobie.
Et puis il y a le silence, ne pas se dire, vivre cachée. Je suis passée du silence de l'enfance ratée au silence de l'adolescence homosexuelle tue. Samedi dernier, j'ai raccompagné une amie au métro en fin de soirée. Nous nous sommes embrassées un peu plus tendrement que de simples amies. Aussitôt j'ai entendu derrière moi : "salopes!" Voilà pour la tendresse, voilà le prix à payer pour ne pas se cacher. "Vivre en société c'est vivre en hétérosexualité" disait Monique Wittig. Et c'est ça pour longtemps encore. Mais je ne baisserai pas les bras : j'ai autant le droit de me promener main dans la main avec mon amie qu'une femme grosse a le droit de s'asseoir sur une banquette de métro. Sans culpabilité ni pour l'une ni pour l'autre. Le sectarisme des minces, l'homophobie c'est kif kif question intolérance.
samedi 28 juin, Fierté gay lesbienne à Paris je me disais ce matin qu'il faudrait que je travaille sur la lâcheté. Parce que depuis l'enfance je me sens lâche, dans le sens le plus fort du terme, un peu comme dans les westerns où le méchant tire dans le dos et n'affronte pas ses ennemis... Je sais d'où ça vient : lorsque mon père était en crise alcoolique violente, qu'il nous insultait, qu'il cassait tout autour de lui, nous avions "ordre" de laisser passer l'orage car la moindre intervention le rendait encore plus fou de rage. Et, surtout, le lendemain,nous devions faire conmme s'il ne s'était rien passé, oublier les coups et les injures. C'était notre mère qui nous le demandait.Et j'obéissais la haine et la révolte au coeur, j'obéissais à chaque fois. En me taisant. Seule ma soeur aînée osait dire non, osait dire qu'il n'était pas question qu'elle courbe le dos. Je trouvais son attitude fabuleuse, d'un courage inouï. Et je me savais encore plus lâche de ne rien dire.Certes elle avait 4 ans de plus que moi et ça justifiait peut-être en partie qu'elle ne se laisse plus faire, mais il y avait aussi une question de caractère... Mes ami(e)s, depuis toujours, m'ont considérée comme une insoumise, alors qu'au fond de moi je savais que j'étais soumise, une carpette qui s'applatissait au moindre mot prononcé un peu plus haut que les autres... Pourtant il m'est arrivé de lui répondre, de lui dire ce que je pensais de lui, mais c'était beaucoup plus tard, quand j'étais au sommet de la colère. Mais jamais ça ne me faisait vraiment du bien... Je me sens marquée au fer rouge de cette lâcheté, encore aujourd'hui. C'est pas bon pour s'aimer ça ma fille ! Et puis aujourd'jui n'est pas mon jour ! J'ai pris un rateau de première avec la dame de mes pensées. Il paraît qu'une ancienne alcoolique ça lui fait peur et il paraît aussi que je ne suis pas drôle dans les dîners car je ne bois pas, et qu'on ne peut pas faire la fête avec moi... Bref, l'histoire va s'arrêter là. C'est vrai que, dans les dîners, il suffit que les autres aient bu un ou deux apéritifs et je ne suis déjà plus au diapason, je suis en décalage. Quand on parlait de "décalage" sur le forum de Françoise, eh bien voilà mon décalage à moi... Alors, je m'ennuie vite, j'ai envie de partir retrouver mon lit, mes livres, ma musique et mon chien... En total décalage social. Ce soir, je ne suis pas heureuse. Apf a raison : ce n'est pas parce qu'on est mince qu'on vous aime davantage. La preuve, elle ne m'aime pas... Pourtant je suis mince, mais à ce rythme là, ça ne va pas durer ! je viens de me faire une super crise de boulimie en rentrant de la Gay Pride. Cela dit, ce fut une crise très rapide, qui ne m'a même pas apporté de plaisir, et à laquelle j'ai mis fin beacoup plus rapidement que d'habitude. Est-ce un pas vers le mieux ? Mais bon sang je me sens seule. Pourtant je n'ai pas envie d'aller à la soirée lesbienne de la salle Wagram : fumée, alcool, musique et surtout c'est si tard, et la plupart de mes amies y seront en couple... Pauvre petite Sabine, le drame de la solitude ?! Même pas, le problème est plutôt que ce n'est pas normal d'aimer autant être seule, tout en ayant envie d'être avec quelqu'une. Mais je ne peux pas me changer comme ça. Même en faisant plein plein d'efforts !!
dimanche 29 juin : lendemain de cata Hier soir, la catastrophe de chez boulimie... En début de soirée, j'apprends qu'une amie d'un groupe fait un dîner sans que j'y sois invitée. J'en suis bouleversée. Je sors hanter les patisseries les plus proches et je reviens avec un dizaine de gâteaux et crèmes diverses. Je me jette dessus, mais n'arrive pas au bout. je n'apprécie pas : je sens que cette fois, mes émotions ne se sont transformées en compulsion qu'en apparence. Je souffre de cet "abandon" de mes amies mais la nourriture ne panse pas la plaie. DOnc j'arrête très vite et je mets tout au congélateur. Deux heures plus tard, envie de manger pour me faire calin. ALors je mange trop, devant la télé, petit bout par petit bout, mais je garde tout : salades, pâtes, Magnum, crèmes noix de coco, petits pains au lait, pain d'épices bio, germes de blé... j'ai gros ventre mais tant pis je garde, ça va m'aider à endormir ma douleur. Tout ceci met le doigt sur un truc très important : mon incapacité à m'intégrer vraiment dans un groupe. Je n'y arrive pas et les autres le sentent bien puisque d'elles-mêmes elles ne m'intègrent pas. Là où pour d'autres c'est une chose naturelle que de faire des activités ENSEMBLE, pour moi c'est difficile. Je suis toujours la première à partir lors des dîners car je sature assez vite d'être en groupe, je refuse les activités sportives, je ne vais pas aux soirées boîte car je n'aime pas me coucher tard... Bref, je suis une asociale. Mais je voudrais être autrement. Aimer les autres, aimer être avec elles...
lundi 30 juin : bérésina and co. C'est l'anarchie totale depuis bientôt une semaine : boulimie, hyperphagie... j'ai pris au moins un kilo, mais je ne me pèserai que demain (je ne veux pas être obsédée par la balance donc c'est seulement le mardi.). En m'observant je vois à quel point la prise de nourriture est liée aux émotions. Je croyais que c'était la colère qui déclenchait les crises, mais non la souffrance, la déception en provoquent aussi. D'ici à ce que la joie fasse de même ! J'attends beaucoup de mon prochain rv avec la psy nutritionniste. C'est demain matin. Je dois lui apporter mon carnet alimentaire. Je le fais depuis près de deux mois et c'est assez instructif... Me sens gonflée, gros ventre, mais l'envie de manger est toujours là. Je vais à la gym même si j'ai beaucoup de boulot car je ne veux plus sacrifier mon être et mon bien-être à mes clients et à mon compte en banque. Je travaillerai un peu plus tard ce soir. Tant pis. Bon sang que je me sens sale.
Quelques heures plus tard... journée nutritionnellement très correcte. Pas eu très envie de manger. Comme si mes excès du we m'avaient calés (ce qui n'est pas le cas d'habitude). Tout à l'heure, j'ai sorti du congélateur l'un des gâteaux de ma dernière boulimie non achevée, puis je l'ai remis dans le congélo. Je me demande quand même quel goût il va avoir une fois décongelé. Et comment c'est-y que je vais le décongeler ? Si j'en ai envie, je ne vais pas attendre 5 ou 6 heures que monsieur millefeuille veuille bien se mettre à ma portée gustative ! Micro-onde ? ca va avoir un drôle de goût... En voilà bien des soucis gastronomiques, c'est mon banquier qui serait content de savoir à quoi je pense au lieu de renflouer mon compte qui, lui, aurait bien besoin d'être nourri. J'ai lu je ne sais où que certaines boulimiques, n'ayant pas les moyens financiers de leurs crises, sont obligées de voler. J'en suis restée pétrifiée d'imaginer leur douleur, leur compulsion, leur lutte intérieure. Alors non seulement elles doivent se battre contre leur envie de craquer, mais aussi contre leur besoin de voler. Et si elles se font prendre, comment expliquer ? bon sang c'est l'horreur ça.
J'attends une amie pour dîner. Je n'ai préparé que du WW car je sais qu'elle est ok. En plus, si je ne dis pas que c'est du WW, les gens ne s'en aperçoivent même pas !!! Quand je fais des recettes sucré/salé, j'ai l'impression que c'est plus riche, plus calorique, que ça me remplit mieux... donc elle aura droit aux poivrons rouges à l'orange et à l'anis + pain de thon + salade de tomates aux figues + LA glace WW. Et rien à l'apéritif !!! c'est trop casse-gueule les trucs apéritif. Je voudrais des Tuc, mais il faudrait n'en manger qu'un ou deux, trois au maximum. Méprisable. Moi des Tuc, il me faut le paquet ou rien.
Je viens de trouver une recette WW qui m'a fait sortir les yeux des orbites : des petits cercles de pâte feuilletée, on met un carré de chocolat au milieu et on referme en demi-lune en appuyant les bords avec une fourchette pour que ça ne coule pas, puis on met au four une dizaine de minutes... Oh bonne mère, que ce doit être bon. Dans le livre de recettes, ils disent que c'est pour 4 personnes et ils prévoient 90g de pâte feuilletée. Ce qui nous fait 22g de pâte par personne + un carré de chocolat. Un petit pâté de 22g c'est chichiteux, isn't it ? Combien de fois, en faisant des recettes WW pour 4 ou 6 personnes, me suis-je vue manger les 4 ou 6 portions !!! Bon j'ai acheté la pâte feuilletée, demain j'essaie (si je ne craque pas trop ce soir). Quand je fais un dîner comme ça, ce n'est pas le moment du dîner qui me fait peur, mais lorsque les gens sont partis, c'est là que je me mets à manger : avant la vaisselle, après la vaisselle, avant de me laver les dents, après m'être lavé les dents donc re, etc etc.
Mardi 01 juillet. 1 kg de plus. Le kilo en plus est sûrement en partie dû à mon premier jour de règle. je me repèserai demain matin (peut-être). Hier soir, super dîner avec ma copine d'enfance. Même pas craqué après !
Ce matin j'ai entamé (comme on entame un morceau de pain ?) un livre de Cyrulnik : " Le murmure des fantômes". Il parle des enfances "profiterolles". Super expression pour résumer ces enfances où on vous envoie du chaud et du froid en permanence, de l'amour et de la haine.... C'est exactement ça ! En plus la référence culinaire me plaît ! Deuxième RV avec psy ce matin. Elle a un sourire irrésistible tellement il est entier et généreux. ELle pose des questions auxquelles je ne sais pas forcément répondre. Mais on parle peu de nourriture pour l'instant. Sauf qu'elle a constaté que lorsque je parle de mon incapacité à m'intégrer socialement, j'utilise les mêmes mots de contrôle que pour la bouffe : "trop", "pas assez", "ça suffit", "plus envie"... J'ai aussi parlé de la manie que j'avais lorsque j'étais petite de ne pas mettre mes bras en avant lorsque je tombais. C'était donc toujours mon nez qui prenait. D'où 3 fractures. D'où nez refait par la suite... Pourquoi ne pas protéger mon visage de mes mains en tombant ? Chai pas. A midi, j'ai mangé le millefeuille que j'avais mis en rétention dans le congélateur après ma boulimie en partie avortée de dimanche. Moyen le millefeuille décongelé. Mais quand même c'était bon. J'aurais pu aller plutôt en racheter un, mais pas envie de rentrer dans une patisserie et, en plus, c'est vraiment symbolique pour moi de manger la même chose que durant une crise... Journée donc nutritionnellement correcte. Il est vrai que j'ai beaucoup de taff et je pense donc moins à manger. Sauf maintenant. Pourtant j'ai fait bon dîner avec 2 délicieuses galettes de flocons d'avoine à la banane (j'ai d'ailleurs commencé par le dessert) et des pois gourmands. Mais je continuerais bien... Comment s'arrêter de manger ? je sais que prendre un bain me fait beaucoup de bien, mais ce soir pas envie. Fatiguée de journée et des émotions. Je vais une fois de plus regarder l'émission sur la chirurgie plastique et autres moyens d'être "belle"; Toujours l'image du corps. Impossible d'être aimé si pas corps parfait ?
mercredi 2 juillet Déjeuner au restau ce midi. Comportement : ce n'était pas vraiment bon, mais j'avais faim. Je me suis dit : entrée + plat ou plat +dessert ? ben forcément j'ai choisi l'option 2 !J'ai donc mangé une brochette de gambas surgelé et trop réchauffée au micro-ondes. Seul le riz sauvage était bon. J'ai tout mangé quand même. Quand un plat est mauvais, il est rare que le dessert soit bon... j'ai pris une "banane reine" : morceaux de banane + sorbet banane + sauce chocolat + chantilly. Oups ! banane sans goût, bon sorbet, sauce au choco trop amère et chantilly chimique. J'aurais dû ne manger que le sorbet. J'ai mangé de tout, mais j'en ai laissé. Résultat : frustration. Une heure après j'étais chez moi et j'avais envie de manger : pomme + crème de semoule + bol de légumes vapeur. En fait, j'ai reproduit un vrai repas pour compenser ma déception. Mais le repas en question était au minimum calories. Donc, pourquoi pas ? si cela m'évite de craquer par la suite. La déception est une émotion très forte. Un peu comme une enfant, lorsqu'on lui refuse ce qu'on lui avait promis et dont elle avait rêvé.
Mettre au point des stratégies d'évitement le moins contraignantes possibles : même en mangeant plus lentement, je n'ai jamais le temps d'arriver à satiété en ayant pris seulement la quantité nécessaire à cette satiété. Il faut donc trouver des trucs pour parvenir jusqu'au moment de cette satiété sans manger trop. DOnc, je fais ma vaisselle entre chaque plat. Je crois que je devrais également ne pas préparer tout le repas d'un coup, mais attendre d'avoir fini l'entrée pour aller faire cuire le plat. Mais ça c'est trop dur, je n'ai pas envie d'attendre longtemps ! Autre stratégie : dès que j'ai fini mon repas, je prends un bain. Je suis comme Geneen Roth pour ça , les bains me détendent, me déstressent et, comme elle je suis capable d'en prendre plusieurs par jour. Le bain me laisse le temps de ressentir la satiété. Mais ressentir cette satiété ne suffit toujours pas pour "casser" l'envie de manger !
Jeudi 3 juillet Mais qu'ont-ils tous ? Je vais devenir parano... Mes clients me harcèlent, me stressent, me pressent comme un citron (et ça ne me fait même pas maigrir d'être pressuré ainsi !!!). C'est toujours comme ça quand on est free lance : pas de boulot pendant deux mois et puis ça tombe en pluie. Bref, je suis limite d'exploser et forcément je n'ai qu'une envie, tout lâcher pour aller plonger dans le réfrigérateur ou me diriger vers la première boulangerie venue. Déjà j'essaie de ne pas manger en travaillant. COmme il m'est difficile de m'arrêter de bosser vu les urgences, ça limite un peu. Mais je sens bien que je ne tiendrai pas longtemps sans sortir. Dès que ma journée sera finie... C'est si dur de résister. Pourtant j'ai fait bon 4 heures avec une galette de flocons d'avoines à la banane. J'ai pas faim, mais tellement envie de me remplir la bouche, de parfums, de goûts salés sucrés, de consistances craquantes, croquantes, épaisses, légères... OUh la la ça va mal !!!
vendredi 4 juillet, ça commence bien ! Lever tôt pour boulot, bol de céréales. Je travaille pendant deux heures et puis là, une envie terrible de manger, sensation de faim... Je viens de m'enfiler 4 bols de céréales à la suite ! Les 3 premiers étaient délicieux, le 4è parfaitement inutile, même pas bon. Alors, pourquoi l'ai-je mangé, hein ?! pourquoi ? Je me sentais comme une bouche ouverte, j'avalais ma tristesse et ma solitude du jour. D'habitude je fais une fête pour mon anniversaire, cette année je n'en ai pas eu envie. Du coup, je vais me retrouver seule comme une conne ! Bref, à 10 heures du matin, j'ai déjà mangé mon quota nutritionnel de la journée !!! Si j'étais de ces gens qui écoutent leur faim, je suis sûre que je pourrais attendre ce soir sans manger d'ici là, mais je ne suis pas ENCORE de ces gens-là...
Samedi 5 juillet. En écrivant ces mots je mange. Depuis hier midi, je mange... tout le temps, même le soir, même la nuit, le matin aussi... L'envie de manger ne me quitte pas et je succombe sans fin (sans faim). Pourquoi ? Toutes ces questions sur mon incapacité à aimer. Je suis incroyablement effarée de voir à quel point toutes ces femmes du site de maigrir.com sont aptes à aimer; comme elles s'ouvrent aux autres avec simplicité, sans heurts, sans contraintes. Ca me tue que l'on soit capable de cette générosité de sentiments. Je suis si avare des miens ! si chichiteuse ! Pourquoi toujours cette impression que si j'aime et si je me laisse aimer, on va essayer de m'enfermer, de me transformer. Chaque fois qu'on m'aime j'ai le sentiment que l'autre veut me rendre à son image. Ma mère, qui m'adorait, voulait toujours que je lui ressemble. Est-ce que c'est ça aimer ? Mon père, lorsqu'il me tapait, disait que c'était pour mon bien. Est-ce que c'est ça aimer ? Je me pose ces questions depuis que j'ai une conscience (ce qui fait un bail...) et je n'ai toujours pas la réponse. Si, bien sûr, je l'ai ! mais comment accepter que votre mère vous a mal aimé ? Comment accepter que votre père ait suggéré qu'aimer c'était frapper ? Alors je mange mes questions, je mange mes interrogations muettes, je les avale, les mastique.... et je les vomis. Voilà, je ne suis pas encore arrivée à digérer tout ça, ce mauvais amour, cet amour qui fait mal en prétendant faire bien et faire du bien. Je suppose que le jour de la résilience, je cesserai de me faire vomir. Mais bon sang à 48 ans, ne pas en être sortie, quel dommage ! quel gâchis. Lors de ma deuxième séance de psy, j'ai voulu parler de ma lâcheté d'enfance : ne pas m'être révoltée sous les coups, cette soumission qui me fait honte maintenant encore. Courber le dos. La psy m'a dit qu'il faudrait encore en reparler. L'histoire la plus étonnante, c'est cette fois où,pour l'anniversaire de ma maîtresse, j'ai coupé des tuliques dans une plate-bande de mon père. Lorsqu'il s'en est aperçu,le drame. C'était à l'heure du déjeuner, la maison jouxtait l'école. Il m'a envoyé me mettre à genoux dans la cour de l'école, les mains sur la tête. Quand les filles sont sorties de la cantine, elles se sont moquées de moi ; quand la maîtresse est sortie de la cantine, elle n'a rien dit. Tout le monde avait peur de lui. Et moi je savais qu'il me voyait depuis la maison, et je n'ai pas osé me relever. Je suis restée là dans la honte et l'indignité la plus totale, rongée de haine, rongée de pourquoi. Seule à 7 ans. 41 ans après, je n'ai toujours pas assumé ma lâcheté. Ne pas avoir su dire non. Depuis, c'est tout ce que je sais faire : dire non. Sauf à la bouffe. A elle je dis oui, parce qu'elle me remplit, parce qu'elle est douce quand elle est dans ma bouche. Mais je mange en me cachant, toujours toute à la honte de moi. Il m'est même arrivé de manger dans le noir...
Dimanche 6 juillet. Me sens comme une baleine ventrue ! Je continue à manger. A la jouer "foutu pour foutu". Je me suis donné jusqu'à ce soir. Demain je vais resserrer la ceinture. Incapable de faire les choses à moitié : ou trop ou pas assez. En tout cas, cette nuit j'ai découvert une chose importante : je remache ! c'est bien une histoire d'ingestion et, surtout, de digestion. Je remache mon histoire sans pouvoir trouver la sortie du labyrinthe. Je crois que si je trouve la sortie cela changera effectivement mon rapport à la nourriture. Je ne mangeais pas quand j'étais petite, j'étais limite maigre. Manger c'était un truc d'adulte, et je ne voulais pas devenir adulte et devenir comme "eux". Ne pas manger c'était mon espace de liberté, c'était la seule façon que j'avais de dire non... Alors pourquoi se mettre en manger. Pour me conforter dans le fait que je suis encore attachée ? Que le cordon n'est toujours pas coupé ? A quand et comment la résilience ? Quand la psy m'a demandé pourquoi je n'étais pas partie de la maison, je ne savais pas vraiment répondre. Par soumission ? pour profiter de son fric pour faire des études et devenir financièrement autonome ? Maman nous disait toujours que si elle n'était pas partie c'est parce qu'elle n'avait pas d'argent et pas de métier et qu'elle n'aurait pas pu subvenir à nos besoins et qu'il fallait donc que l'on soit toujours indépendante financièrement des hommes. Cela dit, j'ai compris bien plus tard que si elle ne l'avait pas quitté c'est parce qu'elle l'aimait. Monstrueuse réalité. Et je crois que cette réalité s'applique à moi aussi. Je crois que plutôt que de le haïr lui, de ne pas l'aimer comme j'en aurais eu le droit et comme j'en avais l'apparence, j'ai choisi de me hair moi, de me malaimer, car c'est trop insupportable l'idée de ne pas pouvoir aimer son père. Dingue. Je voulais lire un ouvrage de Cyrulnik. Par quel hasard j'ai justement choisi "Le murmure des fantômes" qui raconte des histoires de résilience ? Ca m'oblige encore plus à retourner en arrière pour essayer de voir où j'ai raté la bonne sortie pour m'en sortir !!! Hier soir nous étions dix à table. Il y en avait encore une bonne moitié au régime, mais nous étions quand même trois à connaître Apfeldorfer et à adhérer...
lundi 7 juillet 2003. Sans haine. J'ai passé 3 jours à baffrer, mais sans dégoût de moi. Juste en me disant que puisque je n'arrivais pas à endiguer le besoin de nourriture il fallait aller dans le sens du courant. Jusqu'à plus envie. Ce matin, je me suis levée parfaitement écoeurée de mes excès et avec une envie de poisson et de tomates !!! J'avais pourtant plein d'activités prévues. Mais ça ne m'a pas empêché de manger en marchant, ce que je ne fais jamais quand j'ai dix kilos en plus ! C'est dingue ça le "qu'en dira-t-on" ! si de parfaits quidams me jugent parce que je mange alors que j'ai des rondeurs, je n'en supporte pas l'idée. ALors que, mince, je mords dans mon pain au raisin en regardant les gens droit dans les yeux. Et je vois, dans les yeux de certaines femmes qu'elles m'envient ma minceur et le "droit" que j'ai (pour elles) de manger tout ce que je veux. Quelle dérision !!! Si elles savaient. Je crois que le roller va m'aider de différentes manières. D'abord c'est une façon de m'affirmer dans la rue (peut-être que ça va m'aider à moins appréhender la conduite, qui sait..). D'autre part, ce que j'aime, c'est que je pourrai (quand je saurai...) en faire seule ou en groupe. Ca c'est le pied ! Et je vais pouvoir partir en rando avec mes amies, alors que je me sentais en décalage car elles sont toutes passionnées de rollers. En plus, j'aime ça !!! Et quand je suis perchée sur mes rollers, c'est sûr que je ne pense pas à manger !!!
MESSAGE POUR SYMPHONIE Symphonie et son mari ont désormais une boîte postale : M. FUCIEN - BP 40072 - 60304 - Senlis Cedex Je vous invite à faire un geste pour eux et à copier-coller (ou bien sûr modifier si vous le souhaitez) le texte suivant dans votre journal. J'espère que cela va marcher, que Symphonie n'ait pas de déception !
Amicalement
Hélène
"APPEL URGENT pour Symphonie : si vous ne connaissez pas Symphonie, allez lire son journal (http://123maigrir.com/monjournal11/wanadique.html). Symphonie et son mari sont travailleurs indépendants, ils sont poursuivis par l'URSSAF qui veut mettre la main sur leur maison. Une lectrice du journal de Symphonie, Séverine, a suggéré que chaque personne lisant le journal de Symphonie lui envoie une petite somme (10 euros par ex) en espérant que les petits ruisseaux fassent les grandes rivières... Moi, Hélène, autre lectrice de Symphonie, j'ai trouvé l'idée merveilleuse et j'essaie de donner un coup de pouce pour qu'elle se réalise. Bien sûr Symphonie était envahie de scrupules, mais elle m'a donné son accord et a ouvert une boîte postale afin de ne pas donner ses coordonnées en direct sur Internet. A nous de l'aider maintenant !
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Lorsqu'on voit que certains journaux ont été lus 4 ou 5000 fois, on espère très fort que cela pourrait marcher !
Hélène (helene7575@aol.com)""
Mardi 8 juillet. Psy le matin, rollers le soir : journée propre sur elle... ;-) Mon rv psy m'a fait l'effet d'être allée prendre le thé (sans les petits gâteaux). C'était un peu mondain. Nous avons (entre autres) parlé bienfaits du roller... je ne connais pas les "techniques" comportementalistes, mais visiblement, il y a une "implication" du psy, qui se raconte aussi. Je sais donc qu'elle ne peut pas faire de roller parce qu'elle a un problème au bras, que, pour son mariage, la famille Bettancourt lui a offert toute sa vaisselle (c'était pour me dire que les gens font toujours des cadeaux à leur mesure et qu'il faut apprendre à les accepter, même si ce n'est pas à la mesure de nos propres moyens).Elle est bretonne aussi. Elle trouve que le bleu c'est apaisant... OK. Elle se livre. Pour me prouver qu'on peut se donner à lire sans se perdre ? Et puis alors, un truc qui me soufle à chaque fois, elle ne dit jamais au revoir. Elle me raccompagne jusqu'à sa secrétaire et part vaquer à d'autres occupations, semble oublier jusqu'à mon existence. Ca aussi, je sens que c'est stratégique... Forcément, moi je compare avec l'analyste que j'ai eue qui était raide comme la justice, pas du genre à vous taper sur l'épaule, alors que Cécile pourrait vous planter deux gros bécots sur les joues sans que ça choque. Ma psychanalyste tendait une main dolente pour toucher ses billets de fin de séance. Maintenant je fais mon chèque et SI JE VEUX je paierai en liquide ! Elle m'a prêté un bouquin (Euh, c'est un "Snoopy" : "Lucy psychiatre"), alors qu'avec l'analyste je n'osais même pas regarder sa bibliothèque... Je suppute d'ailleurs que ce livre de Snoopy égratigne un brin les psychiatres !!! Cela dit j'ai 15 ans de plus, donc normal que je ne perçoive pas les choses de la même manière... Pour l'instant, je ne vois pas très bien où l'on va (mais j'y vais avec elle). Dans le forum Maigrir, plusieurs femmes parlent des exercices que leur font faire leur psy. Est-ce que je vais continuer à me raconter ? En tout cas, je veux donc cesser de "remâcher". J'essaie donc d'analyser mes réactions au présent : pourquoi le roller me fait peur car les ballades dans Paris ressemble étrangement à ma hantise des voitures qui défilent autour de moi et me paniquent. Journée nutritionnellement correcte, car je suis encore sous le coup de mes débordements du week-end. On n'a pas eu le temps d'en parler avec la psy. J'ai pourtant démarré sur mes excès du week-end, mais j'ai "dévié" sur le fait que je n'avais pas organisé de soirée pour mon anniversaire et que je m'étais donc volontairement retrouvée seule ce soir là. Mais là aussi j'ai dévié sans aborder le pourquoi du comment... Ca roule pas très droit ma fille ! Cela dit, je recommence à regarder les boulangeries en promenant Fripouille... Faut pas, faut pas. Faux pas ?!
21h30. J'ai envie de me confier à ce journal comme une petite fille. Je suis "malheureuse", en sentiment d'échec, tout simplement parce que mon cours de rollers s'est mal passé. Mais ce n'est pas "tout simplement" : le roller me met tellement devant mes angoisses de tout ce qui roule, de tout ce qui va vite, que je ne sais pas comment je vais vaincre mes peurs. Même en 3 ans d'analyse, je ne suis jamais arrivée à retrouver pourquoi cette peur panique de conduire, de m'élancer, de prendre de la vitesse. Avec cette peur totale, absolue de perdre le contrôle de mon "véhicule", qu'il s'agisse de rollers ou d'une voiture ! Ma peur fait que je me fais encore plus mal en tombant car je me raidis et que je tombe en arrière. Ce qui était différent par rapport à mon premier cours, c'était la pente. Place d'Italie, tout le trottoir est en pente, et j'avais si peur d'aller vite, de ne pas pouvoir m'arrêter. De me casser les dents sur l'obstacle ? D'y perdre la vie ? Ce serait si simple, si j'ai peur d'aller trop vite, de me laisser glisser vers le bas et de "tomber" en douceur. Il n'y a pas de raison de paniquer, de me raidir, de refuser la vitesse, de me cabrer comme quand on me touchait... Et je grossis l'anecdote, je me fais un sang d'encre, je me dis que je n'y arriverai jamais. Pourquoi ne suis-je pas "naturelle" comme les autres qui n'avaient pas peur de faire des faux pas, pas peur de tomber... Du coup, le prof m'a suggéré de recommencer une troisième fois le premier cours !!! ce que je vais faire, mais j'irai au Trocadéro, là où c'est plat et j'attendrai d'être plus vaillante pour retourner place d'Italie. En plus, demain, Cathy va me donner un cours et je suis sûre qu'elle va dédramatiser et me déstresser... A suivre.
Mercredi 9 juillet. Tellement angoissée par mon expérience roller que j'ai du prendre du Lexomil hier soir et cette nuit ! ca ne m'était pas arrivé depuis la mort de mon père... A 3h du mat, j'ai été prise d'une envie de manger terrible : j'ai pris la moitié d'un melon et un bol de céréales... Ce sera mon petit déjeuner ! Ce matin, me suis dit que ça ne pouvait plus durer. Alors pris le taureau par les cornes : dans la liste d'adresses de thérapeutes du GROS, il y en a un qui fait de l'hypnose. J'ai pris RV pour fin juillet. Je n'ai jamais fait un truc pareil mais pourquoi pas ? Pour essayer de comprendre d'où vient ma peur. Et si je le sais, ça m'aidera sûrement à m'en débarrasser... Mais qu'est-ce que j'ai envie de manger !!! manger encore et encore, pour juguler la peur, pour me plomber vers le sol et garder l'équilibre sur ces foutus machins (ou seulement sur mes pieds ?). Je vais essayer d'écrire sur une feuille blanche en écriture automatique pour cerner ma peur. Tout ça me semble dérisoire par rapport aux problèmes de Symphonie ou autres, mais c'est ma vie que je bousille avec ça. Torture. Le prof de rollers me disait qu'il fallait que j'aille sur l'obstacle et que je dois être égoïste : s'il y a quelqu'un sur mon parcours, c'est moi que je dois protéger pas l'autre. Pourtant je suis d'un égoisme crasse, mais chaque fois que j'allais trop vite vers le prof, j'étais incapable de me jeter sur lui (aurais-je pu s'il était une femme ?) et je tombais avant, vers l'arrière évidemment. Impossible de trouver et de prendre la position de sécurité qui protège lorsqu'on tombe. Je fais tout à l'envers, surtout quand on me regarde... Bon, faut que je bosse, les clients n'en ont rien à cirer de mes chutes au roller ! Suite du 9 juillet. Je sais que je devrais me mettre devant cette page blanche pour essayer de faire l'histoire de ma peur de conduire et de la vitesse, mais je recule, je recule... Des envies de manger plutôt. Je n'arrive toujours pas bien à maîtriser la sensation de faim et de satiété. Car j'ai trop dans la tête le plaisir de manger sans faim. Dans son journal, Petra a l'air de dire qu'elle n'a aucun plaisir à manger sans faim, qu'à la limite, ça la rend malade. Ben ça alors, je voudrais bien connaître... Je sais qu'un de mes atouts pour m'en sortir, c'est de cuisiner. Et de ne surtout pas acheter des plats tout prêts trop gras et trop sauceux, des salades pleines d'huile... Cuisiner WW, c'est vraiment un régal, mais les portions ne me plaisent pas... Je ne monterai pas sur la balance cette semaine car je sais qu'après mon orgie du we, elle volera vers le haut. Donc, c'est pas la peine. J'essaie de manger correctement cette semaine. Ce soir "polpete à la calabraise" : ce sont des boulettes de viande de boeuf très parfumées que l'on fait revenir et que l'on "jette" dans un coulis de tomates au basilic. Une pure merveille, mais j'avais fait une portion pour deux... Ca va, je me sens pleine. Mais pourrait y rentrer bien d'autres choses. Lire le journal de Petra m'a donné envie de Magnum (alors que j'en ai mangé deux boîtes de 3 le we dernier en plus de quelques glaces noix de coco...). La séance rollers avec Cathy m'a mis du baume au coeur !Tout en douceur, sur terrain plat, avec un macadam un peu grumeleux qui ralentissait bien... Elle m'a dit avoir recommencé 6 fois le premier cours d'initiation ! p'têt bien que je vais en faire autant. Toujours est-il que je me suis réinscrite pour samedi, mais au Trocadéro, là où c'est plat ! et demain j'irai m'entraîner à nouveau sur le parking du Zénith. Mais je reste sur mon angoisse du cours de mardi avec cette pente, mes chutes à répétition, ma panique et mon épuisement. Je sais que, pour digérer le truc, faudrait que je recommence au même endroit. Et si j'y allais toute seule ? Un peu plus tard, quand je me sentirai mieux perchée, je ferai ça et je rejouerai la scène... pour la digérer. Au magasin bio, j'avais acheté des algues. Beurk, j'ai jeté ! j'ai aussi acheté de l'amarante au miel, ce sont des céréales pour petit déj. Je ne sais même pas ce qu'est l'amarante. Direction Google : "L'amarante n'est pas à proprement parler une céréale, mais elle est utilisée comme telle. Sa saveur est légèrement épicée. La farine d'amarante rend les pâtisseries plus humides et plus sucrées; on s'en sert pour préparer biscuits, crêpes ou gaufres; on la combine à de la farine de blé pour confectionner pains et gâteaux levés. L'amarante complète bien les céréales, les légumineuses, les noix et les graines; elle contient deux fois plus de fer et quatre fois plus de calcium que le blé dur. " Extrait de : http://www.servicevie.com/01Alimentation/GuideAliment/GAf_HTML/HTML_700/707b.html. Ca a l'air bon. Vivement le petit déj demain !!!
dimanche 13 juillet. Pour sûr c'était bon l'amarante, mais j'en suis déjà loin... J'entre dans la période qui justifie le titre de mon journal. Ca fait plus de 10 ans que ç'est comme ça, pourquoi ça changerait ? Régime, puis boulimie, puis hyperphagie donc rekilos, donc rerégime etc. Mais peut-être cette fois, cela sera-t-il différent ? Je ne connaissais pas Apf, le GROS, Geneen Roth avant, je n'allais pas chez une psychothérapeute (en l'occurence en vacances, ce qui ne m'arrange guère). Engluée à mon ordinateur de 5H du matin à 19 heures, we compris, je trouve le moyen de me désengluer direction le frigidaire. La route est toute tracée, le clavier de mon ordinateur est plein de miettes, et mon ventre se gongfle, se gonfle un peu plus tous les jours. Car il y avait déjà eu le we dernier comme ça. POurquoi toujours le we ? Alors que, en tant que free lance, le we n'a certainement pas la même signification pour moi que pour une salariée. Mais comme dit mon amie Monique, le jour de LA Seigneure faut pas travailler (et oui mesdames pourquoi Dieu serait-il un homme ? juste parce que ce sont des hommes qui ont écrit la Bible, les livres d'histoire etc...). Pour en revenir au sujet, pour la première fois, je continue à tenir mon carnet alimentaire même en hyperphagie, juste pour voir ce que je mange par rapport à d'hab. C'est stupéfiant !!! Hier : - 3 bols de céréales au petit déj - 2 quiches et un flan à midi - 2 crèpes à 4 heures - 4 pains au lait, 2 magnum, des pâtes au jambon, 2 crèmes de semoule, puis devant la tv, deux crèpes. Ca c'était le dîner. Et encore, je n'ai pas mangé entre les repas comme aujourd'hui ! J'ai voulu calculer le nombre de points WW que ça représente : je dépasse les 70 points (alors qu'une journée équilibrée se place à 26 points quand je fais du sport....). Dingue, mais vraiment instructif ! Aujourd'hui, c'est le délire depuis ce matin. Je suis si triste de travailler quand tant de gens se la coulent douce. A l6 heures j'en suis à : 6 crèpes, 3 Magnum, 3 quiches, 2 crème, 3 pains au lait... et la journée n'est pas finie. Mais mon ventre est comme une bouée trop gonflée, j'ai l'impression qu'il va exploser ! Personne ne pourrait y poser sa tête tellement il me fait mal... Je voudrais me coucher en chien de fusil pour moins le sentir exister. Hier je suis allée acheter des germes de luzerne que j'adore, en me disant qu'aujourd'hui je me ferais une petite salade très fraîche... pensez donc !!! Petra a l'air d'avoir le même type de souchis que moi. Ben je me sens moins seule ;-) Allez ma fille au boulot. Je chercherai une autre fois le pourquoi du comment.
lundi 14 juillet. "Il ne faut pas que tu regrossisses, tu es trop bien comme ça!" Voilà, quand on vous dit ce genre de chose qui entérine le diktat,comment réagir ? Peut-être que ça va m'aider à cesser mes errances nutritionnelles... Hier, je suis montée à 85 points WW. Dingue ! On dirait que je veux me prouver que je peux manger sans fin (plutôt que sans faim), commme un challenge de remplissage. tester mes capacités d'ingestion ? et de digestion ? mais qu'ai-je à digérer ? des cailloux ? c'est exactement l'impression que j'ai tellement mon estomac et mon ventre me font mal, sont tendus. Le déjeuner avec une copine était super en terrasse. Mais avant j'avais déjà mangé pour une journée entière ! J'ai mangé avec plaisir la salade grecque mais le gâteau, c'était franchement sans plaisir ! alors pourquoi ? Est-ce que je ne mérite pas le plaisir. Pourtant dans ma tête je me sens bien aujourd'hui. Ok je bosse mais ça va, j'avance, je pisse de la copie comme on dit dans la presse. Je suis moins stressée. Mais c'est l'engrenage, la machine qui est lancée et qui s'emballe. C'est exactement la même panique que lorsque je suis en rollers et que je ne sais pas comment je vais m'arrêter... Qu'est-ce qui peut m'arrêter de manger ? Avoir les dents du fond qui baignent comme le dit si joliment Petra (l'expression a le mérite d'être très claire !) Demain matin, je vais essayer d'attendre la faim pour manger. On va bien voir. De toute façon, je crois que je ne peux pas aller plus loin dans la crise... 3 jours d'affilée, ça a dû suffire pour compenser ce que j'ai à compenser (mais quoi ?) ou ce que j'ai à compulser !!! Tellement de boulot demain et de choses à faire, notamment ce coup de fil qui m'angoisse à l'entrepreneur qui m'a posé un Velux à la mauvaise dimension. Faut que je lui dise que c'est à refaire ! Lui s'est trompé dans les dimensions sur son devis et moi j'ai eu le tort d'accepter le devis sans vérifier que c'étaient bien les bonnes dimensions... donc nous sommes tous deux fautifs mais lui plus que moi (à mon avis), puisque je lui avais demandé de poser le même vélux que celui du salon, donc c'était à lui à indiquer les bonnes cotes.... Bref, typiquement le genre de coup de fil qui me fait manger (au même titre qu'avant il m'aurait fait boire, c'est vraiment pareil). Le déjeuner de midi était avec une amie alcoolique qui vient d'arrêter pour la quinzième fois au moins. Je suis sûre qu'elle va recraquer ! elle est tellement persuadée que cette fois c'est la bonne, qu'elle ne craquera pas... Trop d'assurance ! je sais que ce qui me sauve de la rechute, c'est justement d'être en permanence en vigilance, de me dire que je peux replonger pour un rien et que ça n'est jamais gagné. N'avoir aucune certitude sur sa guérision est indispensable pour un alcoolique. D'ailleurs quelle guérison puisqu'on ne peut jamais reboire !!! cela semble beaucoup troubler Cécile, ma psy, qui comme tous les gens du GROS prône de consommer les aliments tabous. Elle sait qu'on ne peut faire la même chose avec l'alcool... ALlez à demain femme de mauvaise vie et de peu d'espérance !!!
Mercredi 16 juillet. Journée de doute(s). Hier matin j'ai attendu la faim pour manger. Vu le we c'est sûr qu'elle a été longue à venir et j'ai fait un déj et un diner ultra-léger. Epuisée par mon we de vaincue. C'est vrai que je n'ai même pas essayé de lutter... Aujourd'hui journée soft, mais je sens la soirée délicate, je marche sur des oeufs compulsifs ! Demain je pars à la campagne pour 4 jours. J'ai failli annuler tellement j'ai de boulot, mais il faut que je souffle un peu. Pas pris de vacances depuis 2 ans. Là-bas, je vais trop manger, mais au moins ce sera convivial et je ne mangerai que durant les repas. J'irai dans la piscine, je ferai du roller (si je trouve un terrain à peu près plat ce qui m'étonnerait beaucoup du côté de Bergerac...). Ma leçon de roller d'hier soir était navrante de peur panique : il suffit que je vois une pente pour paniquer ! Là encore, peur de perdre le contrôle, de pas maîtriser, alors qu'il faudrait que je me laisse aller, que je me détende. Je vais me laisser le temps et tant pis pour la prof que ça avait l'air d'énerver un peu... Toutes ces femmes du forum qui ont l'air de trouver leurs marques dans leur façon de manger : sans débordements, sans compenser, avec plaisir, etc etc. Des modèles de vertu apfeldorfienne. Je vais emporter les livres de Geneen Roth pour les relire.
mardi 22 juillet. Retour. 5 jours de campagne à baffrer... convivialement. Diner par ci dejeuner par là... tu m'étonnes que ma soeur ait du mal avec sa ligne ! Cela dit, jusqu'à l'âge de 45 ans elle n'avait jamais eu de problèmes de poids... Maintenant elle ne parle jamais de régime, mais je vois bien qu'elle se surveille : si elle prend du fromage, pas de dessert, pas de pain, rien entre les repas, pas de machin apéritifs, etc. J'ai passé ces quelques jours à étudier les comportements alimentaires des uns et des autres. Cette impression de satiété qu'ils donnent à un moment donné, là où ils refusent de se resservir, sans contrainte, simplement parce qu'ils n'en ont plus envie. En tout cas c'est l'impression qu'ils me donnaient. Quant à moi, je me suis aperçu qu'en me laissant aller comme je l'ai fait (d'ailleurs sans remords !), je mangeais autant que mon beau-frère de 65 ans qui mesure 1,85 m !!! pas normal hein ?! Tous les jours on disait "bon demain, on mange léger". Tu parles ! Mais je dois à tout prix me reprendre en main, même si c'est avec modération, car je me sens couler en douceur. Je ne monterai pas sur la balance, mais je pense que je dois être à 58 kg facile ! Déjà je me sens plus lourde à trainer, plus fatiguée, moins motivée pour faire du sport... Je vois bien que lorsque je mange autant ça fatigue, ça donne envie de dormir, de digérer... mon énergie passe dans la gestion de mon ventre et de mon estomac. Cela dit, il se passe quand même un petit quelque chose : ne serait-ce que l'an dernier, j'aurais dit à ma soeur d'aller sans moi à toutes ces invitations, alors que là j'ai suivi et j'ai eu du plaisir à la convivialité... nouveau ! je vais reprendre mon carnet alimentaire, et essayer de me concentrer à nouveau sur la notion de faim, mais faut que je ralentisse à tout prix. Je me dis que dès que la psy sera revenue de vacances, il faut que je lui demande ce qui va se passer, si on continue à papoter ou s'il va y avoir autre chose, des exercices comme ceux dont parle Janny par exemple... N'empêche que jeudi, je vais j'ai l'hypnonutriseur (bref l'hypnotiseur du GROS)... Inquiète et intriguée car je n'ai jamais fait un truc pareil... A la campagne, il y a quand même un de mes comportements qui différait nettement de ceux des autres : tous les matins, je prenais comme prétexte d'aller promener mon chien pour aller à Beaumont (2 km de grimpette) manger un croissant / un pain au chocolat / un pain au raisin... Pourquoi ? Une irrésistible envie de viennoiseries. Je m'installais sur une petite place, derrière l'église, mon chien bavant à côté, et je mangeais goulument, très vite, en partageant (pas tout à fait !) avec mon chien. Donc mangé trop vite, sans complètement apprécier, bien que sensation de plaisir. Et quand je rentrais, on me demandait : veux-tu déjeuner ? je disais non j'ai mangé un croissant... En lisant le livre de Cyrulnik sur la résilience : il semblait dire que beaucoup de gens font la paix avec leur passé d'une manière ou d'une autre, trouvent un objet, une façon de vivre, "quelque chose" qui leur permet de faire le travail de réconciliation avec eux-mêmes ou avec l'objet/sujet de leur haine. Je ne m'en étais jamais rendu compte, mais je pense qu'il n'est pas innocent que j'ai choisi comme premier métier de travailler dans l'édition. Le seul lien commun que j'avais (que nous avions d'ailleurs toutes les 3) avec mon père, au-delà de la violence, au-delà de l'alcool, c'étaient les livres. Mon père avait une superbe bibliothèque qui nous faisait rêver. Nous avions le droit, quelquefois d'y faire un incursion, pour prendre un "beau livre" et le regarder sur la table de la salle à manger. La seule contrainte était qu'il devait être à plat sur la table (la fameuse table de salle à manger que je détestais tant lorsqu'elle servait pour manger et que j'adorais quand ma mère y posait sa machine à coudre et que je la regardais travailler. Les livres ont toujours eu pour moi une autre dimension que la lecture, parce qu'ils sont beaux et bons en soi, en tant qu'objets, et parce qu'ils peuplaient mes rêves de pré-adolescente, parce qu'ils comblaient tous les vides affectifs, parce qu'ils me permettaient de communiquer avec mon père. La symbolique du livre, le charme de l'écriture. Je crois que j'ai fait résilience doublement : la bibliothèque de mon père contenait énormément d'ouvrage d'art. Il était passionné d'architecture romane notamment, mais aussi de peinture Renaissance et d'art "classique" en général. Eh bien, mon but estudientin a été de faire une licence d'histoire de l'art et un IUT d'édition pour travailler dans l'édition d'art. J'ai ensuite construit ma vie autour de mon travail. Là ça pêchait car j'ai ainsi continué à combler des vides affectifs au lieu de les chercher dans la vie. J'ai passé 10 ans au Centre Pompidou à faire des catalogues de grosses expositions comme Vienne, Le Japon, Paris/Paris, etc. Je me suis régalée, je bossais nuit et jour et j'adorais ça. J'en oubliais même de boire !!! C'était ça la connivence, le lien fille/père, l'oedipe inavoué et prétendûment inassouvi. Encore aujourd'hui, où j'ai quitté le lire pour l'écrire, je ne peux faire un pas sans un livre, je ne peux vivre dans une pièce où il n'y a pas quelques bouquins qui traînent, même des ouvrages parfaitement inintéressants. Mais ils sont là, ils me disent du bien, ils me rassurent, me caressent. Ils sentent bon, même de loin, même de près. Ils pèsent. Ils pèsent léger ou ils pèsent lourd. Plus un livre est gros et plus je l'aime ! Plus j'ai envie de le lire !!! Alors je devrais avoir envie de me lire au lieu de m'évertuer à me faire maigrir ! Je sais que je suis revenue de la campagne avec une paix en moi,quelque chose de moins trouble... Cette campagne elle aussi a son rôle à jouer : c'est la maison de ma soeur aînée. Quelques temps avant de mourir, mon père avait dit à Sylvie qu'il lui donnait SA bibliothèque, la fameuse, la grande, l'incomparable bibliothèque. Sylvie ne nous avait pas prévenu. Le jour où nous nous nous sommes retrouvées toutes les trois dans la maison de mon père pour prendre les choses qui nous intéressaient et mettre le reste en vente, Agnès commence à parler bibliothèque et Sylvie, très maladroitement, nous assène le coup : "Ah non la bibliothèque je la garde, papa me l'a donnée". Patatra, un ciel qui nous tombe sur la tête, trahison, échec, révolte, acablement... Comment a-t-il pu faire ça, nous faire ça, me faire ça ?! Agnès, tout aussi touchée que moi mais plus vindicative, s'est fâchée avec Sylvie (depuis un an elles ne se parlent plus). Moi, j'ai fait mon deuil d'orgueil, mon dorgeuil... Sylvie m'a expliqué qu'elle était la seule à avoir une maison et que donc, nous pourrions toutes profiter des livres lorsque nous y viendrions.Tel était le raisonnement de papa pour expliquer cette décision. J'ai eu si mal au ventre de ce manque créé. Leur maison est à peine restaurée, j'espérais donc revoir la bibliothèque montée, les rayonnages tels qu'en enfance... hélas, ce n'est pas encore fait. Sylvie m'a quand même demandé si je voulais que la bibliothèque soit à l'identique ou si elle pouvoit y mélanger ses bouquins. Sans réfléchir j'ai dit que je la voulais telle qu'avant. La revoir. Et revoir ces moments d'enfance heureux, quand je touchais les rayonnages, quand je comptais les livres d'une même collection... Cyrulnik m'a fait découvrir ça. Et c'est bien. Ca me fait avancer pour faire la paix avec moi-même. J'ai trouvé ma résilience. Au fait, mon père était obèse.
mercredi 23 juillet. calme. Lorsque la journée se passe sans émotion(s) forte(s), il est beaucoup plus facile d'être soft question bouffe. Alors faut-il supprimer les grosses émotions pour s'anesthésier nutritionnellement ? Ce serait fort dommage... J'ai décidé de me faire un dîner 1/2 baguette/beurre/thé. Je vais essayer d'attendre la faim, mais c'est si dur de l'attendre sans la voir vraiment venir. La faim n'est pas mon problème. Qu'est-ce que la faim face à l'envie de manger ? Rien. La faim ne me prend pas aux trippes, ne me fait pas des noeuds partout, ne me serre pas la gorge. L'envie de manger si. S'accrocher aux rideaux pour ne pas craquer, s'épuiser de se retenir. Je pourrais certes m'y laisser aller à cette fulgurante envie, mais là on attaque le sans-fin. Un jour, j'espère être capable de me laisser aller à cette envie sans douleur et sachant qu'il y aura le mot fin dans des limites raisonnables. Déjà, alors que je me croyais écoeurée par mes excès d'hier soir, je suis prête à recommencer. Car, c'est vrai, hier soir je n'ai pas été sobre question bouffe. Dès que je suis descendue du train, j'ai éprouvé l'envie de craquer, de baffrer... je l'ai fait, moins fort que d'hab car j'avais quatre jours de bonne bouffe derrière moi. Ca a donné : 1 beignet pomme, un beignet nutella, deux quiches, deux Magnum, une salade de pâtes, deux gâteaux de semoule, et cela entre 17 heures et 20h30... Ca fait beaucoup quand même ! Bref, je mange pour deux ?
jeudi 24 juillet. Hier soir, dans la glace, je me suis aperçu que j'ai retrouvé mes "bonnes" joues. Je déteste ça !!! Ca veut dire que j'ai pris au moins 3 kg pour ne pas dire 4. Mais je ne veux pas me peser. Depuis hier, mes envies de nourriture semblent très concentrés : matin, envie de melon et, dans la journée, envie de céréales sous toutes formes, et notamment pain. Hier soir, j'ai mangé une demi-baguette avec du beurre. Je crois que c'est Petra qui fait ça. J'ai adoré ! Pas de prétexte pour manger du pain "avec" quelque chose. Juste le plaisir de manger du pain. Je voudrais m'habituer à une attitude : lorsque j'ai un goût en bouche, attendre qu'il disparaisse avant de manger autre chose. Par exemple, le melon reste longtemps en bouche. IL s'agit donc de ne pas enchaîner tout de suite sur un autre aliment, mais apprécier ce plaisir de bouche... J'ai failli annuler ma séance chez l'hypnotiseur cet après-midi sous prétexte de problèmes de fric, mais en fait c'est parce que j'ai la trouille. C'est tellement dur pour moi d'accepter de perdre le contrôle... Idée (lumineuse) de fin du jour : manger c'est s'occuper. il est 20 heures, je n'ai pas faim car j'ai fait collation, mais je me dis oui mais que vais-je faire à la place de ce bon moment ? Il faut le remplacer à tout prix par un autre bon moment... Bon j'y réfléchirai plus tard. Pour l'instant je voudrais raconter ma RENCONTRE du jour avec un psy. Il y a d'étranges (et heureux) hasards : il y a un mois à peine j'ai lu un bouquin sur l'école de Palo Alto. C'est une école de psy qui se démarque beaucoup des autres, mais en certains points est assez proche des comportementalistes (dans le sens déjà où il y a "rejet" de la psychanalyse). En gros l'école de Palo Alto prône deux choses : il n'y a pas de malade mais des comportements d'un individu au sein d'une famille, et ce n'est donc pas sur un individu que l'on intervient mais sur toute la famille, d'où thérapie familiale (y'a qu'à voir ce que l'on est en train de raconter dans la discussion de juillet du forum Apf à propos de ce que nos mères nous ont fait "subir" nutritionnellement dans notre enfance pour se dire que, s'il y a un malade dans une famille, il n'y en a pas qu'un ou ce n'est pas toujours celui qu'on croit). Deuxième concept fort : les thérapies brèves. Comme les comportementalistes, les tenants de Palo Alto ne s'intéressent pas franchement à ce qui s'est passé dans la petite enfance mais à la façon dont le thérapeuthé (là c'est moi qui néologise....) appréhende le monde et aux symptômes qui deviennent le problème en soi à traiter. Ils estiment que le traitement est efficace s'il se passe sur un temps court(ce qui m'a vraiment interpellé d'ailleurs...). On peut suggérer au patient des exercices, voire des exercices absurdes qui le mettent au bord de l'implosion et qui, contradictoirement, le font réagir dans le bon sens (il n'y a qu'à voir les titres de certains ouvrages de Watzlavick : "Comment réussir à échouer", "Comment faire soi-même son propre malheur"...). L'un des créateurs de l'école de PA, Erikson, utilisait l'hypnose durant les thérapies. Quand on parle d'hypnose, c'est pas ce truc de foire miraculeux... L'hypnose s'entend plutôt dans le sens du "lacher-prise" du laisser aller qui permet de mieux travailler sur l'image de soi... Bon quand j'ai lu tout ça, très intéressée. C'est là que j'ai vu, dans la liste de thérapeutes comportementalistes envoyée par le GROS, que l'un deux pratiquait l'hypnose. J'arrive dans son cabinet (hélas c'est un homme, dommage... mais je passe là-dessus...), je lui parle d'hypnose. Regard abattu de sa part... Prudent,il me demande ce que j'entends par hypnose. Je lui explique ma découverte de l'école de Palo Alto. Et là, je le vois soupirer de soulagement et d'aise... il me sort alors de ses tiroirs tous les bouquins de Watzlawick, Bateson et consorts. Et de me dire : "je suis dans la mouvance de Palo Alto, j'ai d'ailleurs failli ne plus adhérer au GROS car il y a pas mal de divergences entre nous...". Il pratique des thérapies brèves et, si besoin, l'hypnose. Il travaille sur les compulsions alimentaires et "discute" en ce moment avec une thérapeute américaine qui relie directement compulsions alimentaires (et notamment boulimie) et anxiété. Donc c'est peut-être davantage l'anxiété que la boulimie qu'il faut "traiter". Une anxiété très puissante dans son rapport au monde... Lorsque je lui ai dit sentir confusément qu'il y a un lien entre ma boulimie et ma phobie de conduire, il m'a dit qu'effectivement le lien existe forcément, et c'est probablement l'anxiété. Je crois que je préfère entendre ça que de m'entendre dire qu'en mangeant je comble des vides affectifs, car cette explication ne me suffit pas. Voilà, ce monsieur qui est psychiatre de formation fait payer 50 euros la séance, dont 34 sont la base de remboursement sécu. Il part pour une quinzaine à... Palo Alto pour un séminaire. J'ai donc pris rendez-vous pour la mi-aout. Et j'entends bien traiter ensemble mes angoisses au volant et mes compulsions alimentaires et autres addictions. Sachant que les thérapies brèves ne durent généralement guère plus de 10 à 11 séances, c'est pas le bout du monde. Et, demain, je vais annuler mon RV avec la gentille psy avec laquelle j'ai l'impression de prendre le thé à chaque fois. Je la sens partie pour un travail de longue haleine et je ne veux pas ça. Ah, autre chose, à Palo Alto, la thérapie consiste également à se repositionner dans le présent, d'arrêter de se projeter dans le futur (un futur de mince par exemple...). Visiblement, ce psy n'est pas là pour faire faire un régime mais pour aider à travailler sur son image au présent, même s'il s'agit de faire le deuil de quelques kilos en moins. Je veux bien essayer si ça me libère des mes excès.
vendredi 25 juillet. Sur le fil du rasoir. Le vendredi commence l'angoisse du craquage spécial week-end ! Quel manque de confiance en moi ! Je déjeune avec une copine, alors faut que j'attende pour manger. J'ai envie de salade composée, de fruits, mais même les fruits ça fait pas forcément du bien. Rien à faire je reste dans la logique Régime. Je veux reperdre ce que j'ai repris. Ne pas laisser s'installer ces kilos que je sens déjà très fort sur mon ventre et sur mon visage (pour l'instant ils sont localisés là, c'est drôle, mais à chaque reprise de poids, l'endroit de premier ancrage des kilos est différent !). J'ai beaucoup de mal à me questionner sur ma faim, à savoir quel en est le degré. J'ai donc décidé de mettre en place une stratégie : à chaque fois que je mange, je vais utiliser une serviette en papier. A chaque niveau de faim, je vais attribuer une couleur ou un motif. Ainsi, avant de manger, je serai obligée de m'interroger sur le degré de faim. Comme j'adore les serviettes en papier, j'en ai tout un stock. Déjà, je bannis la couleur rouge qui est trop connotée "interdit". - pas faim ou très peu : bleu clair - juste faim : verte - vraie faim : rayures colorées - très grande faim : petits coeurs. Et j'espère qu'un jour disparaîtra du pannel la couleur bleue, car est-ce bien utile de manger quand on n'a pas faim ?! Il faut donc aussi que je m'oblige à prendre une serviette même quand ça me prend entre les repas de manger une crème ou autre joyeuseté. Je trouve mon idée excellente (faut bien que je me félicite hein !). SUffit de s'y tenir...
Toujours le 25 juillet fin d'après-midi. Désastreux déjeuner culinairement parlant : une épouvantable et minable salade avec 4 pâtes, 2 morceaux de mozarella, un chtouille de basilic, une demie tomate cerise et quatre feuilles de salade au goût de flotte. Bon, me disais-je pendant que ma copine me racontait son mariage civil et avant qu'elle n'aborde la phase mariage religieux, bon donc, que faire ? La laisser ? Mais j'ai faim moi ! Repartir dignement au comptoir avec ma salade pour leur dire, c'est dégueu ? Pas le courage (ça ce serait bien que je le fasse un jour !). Manger quand même ? Ben oui je l'ai fait. Il m'était impossible de repartir sans manger. J'aurais aussi pu laisser la salade, retourner au comptoir et prendre un de ces superbes sandwiches qui m'avaient tentés au début. Je ne l'ai pas fait car la salade était déjà très chère... J'aurais pu aussi ne pas la manger et prendre un dessert,, mais je n'en ai pas eu envie. Donc, en rentrant chez moi, j'ai mangé une salade de fruit. Et je me suis beaucoup, mais alors beaucoup admirée de ne pas avoir craqué plus que ça ! Total il est 19 heures et j'ai bien faim, j'ai faim "serviette à rayures", voire "petits coeurs". Non c'est pas tout à fait "petits coeurs" car lorsque j'ai vraiment très faim, j'ai un début de nausée. Que je n'ai pas ce soir. Tout ce que j'espère c'est que je vais manger uniquement ce que je viens de préparer : - salade de pousses de haricots mangot + mache, pommes de terre, endives à l'ananas. Mon truc à moi c'est le salé sucré... Et puis après, je vais tester la glace WW avec des abricots surgelés. Affaire à suivre. J'ai encore le ventre tout rond de mes excès, mais au bout de 2 jours de self control, mes joues ont déjà un peu dégonflé. Quoi qu'on en dise, c'est plus facile de se regarder dans la glace. Je sais pertinemment que le psy que j'ai choisi ne me fera pas suivre la voie des régimes, il a été clair là-dessus : le boulot c'est sur l'image de soi réelle et pas une image idyllique. Je suis prévenue. On verra bien. M'enfin ça fait un drôle d'effet que ce psy soit le fumier qui a "castré" Hélène !!! Il se trouve que je l'ai entendu au téléphone rembarrer une femme qui voulait se faire hospitaliser pour boulimie. Il l'a carrément envoyé chier !!! Mais je n'y vais pas pour être en sympathie ou en empathie avec lui. Je veux bosser. Et l'approche Palo Alto me convient. Or, il y a, en France, encore peu d'émules. De toutes façons, je n'en connais pas d'autre... J'ai décidé ce soir de ne pas sortir car j'ai deux sorties ce we et je trouvais que ça faisait trop, mais finalement pas sûre que ce soit une bonne idée... peur de craquer. Je suis en train de lire "Faites vous-même votre malheur" de Watzlawick. Un régal d'humour (souvent grinçant), une analyse des comportements "humains" terrible et tellement vraie. On s'y retrouve forcément à un moment donné, dans le genre je fais vraiment tout pour me faire souffrir et pour ne pas être heureux ! Par l'absurde il appréhende la psychologie humaine dans toute sa débilité ! Quelques titres de chapitres : "Si tu m'aimais tu aimerais l'ail", "gardez-vous d'arriver", "Je l'avais bien dit", "4 façons de jouer avec le passe". En fait, il n'est même pas cruel, mais drôle et ça aide à se regarder soi-même avec un peu d'humour et de distance (ce dont je manque chroniquement)... Bon, la serviette rayée m'attend...
samedi 26 juillet. Fragile sérénité. Je me suis pesée : 57,5 kg... C'est pas la cata, c'est pas irréversible, mais c'est en bonne voie de cata ! Je voudrais seulement arrêter le processus à un moment donné. Par exemple, je dirais : jusqu'à 58 kg, c'est vraiment pas grave, entre 58 et 59 kg, vigilance. 60 kg : stoooooooooooooop, je pose mon tas de serviettes en papier devant mes yeux égarés et j'analyse mes envies, mes impulsions, mes compulsions, mes peurs et tutti quanti... Toujours le ventre un peu lourd. La glace WW à l'abricot serait bonne s'il n'y avait pas le problème des oreillons : il faudrait avoir des abricots déjà en purée car j'ai failli faire exploser le moteur de mon mixeur qui ne voulait pas les réduire en purée. AU résultat ça donnait un truc qui manquait de liant et de mousseux, avec des morceaux d'abricot gelé... Mais le goût était excellent. Je vais donc essayer autrement en achetant des abricots frais. Je l'ai mangée quand même la glace, alors que je n'avais plus faim, mais très envie. Ca m'a fait comprendre quelque chose : il faut que j'affine ma stratégie serviette en papier. Il n'y a pas de serviette réservée au plaisir pur, qui n'a rien à voir avec la fin mais qu'il est bon de s'autoriser sans culpabiliser. Typique la glace WW ! Je vais donc réserver la serviette petits coeurs à cet usage, afin de me déculpabiliser quand je m'offre un plaisir de bouche. Parce que, même si l'on a très faim, même si l'on a du plaisir à manger à ce moment-là, je crois qu'il faut aussi des gâteries, juste un petit orgasme culinaire quoi ! Histoire de se faire du bien. Par exemple, ce matin, sur mon plateau petit déj au lit, j'avais posé une serviette bleue car ce n'était vraiment pas de la faim, mais j'avais une telle envie de ce 1/2 melon, je l'ai mangé avec un tel plaisir, que j'ai perçu la serviette bleue comme quelque chose de négatif, qui n'avait rien à voir avec ce parfum, ce goût sucré dont je me suis délectée. DOnc, j'aurais dû utiliser une serviette à coeurs !!! Je vais affiner ma stratégie serviettes en papier car, déjà, le fait qu'il y en ait une à rayures au lieu d'être en couleur, ça casse la progression dans le degré de faim. je vais donc trouver une autre couleur. Je vais également noter sur mon carnet alimentaire la couleur de la serviette à chaque fois que je mange, préparer un tableau pour la fin de semaine, car je suis curieuse de savoir combien de fois par semaine je mange par VRAIE faim ou juste par simple envie, par habitude, parce que c'est l'heure... Je crois que j'ai gardé ça des bonnes soeurs : manger parce que c'est l'heure. Foutus repas à heures fixes ! Bon, je pars à mon cours de rollers préféré, celui qui se passe au Trocadéro, sans pente !!! donc pas peur... mais j'ai un peu de mal à y aller car je me sens lourde. Tiens, au fait, je ne suis pas allée à la gym depuis 15 jours sous prétexte que j'ai trop de boulot. La semaine prochaine, je vais y aller, ça m'aide à décompresser.
dimanche 27 juillet Je devrais bosser ce matin avant de rejoindre mes amies, mais je n'ai pas le courage... Excellente soirée hier. Nous avons découvert un bon restau où le serveur ne fait pas la gueule quand on lui demande une carafe d'eau et 3 cuillères pour un fondant au chocolat ! Super le gâteau à 3. Franchement je ne voulais pas prendre de dessert, mais à trois c'était convivial et marrant. Repas en serviette verte. Pourtant vers 16 heures j'avais craqué sur un sandwiche de chez Paul après avoir fait mes courses. Il était merveilleux ce sandwich, goûteux (je n'aurais jamais dit cela d'un sandwich auparavant, mais j'ai tellement la sensation d'avoir retrouvé le goût des aliments !!). Lorsque dans ma tête j'ai voulu classer ce sandwich en serviette papier, je l'aurais mis en bleu car je n'avais pas du tout faim. Mais il est bien difficile de réduire ses émotions à une couleur, même si ça me parle davantage que l'échelle de 0 à 6 de Zermapf. Ce sandwich, je le mets donc en serviette petits coeurs, craquation positive. Ce matin, petit déj à 7h30, au lit, avec 1/2 melon et vrai yaourt aux fruits (il avait tellement goût de crème par rapport à un 0 % que j'en ai culpabilisé !!! y'a encore du boulot à faire dans ma tête...). Serviette bleue, c'était juste une envie de manger, un plaisir moyen... En plus, une heure après, j'ai craqué négatif : une dose de pain. Oh, c'est rien mais je me sens si instable ce matin. Parce que c'est dimanche ? Je tiens vraiment à dissocier craquage positif et craquage négatif. DOnc craquage négatif n'aura pas sa serviette ! je veux juste lui donner son nom de craquage, pour mettre les bons mots sur mon comportement. Mais sans jugement de valeur. Je vais me faire une matinée lecture canapé avant de rejoindre mes amies pour un pic nic concert au parc floral de Vincennes. M'est avis que c'est sous la flotte qu'on va pic niquer. Nota bene : je me rends compte que j'ai acheté ce sandwich hier juste après avoir fait les soldes pour m'acheter un maillot de bain ! Un deux pièces à 12 euros dont j'ai pris les tailles restantes !!! 42 pour le haut (un peu grand), 36 pour le bas (un peu petit). Faudrait que je coupe un petit bout du haut pour le rajouter sur le bas en somme... Bref le bas serre un peu à l'elastique là... Ca fait un gentil petit bourrelet, assez discret mais néanmoins présent. Cela dit, c'est un bourrelet que j'attribuerais davantage à l'âge qu'aux rondeurs... C'est vrai que la peau se détend, perd de son élasticité et que ça donne des trucs qui dépassent sur les bords, juste des morceaux de peau en trop ! Alors avant il fallait gérer les kilos en trop et maintenant, avec l'âge, il faut aussi gérer tout ce qui tombe ! c'est gai !! J'ai eu une amie superbe. Lorsque j'avais 45 ans, elle en avait 48. C'est une fille très sportive, pas un poil de graisse, rien que du muscle tout en longueur. Eh bien, je me souviens de la découverte du manque d'élasticité de sa peau. Et je m'étais dit que c'était encore plus flagrant sur une femme qui n'a pas de graisse. Au moins avec les rondeur ça fait des bourrelets consistants ;-))) L'amie suivante que j'ai eue était un peu coussinée et bien plus agréable à caresser ! ALors, Sabine, pourquoi veux-tu tant des bourrelets tout mous alors que les bourrelets tout doux sont si agréables au toucher ?
Lundi 28 juillet. Il est si difficile de ne manger QUE lorsqu'on a fait et de ne manger QUE pour satisfaire sa faim. Hier soir, serviette à rayures pour dire ma grande faim. Excellent dîner grosse salade, mais impossible de m'arrêter (comme en rollers !). Tout en sachant que je n'avais plus faim, j'ai continué, enchaîné sur un magnum, des crèpes, des crèmes... Une belle cata pantagruellique... Propos tenus par une personne régulée hier après-midi : "quand je fais des excès pendant le we, ça distend mon estomac et j'ai encore plus faim le lundi ! Je dois donc surveiller les premiers repas de la semaine pour ne pas me laisser aller." Ce qui veut dire que des excès ne provoquent pas forcément une réaction NATURELLE de réajustement comme le laissent croire les nutritionnistes Zermapf en tête... Autre sujet d'impasse : je lis partout, les psy vous disent, je me dis moi-même : si je mange trop c'est à cause de manques affectifs, je comblerais les vides, les addictions et autres compulsions sont signes d'immaturité affective... Toujours le même topo. Mais quand je lis les journaux de ces dames, que je lis les discussion sur le forum Zermapf eh bien je m'aperçois que toutes ces femmes ont une vie affective plutôt comblée, maris, amis, enfants... bref apparemment pas de vides affectifs. Et pourtant, elles aussi ont des compulsions alimentaires comme moi, elles aussi craquent, elles aussi mangent trop et n'écoutent pas toujours faim et satiété. ALors ? Le journal de Janny notamment m'interroge beaucoup car sa vie a l'air tellement épanouie et "pleine", sans vides justement... Alors ? Alors ? cherchez l'erreur... je n'ai pas encore la réponse...
"Etre adulte, c'est suivre les conseils des autres, même quand c'est votre mère qui vous les a donnés." Ca, c'est typique des propos mi-drôles mi-grinçants des psy Palo Alto.
mardi 29 juillet. A l'étude. je commence à mieux cerner mes comportements : je crois que la faim n'est pas vraiment mon problème finalement, puisque c'est parfaitement consciente de ne pas ou de ne plus avoir faim que je continue à manger. Alors d'où ça vient ? Je sais bien que je n'ai plus faim mais il m'est impossible de stopper là ! impossible. Je le perçois comme une glissade sans fin sur du verglas, avec rien à quoi me raccrocher, pas même un brin d'alfafla bio !!! C'est une sensation étrange que je ne percevais pas auparavant. Je mangeais et je continuais à manger. Point. Alors que là je me regarde manger... je me regarde tomber. Et je me juge beaucoup moins qu'avant, mais je ne suis pas contente de moi. Et je panique à l'idée de regrossir. Mais il n'y a pas de honte et pas de dégoût de moi.
mercredi 30 juillet. que de questions ! Typiquement hier après-midi, cette impossibilité de m'arrêter. Envie d'une collation avec petite faim bleue. Je me fais un bol de céréales comme j'adore. A la fin du bol, impression d'avoir encore faim, j'en prends un deuxième. Là je sais, au milieu du bol, je sais absolument, désespérémenent que je ne peux pas me leurrer, ce n'est plus de la faim. Je continue, je finis le bol. Je me lève et je retourne à la cuisine me refaire un bol de céréales que j'ai mangé en sentant mon estomac se gonfler douloureusement. QU'y avait-il de particulier hier après-midi pour que je craque ainsi ? Pas de stress spécial. Je sais que la veille j'avais très peu mangé. Avais-je trop peu mangé, auquel cas j'aurais voulu compenser. Mais qui parlait : mon corps ou ma tête ? Est-ce que toute ma vie encore, je vais m'interroger sur mon bandant vécu nutritionnel ? Quand Janny se demande, dans son journal, si elle ne pourrait pas s'aimer "comme ça". Son "comme ça" négatif, quand deviendra-t-il le "comme ça" positif du regard des autres ?
Et là je ne sais même pas si j'ai faim tellement j'ai envie de manger. Je vois des montagnes de quiches et je salive. Des fantasmes de quiches ! Et puis des beignets aussi. Certes, je pourrais manger deux quiches sans que ce soit pénalisant, sauf que vous mes divers craquages de début de semaine, il est incontestable que si je les mange, je continue sur ma pente ascendante des kilos.
C'est sur Sisyphe qu'il faut travailler peut-être ? Cette jeune fille, hier, qui mangeait dans la rue. J'ai senti la souffrance que c'était pour elle de manger dans la rue alors qu'elle devait avoir une centaine de kilos en trop. J'ai senti qu'elle ne pouvait pas s'en empêcher. J'ai senti que, vu l'urgence de sa compulsion, elle n'avait pas eu le temps de se cacher pour manger ! C'était ça son regard. Il m'est rentré dans l'âme. Et pourtant je ne suis pas du genre empathique...
Ai-je bien fait d'annuler mon rv chez la gentille psy pour attendre mon rv avec le "méchant" psy ? C'est quand même étonnant que j'ai choisi de reprendre rv avec le psy qui a honteusement envoyé ballader Hélène !! Je trouve le comportement de ce mec particulièrement odieux, je le trouve lui narcissique, trop sûr de lui. Mais je m'en fous car je crois qu'il détient un savoir dont j'ai besoin. Et je crois surtout qu'il peut quelque chose pour moi. Peut-être que si, un jour, j'arrive à reconduire, peut-être alors arriverai-je à m'aimer mieux, à ne pas vivre avec ce substrat d'échec. Et peut-être alors qu'un processus de réhabilitation se mettra en route. Vers un mieux-être. 12h30 : oh la belle verte ! J'aurais pu prendre une serviette bleue, mais j'ai choisi la verte car la faim a aussi une couleur : je crois que lorsqu'on se sent bien, une faim de niveau égal apparaît plus forte, plus intense et plus joyeuse. Donc l'humeur joue aussi sur l'intensité de la faim. Comme quoi, avec la faim ce n'est pas le corps seul qui parle... Là y a un truc à cogiter. En plus, si je me sens bien c'est tout simplement parce qu'un client m'a payée et que mon compte en banque n'est plus dans le rouge, même si ça ne durera pas ! Je me sens plus légère, donc je peux me remplir avec bonheur ! Mais si fragile.
jeudi 31. Faim de fin. En finir avec ces prises alimentaires mesurées, étudiées, pesées, lestées du poids de la culpabilité ou de la raison... Je crois que tant que je calculerai ce que je mange à l'aune des points WW, il n'y aura pas de naturel, pas de confiance en moi. Je dois changer d'état d'esprit. Sauf que je suis intimement persuadée qu'en changeant d'état d'esprit, le set point sera plus élevé que ce que je voudrais. Alors à quand le délestage cérébral ??? Les vacances sont loin, fin septembre. Mais je ne veux pas partir avec des kilos en trop. Je sais qu'à Collioure je vais trop manger comme d'hab : il y a les beignets, la tarte poire amande de la gentille patissière, la fougasse, le pain du marché... bouh c'est si loin les vacances. Une amie m'a proposé de venir avec moi en partageant le loyer du studio, mais je ne peux pas : besoin de mon espace vital, besoin d'indépendance et, étant donné la configuration du studio, c'est impossible : les deux lits sont dans la même alcove. ALors ce serait un problème pour lire tard, me lever à 4h du matin pour sortir le chien (quand il fait encore nuit j'adore ! après je me recouche et me rendors... sans manger de préférence...). Total, mes quinze jours de vacances, généralement, je ne parle qu'à mon chien ! C'est très familial Collioure donc pas trop de gens seuls. Pas beaucoup de copines non plus ! Du temps où je faisais les bars, j'avais des tas d'amis à Collioure, mais c'est fini tout ça. Pour bon nombre de gens je suis un peu un reproche vivant de leur propre malaise par rapport à l'alcool. Et puis, moi, j'ai plus de mal à me faire des relations puisque je ne sors pas le soir, que je vais pas au restau toute seule... Mais j'ai tellement envie d'aller là-bas. J'ai d'ailleurs décidé que c'est là que je prendrai ma retraite (euh... dans 18 ou 20 ans !!!.
Je me rends compte à quel point ces journaux sont devenus importants pour moi. Pas seulement le mien mais ceux des autres qui travaillent pour leur mieux-être : - Hélène, la fille de sa mère ; - Janny, si à fleur de peau ; - Marine et les Rougon-Macquart en villégiature du côté de Saint Trop ; - Petra et sa petite robe bleue ; - Symphonie et sa maison... Les lire fait partie intégrante de ma thérapie ! Savoir que d'autres espèrent, souffrent, sont bien, vont mieux, vont mal... une chose est sûre. Nous sommes toutes très vivantes.
Hier, BHV et séance serviettes en papier ! Celle de la faim intense sera jaune (ma couleur préférée en décoration). POur l'instant je finis quand même le paquet rayé car elles sont très belles ces rayures, à dominante verte et rose. J'ai quand même décidé d'attribuer une serviette rouge au craquage négatif. D'abord parce que ça m'oblige à prendre une serviette et donc à m'installer pour manger (pas debout dans la cuisine). Ensuite, le rouge va s'imprégner sur ma pupille et je suis sûre qu'il devrait m'aider à limiter les dégâts. Pas question d'y mêler de la culpabilité, mais juste un petit avertissement sous les yeux... Demain, je ferai le total des couleurs de la semaine. Persuadée que ça sera intéressant et instructif. Ce soir cours de rollers en gymnase. Je suis toujours couverte de boutons, mais tant pis je sors quand même ! Faut dire que j'ai fait fort là : comme zermapf le disent, j'ai voulu m'occuper de moi et je suis allée chez l'esthéticienne, total : réaction allergique et une centaine de boutons bien rouges sur la gueule depuis une semaine !!! S'il n'y avait pas le chien à sortir, je me serais claquemurée chez moi ! Ca prouve encore à quel point l'image que je donne aux autres, même des inconnus, m'importe. Mais pourquoi, à quoi ça sert ? qu'est-ce que j'en ai à faire des inconnus ? Rien que d'y penser, je m'énerve et j'ai envie de manger ! Fichtre ce n'est pas anodin ce questionnement dirait-on...
ATTENTION : à partir du 1er août, mon journal se lit de la date la plus récente à la plus ancienne. Donc retourner en tête de journal svp !